Gros d'argent, dit iiu rottJeLÏu
créé le 8 octobre 1430.
Cours : i5 deniers. — Val. intrins.: 57 c. —
loS. — Plaque d'argent, copie des doubles gros flamands de Philippe le Bon,
frappés à Tournai avant 142Ô.
Cours : i3 deniers. — Val. intrins. : 41 c. -^^.
Fig. 102 à loS. — Monnaies françaises frappées sous les règnes de Charles VI et de Charles VU. Au droit, la légende commune à toutes ces monnaies est : « Carolus Dei gratia Francorum rex (Charles, par la grâce de Dieu roi de France). » — Au revers, on lit : 1° sur les figures 102, io3, 104 et io5 : « Christus vincit, Chrislus régnât, Christus imperat (le Christ est vainqueur, le Christ règne, le Christ commande); » 2» sur les figures io5, io5 et 107 : « Sit nomen Domini benedictum (Que le nom du Seigneur soit béni). • — Bibhoth. nat. de Paris, cabinet des médailles.
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Fig. 103. — Portail nord de l'église Saint-Pierre-le-Mousticr. Jc'sus-Clirist, bénissant un qli)be, est entouré des quatre évangélistes. Sous l'archivolte, deux anges portent des llambeaux, deux autres tiennent des encensoirs. x\i' siècle. État actuel, d'après une photographie. — Au siège de Saint-Pierre-le-Moustier, d'Aulon, écuyer de Jeanne, la voyant avec quatre ou cinq hommes au plus devant les murailles, lui demanda ce qu'elle faisait là seule, la pressant de se retirer. Mais Jeanne, ôtant son casque, répondit qu'elle n'était pas seule, qu'elle avait en sa compagnie cinquante mille de ses gens; et elle cria ; « Aux fagots et aux claies, tout le monde ! » En un instant elle est obéie, et la ville est prise d'assaut. — Jeanne sut préserver du pillage les biens que les habitants avaient réunis dans l'église de Saint-Pierre.
Pig. , 10. — Notedediverses provisions de guerre fournies par la ville de Clermont-Ferrand à la requête de
à la Bibliothèque de Clcrmont-Kerrand.
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la Pucelle. Extrait du registre appelé le I^apier du tlliien (registre recouvert d'une peau de chien), conservé (L'écriture du titre du registre est re'duite.)
Lecture. — C'est le papier dej mémoires et diligences de la ville de Clermont appelle le papier du chien, fait et ordenné par Loys Chauchat, Guillaume Boudet , Guillaume Vidal et Jehan dou Mas. esleu'f sur le gouvernement de la dicte ville le viii'jour du nuns de may lan mil iiijc et dix.
Memuyre soit que la pucela Jchanna et messaige de Dieu et nions' de Lebret envoyèrent à la ville de Clermont le vii" jour de nouvcmbre l'an mille quatre cens et vint et neuf unes lettres faysant mencion que la ville leur voulssit aider de poudre de canon et de trait et d'artillerie pour le siecge de la Charité. Etfust ordenné pour Messeigneurs d'igli^e esleuj et habitans de ladicte ville de leur envoyer le^ chausej qui s'enssuivent lesquelles leur furent envoyées par Jehan Merlle , fourier de Mons' le dauphin, corne appert par sa quittance . laquelle est en cest papier. Et premièrement deux quintau.x- de saupelre , im g quintal seuphre , deu.v quaysses de trait contenant ung melher, et pour lapersonne de ladicte Jehanne une espée, deux dagues et une apche d'armes. Et fut cscript à mess" Rocbert Atndrieu. qui estait devers ladicte Jehanne , qu'il présentât ledit arnoys la dicte Jehanne et Seii^neur de Lebret.
Traduction. ■ — C'est le registre des mémoires et diligences de la ville de Clermont, appelé le Registre du Chien, fait et ordonné par Louis Chauchat, Guillaume Boudet, Guillaume Vidal et Jean du Mas, élus pour le gouvernement de ladite ville, le 8 mai 1410.
Mémoire soit que la Pucelle Jeanne, messagère de Dieu, et Monseigneur d'Albret envoyèrent à la ville de Clermont, le 7 novembre 142Q, une lettre demandant que la ville voulîit bien les aider en poudre à canon, en traits et en artillerie pour le siège de la Charité. Et il fut ordonné par les seigneurs d'église, les élus et les habitants de cette ville de leur envoyer les choses qui suivent; lesquelles leur furent envoyées par Jean Merle, fourrier de Monseigneur le Dauphin, ainsi qu'il résulte de sa quittance, qui est jointe à ce registre. Et premièrement, deux quintaux de salpêtre, un quintal de soufre, et deux caisses contenant un millier de traits, et pour la personne de ladite Jeanne une épée, deux dagues et une hache d'armes. Et il fut écrit à messire Robert Andrieu, qui était auprès de ladite Jeanne, qu'il lui présentât ledit armement ainsi qu'au seigneur d'Albret.
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La Pucelle aurait mieux aimé aller en France, c'est-à-dire vers Paris. Elle se rendit à Bourges pour réunir les troupes destinées à cette entreprise; puis elle vint, en compagnie du sire d'Albret (frère utérin de ia Trémouille, assiéger Saint- Pierre-le-Moustier, comme il avait été résolu. Jeanne, selon son habitude, se portait au plus fort du péril et y demeurait, sans compter ceux qui restaient auprès d'elle. D'Aulon, son écuyer, qu'une blessure à la jambe tenait éloigné de l'assaut, la voyant avec quatre ou cinq hommes au plus devant les murailles, monta à cheval, courut à elle, lui demanda ce qu'elle faisait là seule, et pourquoi elle ne se retirait pas comme les autres. Mais elle, ôtant son casque, lui répondit qu'elle n'était pas seule, qu'elle avait en sa compagnie cinquante mille de ses gens, et ne partirait point de là que la ville ne fût prise. Comme il insistait, elle lui ordonna de faire apporter des fascines pour franchir le fossé, et en même temps elle s'écria : « Aux fagots et aux claies, tout le monde, afin de faire le pont ! » En un instant elle fut obéie, le pont dressé et la ville prise d'assaut. Tout était en proie aux vainqueurs, mais Jeanne sut leur faire respecter l'église où les assiégés avaient mis leurs biens en dépôt (premiers jours de novembre i429\
De là on devait aller assiéger la Charité. Mais la place était forte et bien approvisionnée par les soins de Perrin Grasset, qui l'occupait depuis tantôt sept ans; et la petite armée dj la Pucelle manquait des choses les plus indispensables à l'attaque. La cour ne sachant pas trouver le moyen d'y pourvoir, elle s'adressa aux villes. On a encore , en original , une lettre signée d'elle aux habitants de Riom (Moulins, 9 novembre 1429) : elle leur annonce le siège qu'on vient de terminer heureusement et celui qu'on prépare; et elle les prie, par l'attachement qu'ils ont au bien et à l'honneur du roi, d'envoyer « poudres, salpêtre, soufre, traits, arbalètes fortes et autres habillements de guerre. " On commença le siège avec ce qu'on avait, et, tout en le poussant, on continuait de s'adresser aux villes les plus intéressées à déloger l'ennemi de leur voisinage. La ville de Bourges engagea ses octrois, afin d'avoir les i3oo écus d'or qu'on lui demandait pour entretenir l'armée et la garder devant la place. La ville d'Orléans eut aussi à porter dans ses comptes diverses sommes dépensées pour entretenir ou équiper des capitaines, des gens d'armes, des « joueurs de coule\rines, »
COMPIEGNE.
envoyés au siège en son nom. Mais ces secours partiels étaient insuffisants pour une telle entreprise, et le roi n'envoyant rien , Tarmée, dépourvue d'argent et de vi^Tes, dut lever le siège, au grand déplaisir de la Pucelle (fin de novembre 1420).
Elle fut reçue à la cour avec non moins d'honneur : car à quel titre le roi lui eùt-il imputé cet échec? On l'anoblit, elle et toute sa famille, et, par un privilège signalé comme unique dans nos annales, on stipula que cette noblesse se transmettrait dans sa race, non-seulement par les hommes, mais par les femmes. On lui avait composé un blason où figuraient les lis de France; ses frères en prirent le nom de du Lis : mais elle garda son nom et son étendard. Tous ces honneurs lui étaient donnés « en considération des louables et utiles services qu'elle avait rendus au royaume et lui devait rendre encore. » On ne renonçait donc point à ses services : et que demandait-elle, pour prix de ceux qu'elle avait rendus, que de servir encore? Mais on ne se pressait pas de la mettre en demeure de le faire.
Elle resta donc dans l'inaction, suivant la cour à Bourges, à Sully-sur- Loire, ou visitant les bonnes villes qu'elle avait délivrées, Orléans, par exemple, qui a retenu dans les registres des comptes la trace de son passage; et elle édifiait toujours, par sa sainteté, ceux qu'elle n'étonnait plus par ses exploits. Marguerite la Touroulde, veuve de René de Bouligny, chez qui elle demeura environ trois semaines au retour du voyage de Reims, nous peint encore en elle ces habitudes de recueillement et de piété qui avaient traversé sans altération la vie des camps-, cette simplicité que n'avaient pas corrompue les adorations de la foule, et ce bon sens admirable qui s'appliquait à détruire le faux prestige dont on la voulait entourer. A ceux qui lui disaient qu'elle n'avait point à craindre d'aller à l'assaut parce qu'elle savait bien qu'elle ne serait pas tuée, elle répondait qu'elle n'en était pas plus assurée que les autres; et quand les femmes venaient en sa maison pour lui présenter des patenôtres et autres signes en la priant de les toucher : « Touchez-les vous-mêmes, leur disait-elle en riant, ils seront tout aussi bons. »
Elle fit preuve du même bon sens quand une femme, nommée Catherine de la Rochelle, se disant inspirée, la vint trouver pendant son séjour à Jargeau et à Montfaucon en Berri. Cette Catherine prétendait qu'une
dame blanche, vêtue de drap d'or, lui commandait d'aller dans les bonnes villes, et de faire crier, par les hérauts du roi, que tous ceux qui auraient de l'or ou de l'argent caché l'apportassent sans retard, annonçant en même temps qu'elle connaîtrait ceux qui ne le feraient pas, et saurait trouver leurs trésors: c'était pour payer les gens d'armes de Jeanne. Quel auxiliaire pour un chef de troupes ! Frère Richard voulait qu'on la mît à l'œuvre, et plusieurs agréaient fort son procédé. Jeanne lui dit de retourner à son mari, d'aller faire son ménage et nourrir ses enfants. Cependant, ne voulant point juger témérairement de l'inspiration des autres, elle consulta ses saintes, et elle offrit à Catherine de coucher avec elle pour être témoin de ses apparitions. Elle partagea son lit, en cllet, veilla jusqu'à minuit, et, ne voyant rien, s'endormit. J>e matin, l'autre lui dit que sa dame était venue, mais que, Jeanne dormant, elle ne l'avait pu réveiller. Jeanne s'enquit d'elle si la dame devait revenir la nuit suivante, et lui demanda de renouveler l'épreuve. Mais cette fois elle prit soin de dormir le jour, de telle sorte qu'elle put rester éveillée toute la nuit ; et de temps à autre elle demandait à sa compagne : « Viendra-t-elle point? — Oui, tantôt, » disait l'autre.
Inutile de dire que la dame ne \int pas.
Jeanne écrivit donc au roi que le fait de Catherine n'était que néant et folie. Frère Richard en fut très-mécontent, et les familiers du roi aussi sans doute: c'était un moyen si commode de trou\er de l'argent 1 Cette Catherine, qui promettait de leur en fournir, n'entrait pas moins dans leurs vues par sa politique. Tout en offrant de recueillir de l'argent pour les soldats, elle ne pressait pas de faire la guerre : elle refusa d'aller au siège de la Charité, disant qu'il faisait trop froid. Flic proposait de se rendre près du duc de Bourgogne pour faire la paix. A quoi Jeanne répondit « qu'il lui semblait qu'on n'y trouverait point de paix, si ce n'était par le bout de la lance. »
Les événements le démontraient de plus en plus. La trêve avec le duc de Bourgogne, qui expirait à Noël, avait été prorogée jusqu'à Pâques, et, à défaut de Compiègne qui s'y était refusée, Pont-Sainte-Maxcnce lui avait été livrée en garantie. Mais la trêve n'engageait pas les Anglais-, et les Bourguignons, en se cachant sous leur bannière, avaient toute facilité de porter avec eux le ravage dans les pays qui s'étaient donnés au roi. La terreur y