‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 18 sur 110 · L.\ CAMP.\GNE DE L.V LOI RE · texte numérisé non relu

L.\ CAMP.\GNE DE L.V LOI RE

RLÉANs délivré, tous les esprits en ressentirent une impression profonde. La Pucelle avait donné son signe. Ce grand siège, qui durait depuis sept mois, elle y avait mis fin en une semaine. Ces bastilles qui s'appu3'aient les unes les autres, elle les avait enlevées Tune après l'autre, ou plutôt il avait suffi qu'elle en prit trois pour que tout le reste lût évacué.

Jeanne était donc bien l'envoyée de ,iiai„bi,oth. iwt. Dieu, c'était le cri du peuple; c'était aussi

le sentiment des docteurs les plus autorisés : Jacques Gelu, archevêque d'Embrun; Jean Gerson, la plus grande voix du quinzième siècle.

Les avis des docteurs, il est vrai, n'étaient plus bien nécessaires pour que le peuple crût à Jeanne-, mais leurs conseils étaient loin d'avoir perdu leur opportunité auprès du roi. Les conseillers intimes de Charles VII, voyant la confiance qu'elle inspirait autour d'elle, l'avaient acceptée sans trop de peine pour délivrer Orléans. Si elle n'en chassait l'ennemi, ils étaient forcés

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de déloger eux-mêmes. Les Anglais, maîtres de la Loire, ne leur permettaient plus d'y demeurer en sûreté. Mais l'affaire n'en était plus là : Orléans délivré, la Pucelle voulait mener le roi à Reims, et l'entraîner, après le sacre, à la délivrance du royaume. Il fallait donc qu'ils payassent de leur personne, ou du moins qu'à la suite du roi ils se missent en route à travers les provinces occupées par l'ennemi. Cela coûtait à leur lâcheté, ou, si l'on veut, à leur nonchalance; et ils étaient résolus de prendre tous les prétextes pour en reculer le moment.

Jeanne leur devait laisser peu de loisir.

En quittant Orléans, elle était venue à Blois, puis à Tours, où le roi vint de Chinon à sa rencontre. Charles la reçut avec de grands honneurs. Quand la Pucelle se présenta devant lui, l'étendard à la main, et lui fit révérence, le roi lui-même, dit une ancienne chronique, « ôta son chaperon et l'embrassa en la saluant, et, comme il sembla à plusieurs, volontiers l'eût baisée de la joie qu'il avoit. » Il n'ignorait point quelle part elle avait eue à cette victoire aussi prompte qu'inespérée. Dans sa lettre aux habitants de Narbonne, lettre écrite pendant qu'on apprenait, pour ainsi dire, coup sur coup, la prise de Saint- Loup, puis des Tourelles, et enfin la levée du siège, le roi, sans dire encore tout ce qu'elle avait été dans le succès, leur signalait les choses merveilleuses qu'on rapportait d'elle, la nommant seule et constatant qu'elle avait été présente à tout. Il pouvait maintenant en savoir bien davantage. Aussi lui fit-il « grande chère. >> Il voulait même qu'elle prît pour armoiries les lis de France et la couronne avec l'épée tirée pour la conquérir : c'est le blason qui demeura dans sa famille. Mais Jeanne n'était pas venue chercher la récompense, elle venait solliciter l'achèvement de son œuvre, et c'est ce qu'on semblait le moins disposé à lui accorder.

Charles convoqua ses capitaines et « autres sages de sa cour. » Il tint plusieurs conseils (à Tours), et la prudence des conseillers eut plus d'une excellente raison à opposer aux desseins de la jeune fille. On alléguait la grande puissance des Anglais et des Bourguignons et la détresse du roi, qui n'avait pas de quoi soudo\'er l'armée nécessaire au vo3'age. La Pucelle ne demandait pas tant de choses pour le conduire, lui et sa compagnie, jusqu'à Reims, « sûrement et sans destourbier » ^empêchement), mais elle voulait qu'on se pressât. Elle disait « qu'elle ne durerait guère plus d'un an.

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