ACTE CliNQUlÈME. — SCÈNE III
JEAWE. w
Mes regards sur le mal, n'étaient point attachés : Je voyais les vertus et non pas les péchés. Loiseleur, je voyais dans cette lutte immense D'un côté l'Angleterre, et de l'autre la France. Arrière l'étranger! honte à l'envahisseur! Il n'est pas notre maître; il n'est qu'un oppresseur. Je ne vis pas la règle où dominait la force; Des bienfaits des Anglais je repoussai l'amorce; Habile à chevaucher sous le poids des hauberts, Hélas! que n'ai-je aussi la science des clercs! Mais, ainsi qu'une fleur naît dans la moisson mûre. Mon esprit au village a grandi sans culture. Écoutez-moi, pourtant. Sous la tente, Dunois M'a de nos anciens preux raconté les exploits; II m'a dit leurs travaux, leurs sanglantes journées Et la mort de Roland au fond des Pyrénées, Quand ce héros tomba trahi par Ganelon, L'un fidèle vassal, l'autre vassal félon. Eh bien ! prêtre, voyez quelle gloire accompagne Le nom du Paladin si cher à Charlemagne, Comme il est g^and au sein de son adversité, Moins grand par sa valeur que par sa loyauté. A mon cœur, grâce au ciel, même loyauté parle. Et je peux, comme lui, mourir pour mon Roi Charle. Vous qui m'interrogez d'un soin si vigilant, Seriez-vous Ganelon, pouvant être Roland?
LOISELEUR
Donc, tu prétends encor que tu fus pure, Jeanne, Et que tu n'as jamais rien fait que Dieu condamne?
100 JEANNE d'aîIC.
JEANNE
Jamais.
LOISELEUR
Que la grandeur ne vint pas du démon ?
JEANNE
Du Seigneur.
LOISELEUR
Du Seigneur!.... Et de nul autre?
JEANNE
Non.
Quelle autre main pouvait élever la merveille De cette destinée étrange et sans pareille ?
LOISELEUR
ïu parles maintenant à Loiseleur. Pourquoi Ne pas ainsi parler, à Rheims, devant ton Roi ?
Cette épreuve m'était par Dieu même assignée ; Je me suis tue alors, victime résignée.
LOISELEUR
Mais ton silence était un aveu.
JEANNE
Loiseleur!
LOISELELR.
On le disait du moins!