‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 30 sur 110 · COMPIÈGNE · texte numérisé non relu

COMPIÈGNE

était grande partout, et plus d'un sanglant exemple avait montré combien elle était légitime.

Les habitants de Reims, les plus menacés dans cette tentative de restauration, comme les plus signalés par le sacre, écrivirent à la Pucelle pour lui communiquer leurs craintes. Ils redoutaient la vengeance des Bourguignons; ils redoutaient le délaissement du roi, à qui l'on avait dit qu'il y

Kl,:;. 1 ij. — Ruines Jui,h.iK-a u-(i,iillaid, ou B.irba/an lut retenu prisonnier Jes.\nt;lai', pendant huit ans. La Hire le délivra le 24 février i-t.io. D'après Vllistoire de la ville Jes AtidcUs, de M. Brossard de Ruville

avait des traîtres parmi eu.x prêts à livrer la ville. La Pucelle leur adresse une première lettre, le 16 mars 1430, afin de les rassurer sur le siège : « Sachez, leur disait-elle, que vous n'aurez pas de siège si je les puis rencontrer; et si je ne les rencontre et qu'ils viennent vers vous, fermez vos portes, j'y serai et je leur ferai chausser leurs éperons en telle hâte qu'ils ne sauront par où les prendre. » Le 28 , elle leur écrit pour les rassurer touchant les dispositions du roi et leur promettre une prompte assistance : « Si vous

prie et requiers, très-chers amis, ajoutait-elle, que vous gardiez bien ladite bonne cité pour le roi, et que vous fassiez bon guet. Vous orrez (oirez) bientôt de mes bonnes nouvelles plus à plein. Autre chose quant à présent ne vous rescris, fors que toute Bretagne est françoise, et doit le duc envoj'er 4U roi trois mille combattants payés pour deux mois. A Dieu vous command (recommande) qui soit garde de vous. Ecrit à Sully, le 28'^ de mars. »

Ces bonnes nouvelles qu'elle leur promettait d'elle, c'était sa prochaine arrivée sur le théâtre de la guerre. Elle écrivait la veille peut-être de son départ : car sa lettre est du 28 mars, et c'est au mois de mars qu'elle partit, selon l'historien Cagny. Lasse déjouer un rôle de parade, et désolée de voir comment le roi et son conseil entendaient arriver au recouvrement du royaume, elle prit la résolution de se séparer d'eux et d'aller rejoindre ceux qui combattaient.

On combattait en Normandie, et, quoique les Anglais parussent vouloir y concentrer leurs forces, plusieurs nouveaux succès avaient couronné les efforts des Français. La Hire s'était emparé de Louviers (décembre 1429), d'où il faisait des courses jusqu'aux portes de Rouen, puis de Chilteau-Gaillard, où il avait délivré Barbazan (24 février i4'3o ); Torcy avait résisté aux Anglais qui voulaient y rentrer. Mais c'était dans le Nord que la question était surtout reportée depuis le voyage de Reims. Sauver les places qui s'étaient ralliées à Charles VII, défendre la ligne de l'Oise contre le duc de Bourgogne, ramener Parisau roi en l'isolant de plus en plus, voilà la vraie manière de reprendre l'œuvre interrompue le 8 septembre; et tout y invitait. Depuis la dernière entrevue de Bedford et du duc de Bourgogne (octobre 1429) , Paris dans ses rapports avec eux n'avait eu que des sujets de plainte. Le régent (Bedford) s'en était allé en Normandie: le lieutenant général (Bourgogne), dans ses propres États, recommandant aux Parisiens, s'ils voyaient venir les Armagnacs, de se bien défendre : et il les laissait sans garnison ! Du reste, les Parisiens avaient plus d'une raison de ne point regretter qu'il emmenât ses six mille Picards : « Six mille aussi forts larrons, comme il parut bien en toutes les maisons où ils furent logés. « Mais le champ restait libre aux Armagnacs-, et la désolation des campagnes, la cherté des vivres, augmentaient l'irritation populaire.

La multitude souffrait, la bourgeoisie commençait à se tourner vers

Lettre de Jeanne aux habitants de Reims, i6 mars 1430. — D'après l'or

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Lecture - Très Mers et bien ai.uJs et bien desiries à venir. Jehannc la Pucelle c narés point, si je les puis rencontrer bien bref: et si ainsi fut que je ne les rencontrasse, ne y sont je leur ferey chausier leurs éperons si à aste qu'il ne saront par ho les prandre soye; toutjours bons et loyals. Je pry à Dieu que yous ai, en sa guarde. Escr.t a Sully, l

Je vous mandesse anquores auqunes nouvelles de quoy vous sériés bien joyeux; mats j

Traduction. -Très-chers et bien-aimés, que je désirerais l^icn voir, je, Jeanne la Pi n'en aurez pas, si je puis sous peu rencontrer les ennemis. Et s'il arrivait que ,e rte les près de vous, et s'ils y sont, je leur ferai chausser leurs éperons en telle hâte qu ils ne chose pour le présent, sinon que vous soyez toujours bons et loyaux. Je prie Dieu qu .1 v

Je vous annoncerais encore bien d'autres nouvelles dont vous seriez bien |oyeux; m;

,1 appartenant à M. le comte de Maleyssie, à Houville, près Chartres.

e^ct/Yv-riC,

■ec» vo»5 letres faisent mancion que vous vous doptiés d'avoir le scie.e. Ve.lhes savcr ,ue vous V- venissent devant vous, si .ous fermés vous pourtes, car je serey bien brief vers vous; et a eu.v leur cil y est si brief que ce sera bientost. Autre chouse ne vous escry pour le présent, nus que

,■1" jour de tnars. , ,. ,,

nL que les letres ne feussent prises en chemin et que Ion ne v.t les dates nouvelles.

Jehanne.

le ai reçu vos lettres faisattt mention que vous craigne, un siège. Veuillez être assurés que vous contras'se pas et qu'ils vinssent au-devant de vous, fermez-leur vos portes, car je serat bientôt ront par où les prendre, et cela leur arrivera si vite que ce sera bientôt. Je ne vous ecr.s autre 5 ait en sa garde. Écrit à Sully, le i6= jour de mars.

craindrais que mes lettres ne fussent prises en route et que l'on ne vît lesdites nouvelles.

Jeanne.

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d'autres espérances. Dans les commencements d'avril, on découvrit une conspiration où se trouvaient impliqués des membres du parlement et du Châtelet, avec plusieurs marchands notables ou gens de métier; et les Armagnacs étaient aux portes. Le 23 mars ils surprenaient Saint-Denis; le 25 avril ils s'établissaient à Saint-Maur.

La Pucelle, ici comme avant de marcher sur Reims et sur Paris, ne demanda conseil à personne ni pour résoudre ni pour agir. Un jour donc, sans prendre congé du roi, elle partit, fit semblant d'aller « en aucun ébat, » et s'en vint à Lagny-sur-Marne, « pour ce que ceux de la place faisoient bonne guerre aux Anglois de Paris et ailleurs. » Elle aurait pu se laisser ébranler cette fois. Comme elle était, dans la semaine de Pâques ;vers le 1 5 avril), à Melun, ville qui venait de chasser les Anglais pour se donner au roi, ses voix lui dirent qu'elle serait prise avant la Saint-Jean; et depuis elles le lui répétaient tous les jours. Mais elles ne la détournaient point d'aller en avant; elles lui annonçaient sa captivité comme une chose qu'elle devait souffrir; et Jeanne, quoiqu'elle eût mieux aimé la mort, marchait sans peur à l'accomplissement de son œuvre.

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