‹ Jeanne d'ArcChapitre 13 sur 19 · CURE 2 D · texte numérisé non relu

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l'une des plus pittoresques et des plus charmantes figures de son temps — le comte de Vendôme, Dunois, Gilles de Rais, La Hire, les deux Laval, les deux Poton. En son allègre vaillance, toute cette jeunesse ne comprenait qu'une façon de procéder : «A la pointe de la lance, comme dira Jeanne, bouter les Anglais hors!» Au procès de Rouen, ses juges, des hommes d'Église, reprocheront sévèrement à l'héroïne de s'être faite, sans cesse, l'avocat des plans les plus belliqueux. A ces plans, nous donnons aujourd'hui l'adhésion la plus cordiale; mais, sur l'autre rive, faut-il condamner sans examen ceux qui suivaient l'expérience avisée et prudente du chancelier, ceux qui estimaient, avec lui, qu'après. avoir obtenu miraculeusement les plus grands succès militaires, une politique “politique”, faite de réflexion et d'adresse, de calcul et d'habileté, venait peut-être à son heure? Il ne conviendrait pas d'oublier, en somme, que la ligne de conduite adoptée par le roi, a pour elle un bon défenseur : le succès. Charles VII et ses conseillers mettront les Anglais hors le royaume et guériront les blessures que lui avait faites la guerre la plus longue dont l'histoire ait gardé le souvenir. Pour avoir procédé avec douceur et patience, ils donnèrent, sans doute, plus de temps à cette œuvre quil nen aurait fallu à la vierge des combats; mais cette œuvre, ils ne l'en auront pas moins menée à heureux achèvement. Au mur, on connaît le maçon, dit-on; cette locution pourrait-elle trouver une meilleure application que lorsqu'il s'agit de juger une politique? Charles VII et ses conseillers ont construit leur mur avec lenteur, oui-dà; mais on ne peut nier quils ne l'aient fait de main d'habile ouvrier.

Incapable de se plier aux exigences d'une politique, à laquelle une nature comme la sienne, toute de foi et d'action, ne pouvait sharmoniser, Jeanne se désolait d'être traînée, inactive, de Gien-sur-Loire à Selles-en-Berry, puis à Bourges, à Montargis, à Loches, à Jargeau, à Issoudun, enfin, au beau château de Mehun-sur-Yèvre. Certes, le roi lui donnait autant d'argent qu'elle en désirait, les chevaux de race qu'elle aimait à chevaucher ; les belles robes, les étofles somptueuses dont elle aimait à se parer; le roi l'anoblissait, elle, son père, ses frères, toute sa famille; mais tout cet éclat, où ses yeux se plaisaient, n'étouflait pas la voix de son cœur, ne rendait pas silencieuses les ‘voix qui l'appelaient à de nouvelles batailles.

Cédant à ses instances, Charles VII lui confiait, sur la fin d'octobre 1429, quelques troupes pour ‘ conquester diverses places que les Bourguignons possédaient encore dans la région de la Loire. Elle commença par aller mettre le siège devant Saint-Pierre-le-Moutier. Iei se place encore un incident caractéristique. Bien qu'ils fussent soutenus par une active artillerie, les assaillants furent repoussés par une garnison vaillante et nombreuse. Le fidèle d'Aulon ne cessait de veiller des yeux sur la Pucelle. Après la retraite des Français, il la vit donc abandonnée au pied des murs, sans autre compagnie que les quelques lances de sa ‘“mesnie privée”. Brochant son cheval, il la rejoignit pour la supplier de se retirer à son tour : elle courait les plus grands dangers à demeurer exposée

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seule, comme elle le faisait, aux traits des Bourguignons. Mais Jeanne, en relevant la visière de son heaumet:

« Je ne suis pas seule — et ses yeux se fixaient d'un air inspiré sur la crête des remparts dont elle se sentait déjà maitresse — j'ai encore, en ma compagnie, cinquante mille de mes gens, et je ne partirai point que je n'aie pris la ville. »

Jean d'Aulon regardait tout autour de lui avec la plus grande consternation :

« Quelque chose qu'elle me dit, déclare-t-1l naïvement, elle n'avait pas, avec elle, plus de quatre ou cinq hommes ; aussi insistai-je derechef pour quelle se retiràt avec les autres. » Mais Jeanne, en manière de réplique, lui ordonna de faire apporter immédiatement les claies et les taudis, les fagots et les échelles qui permettraient à ses cinquante mille combattants de monter à l'assaut.

« En nom Dieu! à l'assaut! craut-elle; le chastel" est à nous»

« Et la ville fut prise », conclut le fidèle écuyer, de plus en plus abasourdi.

Le 24 novembre, la Pucelle et sa compagnie arrivaient devant la Charité-sur- Loire pour y commencer un siège qui, à travers les rigueurs d'un hiver particulièrement dur, devait se poursuivre tout un mois ; enfin, le siège dut être levé faute de troupes, faute de ressources, faute d'artillerie. Il est vrai que, dès le 11 janvier, la place faisait parvenir sa soumission à Charles VII; ici encore, les efforts de la Pucelle avaient produit leurs fruits.

PIN COM IRICRCNNE

Ses ‘‘voix” avaient déconseillé à Jeanne l'expédition de la Charité-sur-Loire : irrésistiblement elles la rappelaient vers l'Ile-de-France. Car les pays où le duc de Bourgogne gouvernait pour le compte du roi d'Angleterre, continuaient d'être le théâtre de combats incessants, malgré les trêves, et bien que Charles VII se füt retiré avec ses capitaines sur le bord de la Loire, Bedford, avec les siens, en Normandie. En entendant le récit de ces vaillances d'armes auxquelles le roi lui interdisait de prendre part, la Pucelle — s'il est permis, quand il s'agit d'elle, de parler ainsi, ‘se mangeait les sangs”. Enfin, elle n'y tnt plus. Le 28 mars 1430, Jeanne se trouvait, avec son souverain, à Sully-sur-Loire. Elle était lasse des discussions incessantes qu'elle avait à soutenir contre lui et contre ses conseillers, « mécontente, comme dit Perceval de Cagny, du fait et de la manière quils tenoient pour le recouvrement du royaume.» Elle avait réuni les hommes de sa compagnie et terminé, d'une manière peu apparente, les préparatifs nécessaires à ses projets; quand elle prétexta, auprès de son prince, quelque Félat manœuvre où promenade, ou parade militaire, dont elle voulait, disait-elle, se donner le divertissement et, ‘‘sans prendre congé”, elle fila droit, avec sa troupe, vers Lagny-sur-Marne, où elle savait «qu'on faisoit bonne guerre aux Anglais de Paris et d'ailleurs. »

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