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dîfiPérence que la voie ancienne suivait la rive gauche de la Meuse, de Neufchâteau à Domremy.
Est-il téméraire d'affirmer qu'au commencement du XV* siècle, cette voie constituait une des artères les plus fréquentées de l'Europe? Le mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite, fille de Louis le Mâle, a réuni sous le même sceptre des provinces qui ne peuvent se donner la main que par- dessus le petit clocher de Domremy. La Flandre et l'Artois font avec la Bourgogne de continuels échanges de garnisons, de mercenaires nouvellement enrôlés, de convois réglés suivant les besoins, sans parler des longues caravanes que des commerçants hardis conduisent de Marseille aux Pays- Bas, portant au Nord les produits si divers du Levant, ou simplement les muids déjà fameux des vins de Beaune, et revenant chargés des draps, des dentelles d'Ypres, de Liège, de Bruges ou de Malines.
Et Jeanne, dans toute son enfance, qu'elle fût en train de vaquer aux soins du ménage dans la petite maison de Domremy, qu'elle fût occupée à garder le troupeau communal dans les
lO JEANNE d'arc ÉCUYÈRE.
prairies de la Meuse, à sarcler la vigne du Bois- Chenu, ou à diriger Tattelage de la charrue dans le champ du coteau qui bordait la route, Jeanne assistait chaque jour à ce défilé presque ininterrompu. On peut dire qu'elle eut devant les yeux le kaléidoscope de l'Europe, dont le mouvement, sans doute, s'interrompait un instant à l'entrée même de son village. Depuis Neufchâteau, après Frebécourt trop rapproché, s'offre Domremy, à bonne distance pour une première halte. Une modeste hôtellerie, mettons une très humble auberge, située à l'endroit même où s'élève aujourd'hui 1' <c Hôtel de la Pucelle », devait, dès cette époque, offrir au charretier, au cavalier, au voyageur, aide ou ressources pour rétablir les harnais, res-
sangler le cheval, arrimer la besace et
prendre le deuxième verre de l'étrier.
Jeanne connaissait donc bien ces nomades de son temps, et si Jacques d'Arc s'empressait comme ses concitoyens d'aller aux nouvelles près de ces gazettiers voyageurs, seuls journalistes de l'époque, elle, avec les grands yeux étonnés de l'enfance, considérait, remplie d'effroi, ces chemineaux dont elle ne se figurait
certainement pas devoir mener un jour la vie vagabonde.
Elle avait peur des grands reîtres, mercenaires allemands, dont la taille s'adaptait à celle d'énormes et lourds chevaux achetés ou volés dans le duché de Mecklembourg ou sur les bords du Rhin. Elle montrait du doigt les gros porteurs des caravanes, ces chevaux mastodontes élevés dans les Flandres, ancêtres tant des boulonnais que des belges de notre époque.
Mais sans doute déjà, elle portait envie au courrier rapide qui, sur un bidet d'allure ou sur un petit cheval ambleur, recelait dans une ceinture de cuir les dépêches du duc de Bourgogne ou les réponses de ses gouverneur.
Celui-là ne s'arrêtait pas à Domremy et sans interrompre l'allure toujours égale de son courtaud, répondait au bonjour du père d'Arc :
« J'arriverai tard ce soir à Saint-Mihiel. »
Jeanne était enfant et certes, comme ses compagnes, son plus grand plaisir devait être de caresser les petits (c Gamargues », ces miniatures équestres, qui de Marseille, chargés de lourds ballots, s'en allaient vers les pays du
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Nord, toujours gais, toujours frais, et répondaient aux caresses, comme ils le font encore aujourd'hui, par un coup de dent mutin qui a presque l'air d'un baiser.
Cependant les voix se sont fait entendre et, malgré sa révolte, Jeanne a senti que tôt ou tard il lui faudra faire « métier d'homme d'armes sur un cheval de guerre ». Sa curiosité, ses sens sont en éveil, et bien des fois elle dut se dire : « Lequel de ces chevaux prendraije ? » C'est donc avec un sentiment bien humain de commisération qu'elle considérait les religieuses visitant les établissements de leur ordre', assises sur un mauvais bât, récitant des prières, pendant qu'à la tête de leur lente monture un pauvre valet pataugeait dans le limon laissé sur la voie par la dernière inondation ; c'est avec commisération aussi qu'elle regardait les grandes dames, commodément assises derrière leur mari ou leur écuyer, filant la laine pour occuper les loisirs et tromper la fatigue d'un long et pénible voyage ''.