‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 24 sur 110 · LE SEJOUR SUR LA LOIRE · texte numérisé non relu

LE SEJOUR SUR LA LOIRE

retour du roi à Gicn eut les suites quel'on pouvait prévoir. Presque aussitôt après son dupart de Saint-Denis, la garnison qu'il y a\ lit laissée avec Vendôme se repliait sur Scnlis : les Anglais, se jetant sur la ville, la pillèrent, et sans crainte du sacrilège emportèrent, comme en trophée , les armes que la Pucelle avait déposées dans Féglise ^^^-LS de Fabbaye. Puis ils élevèrent une nouvelle ^'^ ' forteresse dont ils firent capitaine le prévôt de Paris, Simon Morbier. Le mal était réparable si le duc de Bourgogne tenait ses promesses ; et le comte de Clermont, lieutenant du roi dans ces contrées, paraissait y compter toujours. Le premier usage qu'il fit de ses pouvoirs fut d'expédier au duc, au nom du roi, des lettres qui comprenaient, dans la trêve de quatre mois faite avec lui, Paris et ses environs, savoir : Saint- Denis et le château de Vincennes, les ponts de Charenton et de Saint-Cloud (i8 septembre:. Le duc de Bourgogne y vint donc alors à travers l'armée royale, muni du

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sauf-conduit du roi (on a vu avec quels honneurs), et il parut encore donner suite aux négociations entamées. Il envoyait à son tour un sauf-conduit au chancelier de France. Il le faisait recevoir à Saint-Denis par Jean de Luxembourg et le sire de Lannoy; et plusieurs jours se passèrent en conférences : mais tout se borna aux conventions déjà signées. Ce n'était point pour livrer Paris au roi de France que le duc de Bourgogne acceptait de Bedford la charge de le gouverner. Le roi, en le comprenant dans les trêves, n'avait fait que fournir au duc le mo ven d'inaugurer son avènement au pouvoir par un acte agréable aux Parisiens. La trêve qui les touchait fut publiée devant le duc et les bourgeois assemblés, en même temps que les lettres qui l'investissaient de la lieutenance du roj'aume.

Paris demeurait donc aux Anglais avec l'assurance qu'on ne l'inquiéterait pas; mais les Anglais n'avaient aucun engagement de ce genre envers les pays soumis à Charles VIL II fallait que le roi, tout en s'abstenant d'attaquer sur ce point, songeât à se défendre sur tous les autres. Il parut bien ne vouloir délaisser aucune des villes qui venaient de se donner à lui. A peine arrivé à Gien, il écrivit (le 23 septembre) aux habitants de Troyes qu'il avait donné ordre à Vendôme de leur venir en aide. Pourquoi Vendôme? N'avait-il pas bien assez de garder Senlis ? et était-ce trop, pour l'Ilede-P'rance, du comte de Clermontet des seigneurs demeurés avec lui? Mais l'armée que Charles VII ramenait sur la Loire et qu'il avait tant d'occasions d'employer ailleurs, était à la veille de se dissoudre. Le duc d'Alençon s'en alla en sa vicomte de Beaumont, où l'attendait sa femme; et les autres capitaines, chacun en son gouvernement.

Jeanne était demeurée auprès du roi, presque seule, et fort triste de l'inaction où elle était réduite. Cependant le duc d'Alençon, qui partageait si complètement ses vues, revint bientôt s'offrir pour l'en tirer. Il avait réuni des hommes d'armes, et proposait d'entrer en Normandie par les marches de la Bretagne et du Maine, pourvu qu'on lui donnât la Pucelle : car, selon qu'elle serait ou ne serait pas avec lui, sa troupe allait bientôt se grossir ou se disperser. Les circonstances paraissaient favorables. Les Français avaient dans le pays des partisans : Étrépagny, Laval, Torcy, venaient de leur être livrés. On refusa. L'archevêque de Reims, la Trémouillc et le sire de Gaucourt, « qui lors gouvernoient le corps du roy et le fait de sa

COMPIEGNE.

guerre, » ne voulurent à aucun prix consentir à cette réunion du duc d'Alençon et de la Pucelle. Le duc, ils le sentaient bien, aurait gagné en

Fig. 84. — Charles V'II entouré de sa cour. D'après un dessin à la sanguine de la fin du quinzième siècle , communiqué par M. de Braux,àBoucq (Meurthe). — Charles Vil, assis sur son trône, est environné de ses principaux gentilshommes, parmi lesquels se distinguent à la fois par leurs insignes et par leurs noms; le connétable de Richement, qui, en sa qualité de connétable, porte l'épée du roi; le comte de Dunois, grand chambellan; Jean Bureau, grand maître de l'artillerie;Joachim Roua ult; le grand sénéchal Pierre de Brézc ; et derrière, au premier plan, Jeanne la Pucelle. — Cette composition se retrouve en miniature dans deux mss. de Jean Chartier, tous deux du xv' s.: l'un à la biblioth. de l'Arsenal, à Paris; l'autre à la biblioth. de Rouen.

importance tout ce qu'il eut ajouté à la fortune du roi. L'historien Perccval de Cagny a bien le droit de mettre à la charge du conseil les conséquences

/ 'v"^ '^ de cette résolution, et de lletnr cette résistance délibérée a la CTrâce dont la Pucelle était la messagère (octobre 1420;.

Le roi allait donc promenant ses loisirs en Touraine, en Poitou, en Berri ; et, pendant ce temps-là, tout était en proie dans le pays qu'il avait abandonné. Ces riches campagnes furent ruinées, les villes mises à rançon. On leur voulait faire sentir ce qu'il en coûtait d'abandonner si légèrement les Anglais pour un roi impuissant à es défendre. Et, en effet, on eût pu croire le pays entièrement délaissé. Le comte de Clermont, lieutenant du roi, s'en allait veiller à ses propres

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