‹ Jeanne d'ArcChapitre 1 sur 19 · Jeanne d'Arc · texte numérisé non relu

Jeanne d'Arc

LOUIS XI, texte de GrorGrs MoNTrorGuEIL, aquarelles de Jos. FRANÇOIS If, texte de Grorcrs-G. Toupouze, aquarelles de A. RoBipa. HENRI IV, texte de Grorces MoxrorGuiL, aquarelles de H. Voce. RICHELIEU, texte de Ta. Caxu, aquarelles de Maurice LeLoir.

LE ROY SOLEIL, texte de Gusrave Tounouzr, aquarelles de Maurice Lrror.

BONAPARTE, texte de Grorces MonrorGuElL, aquarelles de Jos.

Achevé d'imprimer le rer Décembre 1912 Tous droits de traduction et de reproduction Ÿ réservés pour tous pays.

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À la douce et pure mémoire de Geneviève Carton de Wiart.

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UANCÉ de gris dans une atmosphère grise, Domrémy s'étend au versant d'une colline que couronnent des bois de chênes et de bouleaux. Les maisons en regardent les rives de la Meuse qui coule claire et tranquille entre des prairies où les villageois envoyaient, au XVE siècle, paîitre leurs troupeaux ; de quoi ces braves gens tiraient leur principale ressource, ainsi que des vignobles qui gravissaient leurs coteaux.

Humble groupement, dont les âmes vivaient en étroite intimité, bien quil fut coupé de divisions territoriales; car Domrémy était traversé par une riverette — le ruisseau des Trois-Fontaines, ainsi nommé des trois sources dont il était la réunion — qui roulait avec un perpétuel murmure sur du cailloutis blanc. La partie du village située au sud de ce filet d'eau comptait trente-cinq feux; elle formait une seigneurie relevant de la famille de Bourlémont, sous la mouvance de la châtellenie de Gondrecourt, laquelle était champenoise, depuis 1308, date où Philippe le Bel l'avait cédée au comte de Bar; tandis que la partie septentrionale, où se trouvait l'église, relevait de la châtellenie de Vaucouleurs, en ‘chambre du roi, ce qui voulait dire que Vaucouleurs était placé sous lautorité de la couronne de France, sans suzeraineté intermédiaire. Ajoutons sans tarder que ce fut dans cette partie septentrionale, sous la terne toiture en pierres plates d'une maison située entre l'église et le ruisseau, que naquit Jeanne la libératrice, le 6 janvier 1412. Et, au levant, dès la rive opposée de la Meuse, commençait le duché de Lorraine.

Jeanne avait done sa maison familiale sur le domaine des fleurs de lis, tout à l'extrémité, car le ruisseau des Trois-Fontaines, qui servait de délimitation entre la partie relevant directement de la Couronne et celle qui s'incorporait au Barrois, en arrosait le seuil. Rustique et fruste demeure, de forme carrée, dont la toiture déclive, en demi-pignon, allait presque buter contre le sol. Elle était entourée d'un jardin qui la séparait immédiatement du cimetière de l'église.

Là régnait Jacquot d'Arc, le père de l'héroïne, elle-même nommée Jeannette en ses premières années. Ce nom ‘‘ d'Arc ” — que l'on prononçait ‘‘d'Aïi” — venait du village d'Arc-en-Barrois (arrondissement de Chaumont.

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À Domrémy, Jacquot d'Arc jouissait d'une grande considération : il était doyen de là communauté qu'il représentait aux sièges des châtellenies et des bailliages ; 1l commandait le guet et avait la garde des prisonniers; il était chargé de recouvrer la taille. Jacquot possédait des terres arables, des prés et des bois, de quoi former un ‘gagnage”. Le gagnage se distinguait du “conduit” en ce que l'importance en exigeait l'emploi de plusieurs chevaux. Les historiens ont pu estimer ses revenus à 4 ou 5.000 livres de notre monnaie. Jacquot d'Are et sa femme faisaient fréquemment l'aumône et offraient l'hospitalité aux religieux et aux voyageurs. Et des témoins, entendus au procès de réhabilitation, déelareront quon ne laissait pas que de faire bonne chère chez eux. Il est vrai que, parmi les troubles et les désordres du temps, sous les courses et les déprédations de la soldatesque, leur condition pouvait se trouver précaire par moments.

Entre ces faits, qui présentent la situation de la famille d'Are sous un jour différent de celui qui est adopté par la tradition, il en est un qui revêt une importance particulière. Il s'agit d'un acte, daté du 2 avril 1420, par lequel Jacquot d'Arc et Jacquemin, l'aîné de ses fils, prennent à bail, en société de quelques autres habitants du village, des mains des seigneurs de Bourlémont, la forteresse de Domrémy, aussi nommée “la maison de l'Ile”, véritable lieu de défense, d'aspect féodal, rude et abrupt, construit à la pointe d'une manière de presqu'ile que la Meuse entourait de son cours sinueux. De ce ‘château ” dépendaient une chapelle, un baiïle, c'est-à-dire une cour munie d'ouvrages militaires, et un grand jardin protégé par des fossés et des palis. Cela formait une ‘‘suüreté”, comme on disait encore, où gens et bétail trouvaient abri et dont la défense, en ces temps d'alertes continuelles, était naturellement dirigée par Jaequot d’Are, doyen de la communauté et commandant du guet, avec l'assistance de son fils aîné. [ls y avaient réuni un arsenal d'armes et d'armures diverses, qu'ils répartissaient, quand sonnait l'alarme, entre les paysans, transformés sous leur direction en défenseurs de la place : piques et coutelas, vouges et guisarmes, salades et gambisons, vieilles broignes de cuir couvertes d'anneaux de fer, arbalètes à pieds-de-biche, et de grands coffres remplis de flèches et de viretons. « Aussi que de jours, et surtout que de nuits, Jeannette dut-elle passer à la belle étoile, l'oreille tendue au moindre bruit, attentive à guetter l'approche des Anglais de Montigny et de Nogent, ou des Bourguignons d'Andelot, de Fouvent, de Vignory et de Saint-Dizier, amis et alliés des envahisseurs. » Ces dernières lignes sont de Siméon Luce. Et Jeanne d'Arc elle-même qui, au cours de son procès, niera énergiquement avoir jamais conduit aux champs le bétail appartenant à son père, se rappellera alors les jours d'alarmes où elle poussait en hâte, vers l'enclos féodal, pour y être mis en sûreté, les vaches et les moutons appartenant aux gens du pays.

Telle nous apparait l'éducation que Jeannette reçut de son père, comme un apprentissage de la vie militaire. Sa mère, Isabelle Romée, lui apprit à coudre et à filer et lui enseigna ses prières. Ame pieuse et vaillante, elle donna à sa

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