SiMÉON LUCE, p. 56^ /. c
2. Cf. La selle et le costume de V amazone, par Jules Peluer^ pp. 17 et 18.
Non, son cœur maintenant ne battra plus que s'il passe un cavalier, un chef dont le cheval andalou ou du moins révélant quelque af&nement de race, fera miroiter un instant à ses yeux Tidéal qu'elle a rêvé. Elle veut déjà un cheval léger, comme elle le voudra plus tard, et, durant les dernières années de son séjour à Domremy, ceux-là seuls ont pu faire vibrer sa jeune âme, ces cavaliers qui diminuaient peu à peu l'antique armure et, cédant aux conditions nouvelles de la guerre, n'offraient plus à l'ennemi que la pointe de leur lance, le tranchant de leur épée ou leur propre poitrine, à peine protégée par im plastron d'acier, reste des vieilles traditions.
Et Jeanne répondait à ses voix : « Je ne
sais pas monter à cheval. » Sans doute, à ce moment suprême passait devant les yeux de son âme la longue théorie si diverse, si bariolée, royalement riche ou tristement pauvre, que nous venons d'évoquer. Sans doute, en cette minute inoubliable, elle revoyait les grands reîtres, les courriers rapides, les nobles châtelaines , et avec la timidité, la méfiance de
l4 JEANNE d'arc ÉCUYÈRE.
soi que, grâce à Dieu, Ton conserve à treize ans, elle répondait : (c Je ne sais pas monter à cheval. »
Mais elle ne disait pas : « Je n'ai jamais monté à cheval. » C'est qu'elle était fille des champs et personne ne peut supposer que son enfance mêlée aux travaux rustiques, aux soins journaliers d'une habitation de cultivateurs, se soit écoulée différente de celle de ses compagnes.
Le bonhomme d'Arc, Jacques, de son prénom, était un de ces laboureurs des régions de l'Est de la France actuelle, dont la race et le mode d'existence sont restés presque identiques malgré les siècles et les invasions, malgré les profondes modifications de l'état social.
Jacques d'Arc gagnait bien à la sueur de son front le pain dont il nourrissait sa famille'; mais il était loin de l'indigence et on le rangerait à tort au nombre de ceux-là qui attendent pour vivre le fruit d'un labeur journalier ou sont à la merci des accidents et des intempéries.