CHAPITRE VU LA DISTANCE
Caractère positif de notre époque. — Est-il possible de concréler l'effort? — La distance minima. — Itinéraire et distances. — Les i.33o lieues certifiées par l'histoire.
Nous vivons à une époque essentiellement positive, en plein règne de l'analyse scientifique. Les études les plus abstraites doivent présenter le résultat de leurs recherches sous forme de courbes ou de tableaux coriiparatifs, et le miracle même n'échappe pas à la loi, parce que, nouveaux Thomas, nous voulons avant de croire avoir vu et avoir touché.
Serait-il donc impossible de concréter l'effort de Jeanne d'Arc ? Si les éléments de cet effort font presque tous défaut, un d'eux cependant nous reste, celui-là même qui est le fondement de tous les autres: la distance. Pourquoi ne pourrions-nous pas envisager l'héroïne aux prises avec elle ?
Certes, l'itinéraire de Jeanne d'Arc n'est pas
24o JEANNE D^ARG ÉGUYÈRE.
encore établi ne varietur. Chaque jour des études locales, des monographies, amènent à le compléter, et ces travaux^ maintenant que l'histoire générale semble fixée de façon définitive, sont la voie la plus féconde qui s'ouvre aux chercheurs et aux érudits. Dans les monographies trouvent place des détails, des traditions que la grande histoire a ignorés ou n'a pu accueillir et c'est ainsi que le passage de Jeanne est signalé dans des localités nouvelles.
Revisé par Quicherat, l'itinéraire de Berrial Saint-Prix nous servira de base. Nous y apporterons les changements rendus nécessaires par des travaux plus récents.
Personne jusqu'ici ne semble avoir osé aborder la dislance. Gomment en effet, dans l'ignorance des chemins suivis, établir des chiffres avec quelque vraisemblance ?
Si cependant nous nous bornons à relier par les voies les plus directes les points de passage certains, si même à vol d'oiseau nous créons des routes imaginaires, nous obtiendrons en restant très en deçà de la vérité une distance minima qui par ce caractère même ne pourra être discutée.
Et si cette distance est suffisante pour matérialiser l'effort, pour parler à Pimagination en même temps qu'à la raison, nous pourrons dire en terminant : « Que serait-ce donc, si les chiffres étaient plus exacts ? »
Telle est l'idée qui a présidé à notre travail. Nous avons mesuré les distances sur les routes les plus directes, partout où nous l'avons pu. Les grandes voies modernes ont presque toujours recouvert l'ancien chemin, celui dont la création se perdait dans la nuit des temps. La nature est là du reste pour fixer les tracés et diriger la main de l'homme. Les vallées et les collines, les lits des rivières et par suite les emplacements des villes sont autant d'indications immuables qui ne laissent guère de champ aux hésitations des ingénieurs.
Quand les grandes routes nous ont manqué, nous nous sommes borné à réunir d'un trait les gîtes d'étapes signalés et à mesurer le chemin idéal autant qu'imaginaire que nous avons ainsi obtenu.
Enfin, nous avons laissé de côté les chevauchées des champs de bataille, les contre-marches de chaque jour. Nous avons envisagé
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Jeanne d'Arc comme un courrier se rendant directement où l'appelle sa mission.
Puissent ces gages de sincérité faire accueillir favorablement notre étude !
L'itinéraire et la distance
Février : Kilomètres
De Vaucouleurs à Nancy et retour . . 92
23 Vaucouleurs \
24 Saint-Urbain
Auxerre
Gîen
Selles-sur-Cher. . . • ) très ) 600^
SaintrAignan . . . . f probablement Sainte-Catherine-de-Fîerbois
Mars :
6 Chinon
De Chinon à Châtellerault et Poitiers
(aller et retour) 160
A reporter 852
I. Le chiffre de i5o lieues est donné par Jeanne. Elle récrit officiellement au roi de Sainte-Catherine-de-Fierbois. Sans doute comme les autres mesures, la lieue variait suivant les provinces ; mais il est à noter qu'elle restait toujours dans le voisinage de 4 kilomètres. Celle de Touraine en particulier représentait S^t^gSS». En adoptant le chiffre de 600 kilomètres, nous ne croyons pas
Report 852
Avril :
Chinon.
Tours (aller et retour) 94
Saint-Florent-lès-Saumur (aller et retour) 64
Tours . 47
Blois 57