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Ceci est un des endroits importants de sa vie. Représentons-nous Jeanne, dans ses rapports avec le roi. Elle lui désobéit ouvertement, elle le brave. Sans se soucier de ses ordres, des traités qu'il a conclus, ni de sa politique, elle retourne sur les bords de la Seine et de l'Oise, donner aux Anglais ‘bonnes bufles et bons torchons , pour reprendre ses expressions mêmes. Quel est le monarque qui supporterait pareille façon d'agir d'un ‘‘chef de guerre” soumis à ses ordres, car tels étaient le rang et le titre de la jeune fille dans son armée?
Jeanne marcha donc au secours de Lagny, dont les habitants luttaient contre Anglais et Bourguignons. Elle parut devant la place, avec sa compagnie, vers la mi-avril 1430, entra dans la ville et s'y arrêta.
Elle y apprit qu'une femme venait d'y mettre au monde un enfant quon n'avait pu baptiser parce qu'il ne donnait pas signe de vie. Depuis trois jours, la pauvre mère se désolait auprès du petit cadavre sans pouvoir se décider à le laisser mettre en bière; mais elle le fit porter à l'église, devant la statue de la Vierge, où s'agenouillèrent de nombreuses jeunes filles, pour demander à la mère de Dieu sa toute puissante intervention. Jeanne fut requise de venir se joindre à elles. Son ardente prière monta vers le ciel avec celles de ses compagnes. Et voici que l'enfant remue, bâille trois fois : on eut le temps de le baptiser en toute hâte, car, un instant après, la mort l'avait ressaisi; puis on l'inhuma dans la terre bénite du cimetière.
Les juges s'en inquiéteront à Rouen :
— Ne disait-on pas, par la ville, que ce miracle s'était fait par vous ?
Et Jeanne toujours simple et de bon sens : « Je ne m'en enquérais point. »
Aux premiers jours de mars se place le combat que Jeanne soutint contre le chef de bande bourguignon, Franquet d'Arras.
Elle le vainquit et le fit prisonnier. Mais le baïlli de Lagny le lui réclama et, après l'avoir régulièrement fait passer en justice, 1l lui fit trancher la tête. Franquet était un de ces capitaines de routiers, encore plus brigands qu'hommes de guerre, si nombreux en ce temps.
Les premières semaines de mai furent ainsi employées à diverses escarmouches dans l'Ile-de-France et le Valois. Jeanne se trouvait à Crépy, quand elle apprit (22 mai) que l'armée du duc de Bourgogne était venue mettre le siège devant Compiègne. Philippe le Bon prétendait que cette place devait lui être remise en vertu même des trêves conclues avec Charles VIT. Environ minuit, elle monta à
cheval et, suivie de la compagnie à laquelle elle commandait — trois ou quatre cents hommes — chevaucha jusqu'à l'aube. Dans la matinée du vendredi
23 mai, elle arrivait devant la ville et en passait les ponts-levis.
Les Anglo-Bourguignons apprirent l'entrée de Jeanne d'Arc dans Compiègne. Ils connaissaient son caractère et savaient qu'elle ne tarderait pas à sortir contre eux à la tête de ses soldats. Ils tirèrent leurs plans en conséquence, plans habilement conçus et qu'ils vont exécuter avec précision. Ils commencèrent par engager des escarmouches dans les prairies humides qui s'étendaient en face de la ville, sur la
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rive droite de l'Oise. Jeanne avait chevauché, sous son armure blanche, de minuit au lever du soleil. N'importe! infatigable, après avoir à peine pris le temps de se reposer, elle remontait sur son demi-coursier de couleur grise. Sur l'acier de ses armes, elle avait passé une huque déchiquetée en velours cramoisi battu d'or.
Cependant, les Anglo-Bourguignons, commandés par Jean de Luxembourg, avaient posté une grosse ‘‘embüche” en amont de la ville, au nord de Clairoy, dans les boqueteaux qui couvraient une éminence nommée le Mont-Ganelon.
Une autre ‘‘embüche”, composée d'Anglais, avait été établie en aval de la ville, à Venette. De Clairoy comme de Venette, on pouvait se porter rapidement, par la route de Clermont-Compiègne-Noyon qui longeait la rivière, à la tête du pont qui commandait l'entrée de Compiègne.
Suivie de ses gens, Jeanne passa le pont qui faisait communiquer la ville avec la rive droite de l'Oise. D'un élan impétueux, les Anglo-Bourguignons sont repoussés jusqu'au delà des coteaux qui forment les premiers ressauts du plateau de Picardie, où 1ls avaient établi leurs campements. Là, s'engagea une lutte ardente, opiniâtre. Déjà l'horizon s'estompait dans la brune. Songeons à l'effort fourni par Jeanne depuis la veille. Elle paraissait à tous de trempe surhumaine. Ses ennemis en conviennent. « La Pucelle, écrit un Bourguignon, passoit nature de femme. » Et il semblait quelle se monträt partout à la fois, encourageant, pressant, poussant en avant ses compagnons. À ce moment, les Bourguignons du Mont-Ganelon sortirent de leurs boqueteaux, descendirent dans la vallée, et se coulèrent le long de la rivière pour couper les Français de leur retraite sur la ville, tandis que les Anglais de Venette, remontant la chaussée au lès de la rivière, faisaient en sens inverse, dans la même intention, le même mouvement.
À peine les Français eurent-ils découvert la manœuvre de leurs ennemis :
— Mettez peine de recouvrer la ville, crièrent-ils à Jeanne, ou vous et nous sommes perdus.
— Taisez-vous, répondit la guerrière. Il ne tiendra qu à vous qu'ils ne soient déconfits. Ne pensez que de férir sur eux!
Loin de reculer, elle continuait de pousser son cheval en avant, jusqu au moment où le fidèle d'Aulon, saisissant la monture par la bride, força la Pucelle à revenir dans la direction du pont.
De même qu'on voyait toujours la vaillante enfant sur le front quand sonnait la charge, elle tint à rester la dernière pour couvrir la retraite de ses compagnons. C'est un écrivain bourguignon, et qui se trouvait sur les lieux, Monstrelet, qui va nous montrer le jeune ‘chef de guerre” dans ses derniers instants de sa carrière militaire : «Iceux François, voyant leurs ennemis multiplier en grand nombre, se retirèrent devers la ville, toujours la Pucelle avec eux sur le derrière, faisant grand manière de entretenir ses gens et les ramener sans perte. » Capitaine vigilant jusqu'à la minute suprême, et, dans le moment même où ses jours étaient en péril, ne songeant qu'à ordonner, de la manière la plus favorable, la retraite de ses soldats. Ainsi criant, se battant, se culbutant, Français, Anglais et