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fille une bague où se trouvaient gravés ces mots : Jhesu-Maria, que la Pucelle fera inscrire, dans la suite, sur sa bannière de linon blanc.
Instruite aux travaux de l'aiguille, Jeanne ignorait les lettres. « Je ne sais ni À ni B», dira-telle; à l'exemple de nombreux seigneurs et de très hautes dames de son temps, qui vivaient dans la même ignorance tout en remplissant les devoirs pour lesquels ils étaient faits.
Jeanne avait trois frères : Jacques ou Jacquemin, Jean et Pierre, et une sœur nommée Catherine. Les cinq enfants étaient élevés sévèrement, tenus de très près par leurs père et mère; ce qui n'empêchait pas la gaité et la libre expansion, les plaisirs champêtres : des courses, en rivalité avec les jeunes compagnes de son âge, dans les prés fleuris qu'arrosait la Meuse, courses dont le prix fut remporté par Jeanne plus d'une fois. Et, durant la ‘semaine des fontaines”, on allait accrocher des couronnes aux branches de l'arbre des fées, ‘ l'arbre des dames ” à l'orée du Boïs-chesnu, à une demi-lieue de Domrémy.
À ces arbres séculaires, aux fontaines dont les eaux vives coulaient sur de la mousse le long du coteau, se rattachaient des traditions lointaines, des contes de fées. On les répétait aux veillées, quand les hommes n'y disaient pas les sinistres exploits des brigands ou des Anglais. Jeanne les entendit de la bouche de sa marraine : vieilles histoires, aux vagues mirages, et parfumées de lavande et de thym.
Mais plutôt que de se mêler aux jeux de son âge, Jeanne aimait à se retirer à l'écart. On la trouvait assise au revers du talus qui bordait la prairie : elle avait emporté dans son tablier, d'un bleu éteint, des miettes de pain ou de gâteau cuit au lait, et les alouettes, que n’effarouchaient pas ses gestes tranquilles, venaient y picorer familièrement.
Quand, aux heures de l’angélus, les cloches de Domrémy répandaient sur la campagne leurs sons prolongés, Jeanne les écoutait comme en extase. Ce chant des cloches, combien elle l'aimait! Le jeune carillonneur était négligent, paresseux; Jeanne l'en réprimandait doucement et lui promettait une pleine hottée de la blanche laine que donnaient les brebis de son père, s'il faisait sonner ses cloches plus régulièrement.
En juin 142$, survint un événement important dans la vie de l'enfant, de qui il modifia le caractère. Jeanne était dans sa treizième année. À midi, dans le jardin de son père, que les cloches de l'église voisine remplissaient de leur bourdonnement, par une chaude et lumineuse journée d'été, tout à coup, sur la droite, comme venant du lieu saint, des voix très douces l’appelèrent : « Jeannette ! » Personne ne se trouvait dans la direction d'où venait le son, aussi l'enfant futelle prise de frayeur. Les jours suivants, cet appel se renouvela; mais la peur de Jeanne, loin de croître, ne tarda pas à se calmer, car les voix étaient douces et tendres. Elles s accompagnaient d'une grande clarté et aussi d'un parfum plus délicieux que celui des fleurs. Jeanne comprit que ces voix étaient d'origine céleste. Sa perception se précisa. Les voix étaient celles de l'archange Michel,
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protecteur du royaume de France, et de deux saintes : sainte Catherine et sainte Marguerite, dont les statues étaient vénérées dans l'église de Domrémy. Beaux messagers de Dieu qui revinrent l’entretenir, et non seulement dans le jardin de son père, près de l'église, mais à l'ombre de la forêt où Jeanne sentait son cœur palpiter quand elle entendait les voix mêler leur douceur aux tranquilles murmures que filtrent les taillis.
Domrémy était traversé par une antique voie romaine qui longeait la maison habitée par la famille d'Arc. Cette route était devenue très passagère depuis que les ducs de Bourgogne, par le mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite de Flandre, avaient réuni dans leurs mains le gouvernement de ces florissantes provinces. De l'une à l'autre, de Flandre en Bourgogne, les échanges s’en étaient mulupliés et l'on voyait incessamment, sur la chaussée antique que les roues avaient fatiguée, de nombreux chariots transporter les vins de la ‘Côte d'Or” vers les populeuses cités de la Flandre et du Brabant, pour en rapporter, au retour, les draps de Bruges, d'Ypres et de Gand, les toiles de Furnes et de Courtrai. Les courriers, qui reliaient ces mêmes contrées aux cités italiennes, prenaient le même chemin. On a dit que la demeure de Jacquot d'Arc était hospitalière. Il était le doyen de son village : voyageurs et moines mendiants avaient toute raison de s'arrêter chez lui. ‘Nouvellistes ” interrogés, écoutés avec avidité, 1ls donnaient force détails sur la vie des grandes villes, racontant la guerre que les prédicateurs, et plus particulièrement le moine augustin, frère Richard, faisaient au luxe extravagant des toilettes, aux longues coiffures pointues qu'on appelait des hennins; luxe qui scandalisait d'autant plus qu'il brillait au milieu de la détresse du royaume : églises en ruine, champs dévastés, hameaux déserts. Fléaux entraînés par la guerre séculaire et qui, avec le temps, étaient devenus plus horribles encore, en se fragmentant à l'infini; en répétant, dans les moindres recoins du pays, le pillage, l'incendie, les égorgements, une dévastation sauvage.
Non seulement les Anglais se livraient aux pires excès, mais, depuis que les puissants ducs de Bourgogne avaient uni leur fortune à la leur, des Français mêmes — ceux qu'on nommait les ‘‘ Bourguignons ” — faisaient cause commune avec eux. Les horreurs de la guerre étrangère s'accroissaient des cruautés de la guerre civile.
Et l'on ne sera pas étonné de lire que, dans les pays frontières, comme celui où se trouvait Domrémy, ces maux éclataient avec une violence particulière. Telle était la terreur dans ces régions, que les laboureurs cachaient leurs chevaux le jour et se levaient de nuit pour les mener paître, ou les employer aux travaux des champs, dans l'obscurité.
L'on vivait donc à Domrémy dans une angoisse incessante. A la moindre alerte, la population se réfugiait, avec bétail et instruments de labour, dans la ‘maison de l'Ile”, sous le commandement de Jacquot d'Arc. Détresse profonde, qui n'enlevait pas à ces braves gens leur attachement à leur prince, au roi légitime.
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