‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 73 sur 76 · ACTE CINQUIÈME. — SCÈNE IH · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME. — SCÈNE IH

C'était une douleur Que m'infligeait le Ciel par un arrêt sévère, Et j'eusse été coupable en voulant m'y soustraire. D'ailleurs, aurais-je pu dénoncer, à mon tour, Comme imposteur, celui de qui je liens le jour'/ En me justifiant, je ditïamais mon père. Publiquement flétri, si je n'étais sorcière. Pauvre père ! repose en paix près de ton Dieu ! Ce fut ta seule erreur et ton dernier adieu.

LOISELECR .

C'en est trop, Jeanne d'Arc; il n'est plus temps de feindre.

Je suis las de l'entendre, et las de me contraindre.

Cet éternel mensonge a comblé mes ennuis !

Apprends quel est ton sort, et sache qui je suis.

J^e conseil a tenu sa séance dernière,

Et réglé ton procès, criminelle sorcière.

Pour revenir à Dieu tu n'as plus qu'un instant;

Car l'échaiaud t'appelle : il est là qui l'attend.

A travers les replis de ton âme indomptable,

Tes juges ont saisi ta fourbe insaisissable.

Leur justice zu bras fort a plongé sans effroi

Dans l'abîme profond qui se fermait pour moi.

Que cet abîme s'ouvre enfin, et qu'il me livre

L'aveu que vainement je m'attache à poursuivre!

Jeanne, n'hésite plus : Je le sais, je le sens,

Le démon enfanta tes exploits malfaisants.

Mais parle, parle donc! que j'arrache à ta bouche

Le cri révélateur de ton orgueil farouche ;

Qu'ils s'échappent ces m.ots de ton cœur repenti :

« Tu ne te trompais point, Loiseleur; j'ai menti.

i02 JEANNE d'arc.

« J'étais une sorcière ; et je demande grâce « Au Seigneur qu'insulta ma sacrilège audace.» J'éloignerais alors le trépas où tu cours; Je sauverais ton âme et peut-être tes jours; Car à l'orgueil altier la pitié refusée Couvrirait la sorcière humble et désabusée.

Loiseleur, je t'écoute et ne te comprends pas.

Un nuage d'horreur enveloppe mes pas.

Est-ce un rêve qui pèse à mon âme endormie ?

Ou respiré-je un air tout chargé d'infamie?

Le tribunal anglais, me dis-tu, s'est lassé :

Mon procès est fini. L'arrêt est prononcé.

Si j'en puis croire encor ma raison obscurcie.

Tu m'annonces la mort; et je t'en remercie.

Mais, de plus, tu prétends que, par un lâche effort.

Je te sauve une honte et t'épargne, un remord.

Tu voudrais que ma bouche, ouverte à l'artifice.

Me proclamât sorcière et Charles mon complice,

Me dégradant ainsi pour payer ma rançon

Par l'excès du mensonge et de la trahison.

A ce prix, je vivrais! je vivrais, tu l'espères!

Tu l'espères en vain, dans tes noii'es chimères!

Renonce à ce profit, à ce contentement.

Au bonheur de jouir de mon abaissement.

Je mourrai sans souillure, et toi tu mourras traître !

Vas rejoindre aux enfers Judas ton digne maître.

Judas tout étonné de trouver aujourd'hui

Un frère en lâcheté presque aussi vil que lui ;

Que ton tourment se règle à la même mesure :

Cris pour cris, pleurs pour pleurs, torture pour torture ;

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