ACTE QUATUIEME. — SCÉINE XIII
Eh bien ! s'il était vrai que Satan, plein de rage, Au cœur de mon enfant se frayât un passage, Devrais-je attendre en paix que dans ce cœur flétri De la rédemption toute source eût tari. Et mettre à prix moins haut, lâchement débonnaire, Le salut éternel que la gloire éphémère?... Roi, vous voulez garder Jeanne contre mon gré : Vous ne la chassez point; je vous y forcerai. Voyez comme elle est là, tremblante, anéantie. La voix qui la dénonce est-elle démentie? J'invoque ici ton nom, ô Sainte Trinité ! Réponds, Jeanne : par qui fut ton bras suscité?
Elle se tait, mon Dieu 1
JACQUES
Ha ! c'est que la puissance De ce nom redouté la condannie au silence. L'esprit des noirs démons vainement se débat. Le paradis, enfin, triomphe du sabbat.
Malheureux! es-tu fou?
JACQUES
Moi, fou! non, non, mon maître:
Car le sage n'est point celui qui semble l'être. L'homme, dans son orgueil ou son humilité, Fou voit l'heure qui fuit, sage réternité.
8G iv.xyyE h'akc.
AG?sÈS, « Jeanne.
Ce silence effrayant t'accuse et nous désole, Jeanne : mais dis un mot ; nous croirons ta parole. Dis : « Je suis innocente; » et tout sera fini, Ou plutôt ton nom pur par tous sera béni.
[Jeanne reste inunohile. -Jf/nès Soiel s' éloigne d'elle avec frayeur. )
Cette accusation contre Jeanne lancée Épouvante son à me et d'effroi l'a glacée. Jeanne, remettez-vous et reprenez vos sens. Montrez à tous ce front et ces yeux innocents : Mieux que tous les discours leur candeur infinie Vengera votre gloire injustement ternie.
[Jeanne resie immobile, La Hire recule avec terreur le mouvement fjénéral augmente.)
D'où viennent ces soupçons ? Pourquoi cette terreur Qui saisit, Peuple et Roi, d'une subite horreur? Elle n'est point coupable, et ma voix le proclame : J'engage mon honneur pour cette noble femme. Qui m'ose démentir et relève mon gant?
(/7 jette son gant.) JACQUES.
Eh! que m'importe, à moi, ton propos arrogant? Une dernière fois je l'interroge encore.
( à Jeanne.)
Au nom du Dieu vivant que notre bouche adore,