‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 7 sur 76 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

aurait donné lieu à la soupçonner d'hérésie ou de magie. Elle prophétisa à diverses reprises la ruine des Anglais. Rien n'était si pieux, si simple, si vrai et si ferme que tout ce qu'elle répondait à ses juges.

On voulut, mais en vain, ébranler ses sentiments de fidélité au Roi. C'eût éié im triomphe pour les Anglais de pouvoir s'armer d'une parole de Jeanne pour présenter Charles Vil au peuple comme suspecte de magie ou complice d'une imposture.

Elle fut condamnée pour faits de sorcellerie; et le 30 mai '1431, elle monta dans la charelle du bourreau. Le bûcher était dressé sur un massif de plâtre. Lorsqu'on y fit monter Jeanne, on plaça sur sa tète une mître sur laquelle étaient écrits ces mots: }u' rétique, relapse, apostate, idolâtre. Au sein des flammes, elle protestait encore de son innocence, et le dernier mot qu'on put distinguer fut : Jéstis.

Peu de jours auparavant, plusieurs anciens frères d'armes de Jeanne d'Arc avaient résolu de surprendre Ptouen et de s'emparer du roi d'Angleterre, de Bedford et de son conseil; mais leur entreprise échoua; le brave Poton de Xaintrailles fut fait prisonnier et amené à Rouen.

Cependant le gouvernement Anglais n'avait point obtenu, comme il le désirait tant, l'aveu que les apparitions de Jeanne et les prédictions de ses voix étaient autant de mensonges. 11 pouvait voir par le bruit commun qu'on tenait la sentence pour injuste et rendue en haine de la Pucelle et du roi de France. Huit jours après la mort de Jeanne, on imagina donc de commencer une information afin de prouver par témoin que, le jour de sa mort, elle avait abjuré et reconnu la fausseté de ses visions; on trouva encore, pour être garants de ce récit, l'infâme Nicolas Loiseleur et quelques autres. Les notaires du procès se refusèrent à signer. Loiseleur déclara qu'il avait proposé à Jeanne, pour détruire l'erreur populaire, d'avouer pubhquement qu'elle avait été trompée, qu'elle avait séduit le peuple et qu'elle en demandait pardon.

Tel est l'ensemble des faits sur lesquels repose la tragédie

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([ue nous livrons au jugement du public. Si ce n'était pas trop ambitieux, on pourrait intituler ces cinq actes : La vie et la mort de Jeanne d'Arc; car ils embrassent l'existence entière de l'héroïne.

Un contemporain de Garnier, le père Fronton Duluc, jésuite, a écrit, en 1580, une Histoire tragique de la Pucelle de Domremy, autrement d'Orléans. Plus tard, lorsque Hardy faisait jouer sa Marianne, il parut une tragédie de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, par un anonyme. C'était en 1611. « En 4805, M. P. Gaze, sous préfet de Bergerac, a publié une Mort de Jeanne d'Arc, suivie d'observations historiques et dramatiques.

Nous connaissons deux tragédies françaises plus récentes, consacrées à la Vierge de Vaucouleurs; l'une d'Alexandre Soumet, l'autre de d'Avrigny; mais ces pièces soumises à l'unité de lieu et de temps ne nous ont montré que la captive et la victime; l'humble fille des champs et l'impétueuse guerrière ont dû nécessairement disparaître.

Schiller, on le sait, a établi sa tragédie sur des bases différentes : il lui a donné de tout autres proportions. Il nous conduit du village de Domremy à Ghinon, et de la cour de Gharles VII dans les conseils d'Isabelle de Bavière et des chefs Anglais ; il nous mène à Rheims et au-delà de Rheims à travers les champs de bataille, Jeanne lutte sous nos yeux, tantôt avec le jeune Montgomery, qu'elle tue sans pitié, tantôt avec le beau Lionel dont le visage l'attendrit et la désarme ; elle est sur le point d'en venir aux mains avec le duc de Bourgogne ; tout à coup, elle le reconnaît et elle le ramène à la fidélité qu'il doit au roi son suzerain. Mais bientôt un guerrier qu'elle combat à outrance et dont les traits restent cachés sous sa visière la glace de terreur, en lui prédisant une fin lamentable.

L'amour est entré dans son cœur; le souvenir de Lionel la poursuit et lui fait perdre la sécurité de conscience et la foi en elle-même qui l'avait soutenue jusque-là. Elle qui vient de refuser la main de Dunois et la main de La Hire, tous deux épris pour elle d'une vive tendresse, ne peut détacher sa pensée d'un

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ennemi de son pays. Le poëte enfin, ayant donné pleine carrière à sa fantaisie , nous fait assister à la mort de Talbol sous les murs de Châlons-sur-Mai'ne, à la moi't de Jeanne, dans la forêt des Ardennes. Le cadre adopté par Schiller a d'immenses proportions, et il l'a rempli de beautés saisissantes.

L'auteur de la tragédie nouvelle, plein d'un respect pieux pour le grand nom et le génie de Schiller, avait songé, d'abord, à reproduire autant que le permettait sa faiblesse, les grandes lignes de ce vaste tableau. Mais, en y réfléchissant, il a dû reconnaître que la conception de l'illustre poëte répugne trop aux habitudes de la scène française pour se produire parmi nous dépouillée du prestige des beaux vers et de la puissante ins[)iration du maître. Il s'est donc éloigné de Schiller pour se rapprocher de l'histoire. Et qu'on veuille bien être persuadé qu'en agissant de la sorte, il n'a eu ni la folle ambition de faire mieux, ni la prétention puérile de faire autrement pour le seul plaisir d'innover. Il a obéi à une nécessité que lui imposait la différence des systèmes dramatiques, et il a tout simplement fait acte de bonne foi. Il a suivi en cela l'exemple qu'avait donné M. Pierre Lebrun dans sa Marie Stuaî't.

Un critique éminent et une des illustrations du théâtre avaient accueilli avec sympathie cette tentative d'un auteur inconnu. On a pu croire que, sans grands efforts, la scène parisienne lui serait ouverte. Mais la reprise heureuse et toute récente de la tragédie de So.imet, et le respect dû à la mémoire d'un homme de haut mérite ne lui ont pas permis d'aspirer à de périlleux honneurs. Il ne se fait, au reste, aucune illusion sur le mérite de son ouvrage. La critique indulgente le trouvera reconnaissant; la critique implacable le trouvera résigné. Tout encouragement lui fît-il défaut, toute parole bienveillante vînt-elle à lui manquer, il ne regretterait pas d'avoir apporté cette diversion littéraire à des travaux et à des préoccupations d'un autre ordre. Il a été heureux de vivre quelque temps, par la pensée, dans cette pure atmosphère de patriotisme, de dévouement et d'abnégation sublime. Le règne de Charles VII, M. Augustin

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Thierry l'a dit, fut une (■■pDqiie d'i'lan national; ce qu'il produisit de grand et de nouveau venait d'une sorie d'inspiration publique d'où sortirent en toutes choses, le mouvement, les idées, le conseil *. N'importe la différence des temps, des mœurs et des siiuations, ce règne tout entier et surtout la vie de Jeanne d'Arc, offrent de hauts et salutaires enseignements. L'âme se relève, se retrempe et se fortifie à de pareils spectacles.

• On sait ce que fut Jeanne d'Arc, ce quelle fit, et comment, par elle et à son exemple, une émotion de pitié et de colère, l'amour de la commune patrie, la volonté de s'unir tous et de tout souffrir pour la sauver, remonta des derniers rangs populaires aux classes élevées de la nation.

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