L'ÉTAPE
L'angoisse du départ. — Les compagnons : hommes et chevaux. — La marche : son dispositif, ses difficultés, ses inquiétudes. — Mors de bride et mors de filet. — Les haltes dans la forêt. — L'abbaye de SaiatrUrbain. — Voyage rapide et marches lentes. — Voici Ghinon 1
Les collines de Meuse ont cessi de répercuter le bruit des dernières acclamations. Silence et solitude entourent nos voyageurs. C'est le moment pénible du départ, moment dont nous avons tous éprouvé Pangoisse, moment (Juî atteint Tàme de façon presque identique, que celte âme soit celle du piéton, du cavalier ou du voyageur plus moderne, confiant à la vapeur du chemin de fer, à la pédale de la bicyclette, à l'électricité de l'automobile, le soin de franchir la distance.
C'est toujours l'angoisse du vide, le désespoir de la séparation. C'est toujours le senti-
ment humain qui inspire Pinquiétude quand Tentourage journalier vient à disparaître.
Le cavalier du moins ne sera jamais seul.
Mettez en route un camarade ; à votre dernière poignée de main, il piquera un peu sa monture ; mais presque de suite il lui prodiguera ses caresses en pensant : a Toi, tu ne me quitteras pas. ))
Observez un régiment de cavalerie partant pour les manœuvres. Tant que durent les adieux, tant qu'on défile entre deux haies d'habitants sympathiques, tant qu'on échange des signaux amis, les hommes se redressent sur leurs selles, répondent aux sourires par des sourires, aux baisers par des baisers. Puis la dernière maison dépassée, vous verrez ces mêmes hommes, la figure attristée, se pencher sur l'encolure, flatter longuement leurs chevaux de la main. C'est la psychologie du départ qui s'affirme dans l'âme d'une collectivité comme dans celle d'un individu.
Plus que tout autre, Jeanne ressentit cette angoisse, cette étreinte de la solitude. Elle caressa son cheval qui, sans doute, hennissait
Pigitized by
Le départ de Vaucouleurs.
8o JEAJîNE d'arc ÉCUYÊRE.
et Julien que leurs msdtres ont mis à ses ordres ; elle les connaissait bien, et pourtant, au crépuscule, en sortant de Vaucouleurs, elle les regarda comme si elle ne les avait jamais vus.
Elle les regarda, eux ; mais elle regarda aussi leurs chevaux et son besoin de confiance si naturel, si humain en pareille occasion se trouva rassasié autant par les montures que par les cavaliers.
On a dit avec, beaucoup de justesse' que toutes les classes de la société étaient représentées dans la petite troupe à jamais légendaire. Nous pouvons établir aussi que tous les spécimens de chevaux employés au xv* siècle prenaient part à l'expédition. Jean de Metz monte son cheval de guerre. Ce destrier ne ferait peut-être pas envie aux grands seigneurs ; mais il est certainement bon, puisque, chef responsable, son maître Penfourche pour un aussi long voyage ; nous nous le figurons grand, pas trop lourd, aussi apte à la guerre qu'à la route. En homme de cheval, Jean de Metz le laisse marcher lés rênes longues et soucieux sans