SCÈNE m
.lEANNE, LOISELELR, GARDES.
JEAÎXIVE, s'nvaticaiit vers Lniseleur,
0 vous, le seul ami fidèle à ma misère. Messager de bonheur, qu'apportez-vous, mon père? Je me lasse à la lutte et m'épuise à souffrir. Oh! dites, dites-moi : Jeanne, lu vas mourir.
9^8 JEA»E d'aUC,
LOISELECR .
Non, Jeanne, tu vivras; tu vivras, je l'espère; Écoute en paix celui que tu nommes ton père. Un an s'est écoulé depuis que, sous mes yeux, Les Anglais t'ont surprise en un piège odieux ; Et que, pour toi bravant et dague et hallebarde, Je pus sauver tes jours, les prenant sous ma garde ; Car le ciel a voulu, pour te valoir merci, Que Loiseleur fut là près de toi, comme ici. De châteaux en châteaux errante et prisonnière, Ce donjon a fini ta course aventurière. Partout je t'ai suivie, ô Jeanne, en tes douleurs, Attaché comme une ombre aux traces de tes pleurs. Ainsi tu peux m'ouïr avec pleine assurance. Et tu dois me parler en toute confidence. Henri-Six d'Angleterre et Charles de Valois Ensanglantent la France au conflit de leurs droits. Lancastre, élargissant le cercle des franchises, Appelle vers lui clercs, bourgeois et gens d'églises, Tandis que le dauphin veut le gouvernement Par la chevalerie et non le parlement.
{Jeanne fait un mouvement.
Laisse moi m'exphquer. Un prêtre peut tout dire.
Quand au cœur pénitent son œil plonge et veut lire.
Entre les deux rivaux, me diras-tu pourquoi
Tu maudis Henri-Six et servis l'autre Roi?
Quel pouvoir inconnu fixa ta préférence
Où régnaient, le front haut, l'orgueil et la licence,
Où régnaient favoris, seigneurs et troubadours
Et des Agnès Sorel aux lascives amours?
La débauche, en ses jeux, fêtait ta bien-venue.
Spectacle étrange au moins pour une âme ingénue!