‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 6 sur 76 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Conduite successivement dans divers châteaux de la Picardie et de l'Artois, elle fut enfin transférée à Piouen, sur les instances de Pierre Cauchon, évèque de Beauvais. Elle était accusée de Sorcellerie.

Cet évèque était, ainsi que Jean le Maître, vicaire de l'inquisiteur-général du royaume, des plus zélés pour les Anglais et des plus furieux contre Jeanne. Ce n'était pas, toutefois, chose facile de donner à une telle affaire une apparence de justice, et de contenter les Anglais en suivant les procédés des lois et des coutumes. Aussi ce procès fut-il une suite de mensonges, de pièges dressés à l'accusée, de violations continuelles du droit avec l'hypocrisie d'en vouloir suivre les règles.

On commença par laisser pénétrer dans sa prison un prêtre, nommé Nicolas Loiseleur, qui feignit d'être Lorrain et partisan secret du roi de France. Il mit tout en œuvre pour avoir sa confiance. Pendant ce temps-là, l'évèque de Beauvais et le comte de Warwick, cachés tout auprès, écoutaient ce qu'elle disait. Les notaires qu'ils avaient amenés pour l'écrire, en eurent honte; ils dirent qu'ils écriraient ce qu'elle répondrait devant le tribunal, mais que ceci n'était point chose honnête.

D'ailleurs, qu'aurait dit Jeanne qu'elle ne fût prèle à dire devant tout le monde?

Ce prêtre devint ensuite son confesseur, et durant le procès, lui conseilla toujours les réponses qui pouvaient lui nuire.

Les seuls juges qui eussent voix pour prononcer étaient l'évèque et le vicaire de l'inquisiteur. Les docteurs, qu'on avait réunis presque jusqu'au nombre de cent, leur servaient seulement de conseil et d'assesseurs.

Jeanne se montra peut-être, durant ces dures épreuves, plus courageuse et plus étonnante que lorsqu'elle combattait les ennemis du royaume. Cette pauvre fille si simple ne se troubla pas un seul instant. Les violences ne lui causaient ni frayeur, ni colère. On n'avait voulu lui donner ni avocat, ni conseil; mais sa bonne foi et son bon sens déjouaient toutes les ruses qu'on employait pour la faire répondre d'une manière qui

Page 1