ACTE QUATRIÈME, — S(;É>'E XI
Eh bien! parlez donc. Qu'est-ce à dire? Quel est cet embarras qu'en vos yeux je crois lire ? Mon père est-il à Rheims enfin ?
MARGUERITE
Ma chère sœur, Ton imprévu départ a pesé sur son cœur ; Et depuis lors, en proie à la mélancolie. Les pensers inquiets assombrissent sa vie.
Hélas!
Console-toi, son bonheur renaîtra Et la joie à son front bientôt reparaîtra, Quand nous lui redirons ta splendeur glorieuse. Quand il saura de nous que sa Jeanne est heureuse ; Car tu l'es, n'est-ce pas?
Oui, puisque que je vous vois.
Je vous presse en mes bras et j'entends votre voix. Cette voix qui rappelle à mon âme attendrie Le doux chaume natal, la campagne chérie. Les jours oîi je guidais le troupeau paternel... J'étais heureuse alors comme on l'est dans le ciel !
{Elle cache son visage dans le sein de Louise. Claude. Etienne et Bertrand se montrent et restent timidement au fond de théâtre.]
MARGUERITE
Approchez-vous, Bertrand; Claude, appelez Etienne; Venez; et que chacun sans crainte l'entretienne. Jeanne est toujours, malgré le destin le plus beau, Simple, de doux accueil, bonne comme au hameau.
[Ceux-ci s^ avancent et veulent lui présenter la main. Jeanne lex regard? fixement et manifeste une profonde surprise.)
Où suis-je? A Domremy, n'est-ce pas? cette guerre, Ces batailles, ces Rois, tous ces grands de la terre, Ces cris d'enthousiasme et ce sang répandu. C'est du chêne magique un rêve descendu ! Oui, rien de tout cela n'existait. Je m'éveille. Et je vois fuir enfin l'incroyable merveille ! L'illusion siégeait sur mon froni endormi. Mais je suis, répondez, je suis à Domremy!
A Rheims, chère sœur, honorée et puissante. Vois cette armure d'or toute resplendissante.
(Jeanne met la main sur sa poitrine, réfléchit et parait effrayer. BERTRAND.
Ce casque vient de moi. Ma main vous l'a donnné.
Que votre esprit s'émeuve et se trouble étonné, Je le conçois. De fait, jamais eùt-on mémoire D'une aussi surprenante et magnifique histoire?