PREFACE. XI
celui-là n'est pas digne de communier dans la grande âme de la Patrie. Il faut imaginer ce qu'était la France d'alors, dispersée, abattue, proie en lambeaux aux mains avides des maisons d'Angleterre, de Bourgogne, de Lorraine et d'Anjou ! Il faut évoquer tout le sinistre tableau des mœurs, sanglantes et corrompues. Alors cette adorable figure de Jeanne, où, première, s'incarna l'âme du pays, apparaît dans toute sa pure et rayonnante splendeur. Sa vaillance, ses visions, la sacrent moins encore que son bon sens, cette sorte de prescience qui dans l'affreux chaos lui fit démêler la route droite, au bout de laquelle brillait l'autel du sacre, la patrie reconstituée, fondée.
« Le sauveur de la France devait être une femme, dit Michelet; la France était femme ellemême ! i>
C'est parce qu'il a senti profondément cette suprême beauté de l'âme de la Vierge^ faite de douceur, de bonté héroïque, c'est parce qu'avec un vrai sentiment militaire, où il y a de la galanterie et du respect d'ancienne France, le capitaine Champion a suivi, de son départ de la maison patejCnelle à sa chute de Compiègne, la Pucelle
Xa PRJÉFAGE.
et ses chevauchées, c'est par ce frisson intime que son livre fait mieux que d'intéresser, il touche.
Aussi n'est-ce point seulement les cavaliers, mais tous ceux dont le cœur bat au récit des gloires françaises qui loueront, j'en suis sûr, l'auteur de Jeanne cPArc écuyère.
On ne pouvait, en dépit du titre, parler avec plus de filial respect, d'amoureuse raison, de la Sainte immortelle qu'en sa ballade Villon dénomme d'un vers vengeur :
Jehanne, la bonne Lorraine, Qu'Anglais bruslèrent à Rouen.
Victor Margueritte.