ACTE CINQUIÈME. — SCÉ^•E I
DEUXIEME GARDE
C'est fort bien; mais tu n'as pas tout dit. Jeanne avait vu son père au sacre, il la maudit ; Et, comme elle courba son front sous l'anathême, Elle fut par son Roi bannie à l'instant même. La preuve de son crime est dans son châtiment. Mort donc à l'hérétique idolâtre!
PREMIER GARDE
Un moment !
Son père l'accusa, dans sa folie; ajoute Qu'il en sentit au cœur bien des remords sans doute. Car il prit le cilico ; et, pécheur repentant, Il mourut de douleur sous l'habit pénitent.
DEUXIEME GARDE
Les Français prisonniers racontent cette histoire. Or, leur langue est légère, et les devons-nous croire' Mobiles et changeants comme l'eau de la mer. Leurs récits d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier. L'armée aux fleurs de lys, derechef abusée, Cherche à reprendre Jeanne, après l'avoir chassée.... Qu'importe! Le Seigneur est du côté des siens ; Jeanne est une sorcière; et nous, de vrais chrétiens.
PREMIER GARDE
Sorcière! On le prétend. Qui le prouve?
DEUXIEME GXRDE.
Elle-même.
Garde-toi de douter; le doute est un blasphème.
Avant d'être conduite k Rouen, dans ce lieu, Elle fut enfermée au château de Beaulieu. Beaurevoir l'abrita, depuis, sous ses murailles : Sais- tu ce qu'il advint ? Le diable des batailles Pourfendit ce donjon ; et voilà qu'un beau jour Jeanne s'élance et tombe aux fossés de la tour. Mais je la vois venir. Trêve aux discours frivoles ! Car le devoir s'endort au vain bruit des paroles.
[Lea deux gardes se retirent au fond du thénirC.