PREMIERS CHEVAUX — PREMIERS ESSAIS
Le cheyal et le peuple. — Le village de Domremy. — Les routes au moyen Age. — L'ancienoe yoie de Langres à Verdun. — Gheyauz et cayaliers qui la fréquentent. — Les juments du père d'Arc. — Tfaiesselin de Vittel, instructeur de Jeanne. — Les voyages à Sermaize.
Et Jeanne répondait à ses voix : ce Je
ne suis qu^une pauvre fille, qui ne sais ni monter à cheval, ni conduire une guerre' ».
C'est donc au cheval que pense de suite Jeanne d'Arc dans la première révolte de son être, mis subitement en face de l'effrayante
I. « Et ipsa Johanna tune respondit quod erat una paapera filia quœ nesciret eqaitare née ducere guerram. » Procès, L 53.
JBAHHK D*ABO BCUTÀEB. 1
vision. Le cri de son cœur est aussi le cri d'une époque.
Nous sommes au xv® siècle et, si la chevalerie va finir, si le canon est apparu, si la force de l'homme à pied s'est affirmée déjà, pour tout le monde encore le cavalier est l'image du soldat. Le peuple, plus lent à ressentir le contre-coup des révolutions dans quelque branche qu'elles se produisent, le peuple qui maintient si longtemps la tradition, n'admet pas que l'on puisse se battre autrement qu'au galop d'un cheval bardé de fer, portant au sein des rangs ennemis à la fois la puissance de son choc et la lance meurtrière du chevalier.
Cette conception des chevauchées d'un âge bien lointain aujourd'hui a su défier les siècles, et quand un homme se rencontre qui fixe sur lui le regard d'une génération : Si forte virum quem conspeœere... silent ; le peuple surpris hésite, il se tait un moment, comme dit Virgile ; mais son œil va droit au cheval : c'est par le cheval qu'il juge l'homme. Il associe les deux êtres et l'ironie de la destinée fait parfois subsister la gloire de l'animal, quand le héros
Et Jeanne répondait à ses voix : » Je ne suis qu'une pauvre fille qui ne sais ni monter à cheyal, ni conduire une guerre. »
(Tableau de Ben9m'illt. — Mutée de Reims.)
est traîné aux gémoaies de Thistoire ou chassé de la mémoire humaine.
Alexandre le Grand est peut-être plus célèbre pour avoir dressé Bucéphale que pour avoir promené ses armes conquérantes à travers l'immensité de l'Asie. Le cheval de Galigula est plus connu que son maître sur les bancs des écoles, et si, descendant à notre moderne époque, nous rappelons les deux hommes qui à certains moments de leur existence ont été les plus populaires : Lafayette et le général Boulanger, nous évoquerons de suite chez le lecteur, presque malgré lui, par ce sentiment même que nous essayons d'analyser, les images d'un cheval blanc et d'un grand coursier noir qui resteront légendaires, alors même que les noms de leurs cavaliers ne parleront plus au souvenir.
Jeanne d'Arc est du peuple, et, pour elle, la guerre c'est le combat à cheval, c'est la lutte à la lance, c'est l'épopée de l'effort individuel dans la mêlée sanglante.
Aussi le cheval lui arrache-t-il la première objection, se dresse-t-il à ses yeux comme le premier obstacle. Elle ne parle pas du manie-
JEANNE d'arc ÉGUYÊRE.
ment des armes, elle dit seulement : (c Je ne sais pas monter à cheval... », et cette voœ populi se manifestant par sa bouche, ce grain d'un bon sens évident, doit être pour nous, cavaliers, la preuve par excellence du jugement sûr, des conceptions pratiques que, du reste, jamais personne n'a refusées à Phéroine.
Et puis, elle les connaissait bien, les guerriers à cheval ! Elle les a vus passer depuis sa plus tendre enfance ; elle fut presque élevée au milieu d'eux.
Ce petit village, ce hameau de Domremy, désormais célèbre et connu de tous ceux qui aiment à se retremper le cœur dans les souvenirs du passé, vénéré de tous ceux qui ont le culte de la patrie, était-il donc, au commencement du XV* siècle, la réunion de chaumières, demeures ignorées, de quelques laboureurs?
On s'est plu à le raconter, et bien des récits de la vie de Jeanne d'Arc commencent par ces mots : (c Dans un village perdu sur les marches de Lorraine ».
Non ! Domremy ' se trouvait comme une sta-