Chronique de la Pucelle, « Mais aussitôt qu'ils la
voyaient, ils étaient refroidis et ne leur en prenait volonté. »
2. (clpse testis vîdit dictam Johannam indutam pauperibus vestibus, rubris, muliebribus. » Procès, II> 4^6.
38 JEANNE d'arc ÉGUYÊRE.
là-bas; elle était encore paysanne et, certes, il était difficile de la supposer, de Pentrevoir vêtue d'une annure, galopant à la tête de cavaliers dont les plus jeunes chevauchaient depuis longtemps, alors qu'elle filait encore sa quenouille sur les bords de la Meuse.
Elle avait beau leur dire : ce Je puis monter à cheval » ; elle avait beau leur dire : a Faitesmoi donc essayer devant vous », ils se regar^ daient en riant, rappelaient les noms de leurs montures et s'esclaffaient : « Je voudrais la voir
sur Bourguignon , et moi sur le Lorrain ,
et moi sur Intrépide , elle ne serait pas si
fîère! »
Puis à ces visites quotidiennes, agréables après tout, puisqu'elles lui permettaient de se faire connaître, presque de s'affirmer, venaient s'ajouter, pour Jeanne, l'ennui, le martyre des longs défilés à l'heure du couvre-feu. On dormait dans l'humble maison de l'artisan ou du moins on eût voulu le faire; mais le bruit des pas lourds que soulignait le cliquetis des éperons ne laissait aucun doute sur les odieuses tentatives qui se manifestaient par des coups d'épée dans les volets bien clos, par des cris
ironiques, que répétait l'écho du vieux donjon : « A cheval, à cheval, la Pucelle I »
Quelque quinzaine plus tard, tout autre se présente l'aspect de la place d'Armes '• Les visites, certes, sont de plus en plus nombreuses à la porte des Royer, et les gradins' de pierre qui de la basse ville conduisent au terre-plein de leur maison n'ont jamais été plus fréquemment gravis. L'épreuve a-t-elle eu lieu? Jeanne est-elle montée à cheval, relevant les défis? Nous croyons plutôt qu'elle a su communiquer un peu de sa foi, de cette foi qui soulève les montagnes; nous croyons qu'elle a commencé à s'imposer et n'en voulons pour preuves que les mains loyales qu'elle a serrées, celles de deux braves soldats : Jean de Metz et Bertrand de Poulangy^ Avec eux, les gens de guerre l'ont acceptée; le peuple, lui, ce peuple dont elle sort, reconnaît en elle l'héroïne prédite par Merlin : a La Gaule sera sauvée par une
1 . Marquis de PimooaNj La première étape de Jeanne d'Arc, p. 7, note.