SCÈNE PREMIÈRE
DEUX GARDES, sur le devant de la scène. UN GARDE^ jetant les yeux du cote' où se trouve Jeanne.
C'est bizarre, pourtant, qu'elle soit en prière!
DEUXIÈME GARDE
Pourquoi ?
PREMIER GARDE
Relie demande ! On dit Jeanne sorcière.
DEUXIÈME GARDE
Sans doute; et, grâce au ciel, son procès va finir. Ses juges sont là-bas, prêts à se réunir. Pour la dernière fois leur tribunal s'assemble.
PREMIER GARDE
Poui- la dernière fois ?
DEUXIEME GARDE
C'est pourquoi Jeanne tremble.
L'évêque de Beauvais est rude en ses façons, Et ne se paiera point de frivoles raisons. C'est un homme au cœur ferme et de vertu rigide, Qui mène, haut la main, les docteurs qu'il préside. L'hérétique, à Rouen, ne peut avoir beau jeu ; Et gare la partie où sa tête est l'enjeu!
PREMIER GARDE
Soit; mais encore un coup, ceci me semble etrange^ Que Jeanne implore Dieu comme ferait un ange.
DEUXIEME GARDE
Sous cette feinte, ami, le démon se fait jour Le blasphème épuisé, la prière a son tour; Grimace, et rien de plus!
PREMIER GARDE
Parlons franc, camarade.
Jeanne, non loin de Rheims, tomba dans l'embuscade. Un jeune homme, dis-tu, l'accompagnait.
DEUXIÈME GARDE
Raymond !
PREMIER GARDE
Ce jeune homme l'aimait d'amour tendre et profond. Il saisit une dague aux mains qui l'ont ravie. Et, voulant sauver Jeanne, il a perdu la vie; N'est-ce pas?