Ibid
l4o JEANNE d'arc •ÉCUYÈRE.
camarades ? Il est difficile de se prononcer. Jeanne d'Arc racontera qu'elle possédait environ douze chevaux ; elle ne paraît pas bien sûre du nombre'. C'est qu'à cette époque les écuries du chef pouvaient seules, en cas d'impérieux besoin, donner à ceux de la suite l'indispensable monture. Le plus riche chevalier voyait du jour au lendemain se fondre des ressources en chevaux qui paraissaient inépuisables, de même qu'en des circonstances plus heureuses, d'innombrables chevaux de main accompagnaient sa bannière. Ainsi le veulent les aléas de la guerre dont les siècles n'ont pas changé les lois.
Mais nous sommes à la préparation strictement pesée par nécessité de la première campagne. Nous estimons que le roi, après avoir procuré aux écuyers de Jeanne, à son intendant, à ses pages, à ses hérauts, à ses frères, au moine et aux servants les montures qui leur conviennent, dut affecter quatre chevaux au service particulier de l'héroïne. Deux seront
I . Procès. « J'avais cinq coursiers achetés de l'argent du poi, sans compter les trottiers au nombre de plus de sept... »
DE CfflNON A BLOIS. l4l
plus aptes à la bataille, deux seront destinés à la route.
Malgré nous, quand nous parlons de montures, nous revenons toujours à ce nombre deux. Le cavalier qui n'a qu'un cheval est à la merci de l'accident; trop souvent il est mis à pied. Un chef, à quelque degré de commandement qu'il soit placé, doit être à l'abri de ces préoccupations. Au moyen âge, on n'avait garde d'y manquer.
Et sans doute, sous l'un des servants, peutêtre même comme cheval de bât, suivra le cheval de Vaucouleurs, celui dont l'histoire a perdu la trace, mais que nous recherchons partout où nous pouvons soupçonner sa présence.
Nous avons réduit au strict nécessaire le nombre des chevaux de Jeanne d'Arc, au départ de Chinon. Une simple remarque jettera un peu de lumière sur les pratiques militaires du moyen âge. Onze personnes avec rang de (( maîtres » font partie de la suite. Douze servants, au grand minimum, les accompagnent avec chacun un cheval de main. Nous trouvons pour le simple état-major de Jeanne un total
l4^ JEANNE d'arc ÉGUYÈRE.
de trente-cinq chevaux, et nous passons sous silence, faute de documents précis, ce qu'il est convenu d'appeler « les bagages ». Jeanne n'est pas arrivée à sa période de gloire, son « harnois » est réduit autant que poi^sible. Que doivent être alors les escortes, suites, bagages des grands seigneurs de la Couronne, et faut-il s'étonner du peu de mobilité, tant au point de vue stratégique qu'au point de vue tactique, des troupes du moyen âge ?
Jeanne réagira plus tard. Sa compréhension invraisemblable de la façon d'utiliser le cheval, par suite ceux qui en sont armés, la fera diminuer, négliger, abandonner même les « impedimenta ».
Compagnons et chevaux se trouvent réunis à Ghinon ; mais il serait difficile d'y terminer l'équipement de Jeanne.
Sur sa requête, Charles VII lui donnera l'armure (( toute de cape en pied » qu'elle réclame'. Encore faut-il trouver le praticien capable de la forger.
Au moyen âge, l'art par excellence est celui