LHISTOIRE
nous sont proposés, où le trouver plus éclatant et plus doux à la fois que dans celle qui, à la distance où demeure toute semblable imitation, rappelle en même temps et le Sauveur et sa Mère : la mère de Dieu , dans sa virginité , dans son trouble et dans ses hésitations à la vue de l'ange qui l'appelle; le Sauveur, dans les traverses de sa mission, dans le traître qu'elle rencontra au moins devant ses juges; dans l'hypocrisie de ses juges
Fig. iS5. — La Vierge Marie couronnée par le Saint-Esprit. — \\ serait légitime de donner à cette figure le titre de « Notre-Dame de Paix» ou de» Notre-Dame de France.» Deux groupes d'anges portent ces mots : « Gloire à Dieu au plus haut des Cicux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ; » la Vierge, ayant donné Je'sus-Christ au monde, lui a en effet donné la paix. Elleest vêtue de blanc. De la main droite elle tient un lis, de la main gauche l'écu de France. Le roi, couronné, en manteau bleu à fleurs de lis d'or, est agenouillé devant elle. Le sens de cette composition est certainement celui-ci : Marie protège la France, — Miniature des Vigiles de Charles VIF, ms. fr., n» 3o54, daté de 14S4, à la bibliothèque nationale.
( — « Elle a blasphémé ! »); dans la vraie cause de sa mort, car elle meurt aussi pour son peuple; dans le délaissement de son supplice, comme dans la paix de son dernier soupir? Après cela, Jeanne n'a pas été déclarée sainte; mais peut-on dire que l'Eghse ait méconnu son caractère? Les juges, nommés par le pape à la requête de sa famille, n'avaient pour mission que de reviser son procès. En réhabilitant sa mémoire, ils ne pouvaient lui décerner d'autres honneurs. Et, quand on réfléchit au rôle de Jeanne d'Arc dans la lutte séculaire des deux principaux peuples de la
chrétienté, on comprend que l'Église n'ait pas voulu alors décréter un culte qui eijt obligé TAngleferre comme la France. Quand on voit Tinfluence de l'esprit de parti se perpétuer depuis les écrivains bourguignons jusque dans les jugements portés en France sur la Pucelle, on comprend qu'elle ait continué de s'abstenir, laissant le sentiment public se produire librement dans le domaine de l'histoire. Mais, quelle qu'ait été la diversité des opinions des historiens, la foi du peuple n'a jamais varié, et on ne peut pas dire que FEgiise, dans sa réserve même , lui ait jamais fait défaut. C'est dans une fête religieuse que les honneurs populaires rendus à la Pucelle se sont perpétués jusqu'à nous : je veux parler de la procession par laquelle les Orléanais rendent chaque année témoignage à sa mission , en rapportant à Dieu son signe, l'acte de leur délivrance; et naguère, à l'inauguration de son dernier monument, c'est dans la chaire de Sainte-Croix et par la voix éloquente et vraiment inspirée de leur premier pasteur que leur culte pour elle a reçu la consécration la plus éclatante. Aujourd'hui l'opinion est fixée partout. L'Allemagne a rendu à la « Jeune fille d'Orléans» un touchant hommage dans le livre de G. Gcerres. La Belgique a depuis longtemps abjuré les haines des Bourguignons ; l'Angleterre elle-même a répudié , dans le poëme de Robert Southe}' , le crime de Bcdford et les injures de Shakspeare. En France, on ne dilTère que par la manière de la déclarer sainte. Quand l'Église jugera bon de le faire selon le mode qui lui appartient, le travail ne sera pas bien long-, les enquêtes sont, dès à présent, entre les mains de tous, par l'édition des deux procès : et celui des deux qui la condamne n'est pas celui qui crie le moins haut pour elle. Quel plus grand témoignage, en ettet, à la gloire des saints que les actes mêmes de leur martyre ? Oui, quand on arrive avec les pièces de ce procès au terme de cette histoire , on peut le dire avec une entière conviction : Jeanne a été par toute sa vie une sainte, et par sa mort une martyre : martyre des plus nobles causes auxquelles on puisse donner sa vie , mart\Te de son amour de la patrie , de sa pudeur, et de sa foi en (^elui qui l'envoya pour sauver la France I
ÉCLAIRCISSEMENTS
JEANNE d'abc. III.
ichèque nationale.
ARMES ET VÊTEMENTS MILITAIRES
'est à répoque même de la mission de Jeanne, que Tarmure de fer battu ou armure de plates accomplit sa dernière évolution. Cet habillement, qui succédait à l'habillement de mailles, avait commencé, dès la fin du treizième siècle , par des boîtes de métal enveloppant le genou. Au quatorzième, des boîtes semblables, réunies par des lames de fer articulées, enfermaient la totalité des membres. Les membres supérieurs avaient Vcp..Tnl!i'rc, le bras, la coudicre, V avant-bras et \q. gantelet; pour les inférieurs, les cuissots, les gcitonillères, Icsgrcj'es ou jambières et lessolerets. Déjà les coudières et les genouillères étaient munies de gardes, plaques évasées destinées à garantir le pli de l'articulation.
Il ne restait donc plus qu'à protéger le corps d'après le même système. Ce résultat fut obtenu après 1400. A cette date, la pièce de métal qui s'appelait poitrine d'acier au siècle précédent fut remplacée par deux pla-
1 Cette lettre initiale a été gr de Saint-Denis.
par Sébastien Lcclerc (xvii« siècle) pour une Histoire de l'abbaye
ECLAIRCISSEMENTS
ques, Tune pour la poitrine, l'autre pour le dos. Ces deux plaques descendaient jusqu'à la taille et comportaient, à partir de là, une jupe de mailles recouverte de lames ajustées à recouvrement , nommées /hiildcs.
Telle fut la première cuirasse. Elle s'améliora, bientôt après, par l'addition de deux autres pièces, de sorte qu'il y eut deux plastrons garantissant la poitrine et deux autres protégeant le dos.
Ainsi revêtu pour la première fois du harnais complet, depuis les gan-
Fig. 186. — Capitaines. {Chroniques du Haiuauî.
telets à doigts séparés jusqu'aux souliers de fer articulés, ou solercts, l'homme d'armes adopte pour coilfure la salade, casque conique, muni par derrière d'un large rebord s'étalant sur le cou et destiné à protéger la nuque. Sur le devant, était adaptée une visière mobile, appelée garde-rue. Vers la fin du quatorzième siècle , le camail de mailles avait été remplacé par un gorgerin et une mentonnière en fer forgé. Cette mentonnière fut élevée au-dessus des narines et projetée en avant ; on l'appela la barieve. En même temps, prenait naissance un autre casque qui est devenu depuis
igS ÉCLAIRCISSEMENTS.
la dernière expression de la défense de la tète, Varmcl. On le nommait alors htiaumet. Il consistait en une coiffure ronde assez conforme aux contours de la tète. La bavière était remplacée par un grillage.
Le chevalier chaussait un éperon à très-longue tige armée d'une grande molette, la iiiolctlc ra)-onnante.
Fig. iS8. — Éperon à longue tige.
L'écu n"a plus de raison d'être. Après avoir réduit ses dimensions à chaque progrès de Tarmure, il disparaît de l'habillement défensif. On ne le rencontre plus que dans les cérémonies d'apparat et dans les panoplies, on ne s'en sert plus que comme support de blason.
L'homme de guerre passait par-dessus sa cuirasse tantôt une tunique courte, sans ceinture, à larges manches, houppelande à corsage fermé et à collet montant, mais très-raccourcie de la jupe-, ou bien la Inique, sorte de casaque flottante entièrement ouverte sur le devant, à bords le plus souvent déchiquetés, sans manches; ou bien encore une huque avec de grandes manches, dans lequel cas elle devenait le paletot. Il cimait son casque d'une touffe de plumes d'autruche, fort recherchées dans ce temps, et l'entourait d'une riche cornette ou d'une étoffe légère, chiffonnée à grands bouillons, qu'on nommait étoffe de tripe.
Là ne se borna pas l'emprunt fait au costume civil. La carrure d'épaules étant alors fort estimée, on simulait cet avantage avec des manches à gigots très-gonflés à la naissance du bras. On appelait ces gigots maheutres. De faux maheutres furent posés sur le harnais de guerre. L'archer combattant, page 406, fig. 2o3, a les épaules garnies de maheutres.
Les armes offensives, propres à la noblesse, comprenaient la lance et l'épée. La lance, \q glaive de nos chroniqueurs, comportait un fut de bois de frêne, un fer en losange, et, près du fer, une pièce d'étoffe rectangulaire, la. bannière, ou triangulaire, Icpennon, chargés des armoiries héréditaires. La bannière appartenait aux seigneurs assez puissants pour conduire un
ARMES ET VETEMENTS MILITAIRES
certain nombre d'hommes d'armes à la guerre; au simple gentilhomme servant sous le chevalier bannerel , le pennon. La longueur de la lance mesurait quatorze pieds environ; cependant, la veille d'une affaire, lorsque les hommes d'armes eurent appris des Anglais à descendre de cheval pour soutenir la bataille, on raccourcissait les fûts de lance, on les retaillait à
Fig. iS
til
a, Bannière du comte de Richemont. — b, Pennon. — c, Epée de Jean sans Peur d, Épée de Philippe le Bon, d'après un sceau de 1435.
la longueur de cinq pieds. Sous Charles VII, la lance chevaleresque était passée aux mains des compagnies d'ordonnance; il n'y a plus de pennon.
Les monuments figurés de l'époque offrent des épées élégantes et fortes, légères à la main. La lame est large du talon, très-aigue de la pointe, à arête médiane; les quillons sont recourbés d'ordinaire vers la pointe et quelquefois droits, à extrémités recroisetées ou fleuronnées; les pommeaux sont en olive, coniques, côtelés, tronqués ou en disque aplati, ornés de pierres fines ou d'émaux reproduisant le blason du possesseur.
L'habillement du cheval de guerre (on disait le destrier) consistait depuis le commencement du treizième siècle en une couverture de fer ou d'étoffe. On voulut le faire participer au bénéfice de l'armure de plates. La tête du cheval se garnit d'un chanfrein, plaque d'acier armée d'une crête ou d'une pointe, qu'on laçait sous la ganache et qu'on accompagnait de lames articulées bardant le haut de l'encolure et maintenues en dessous par de la maille. Un rebord saillant garantissait d'ordinaire les j'eux du cheval.
ÉCLAIRCISSEMENTS
D'autres fois ils étaient abrités derrière un grillage. On fermait complètement les oeillères si le cheval était sujet à se dérober; dans ce cas, le chanfrein était dit aveugle. Le chanfrein devint pour les seigneurs riches une occasion d'étaler le plus grand luxe : ils le garnissaient d'or et le couvraient de pierreries. Les grands sceaux équestres de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, offrent des exemples de chanfrein et de barde de crinière. Le
Fig. 193 et 19+. — Chanfreins et bardes de crinière.
cheval, dans ces types, est enveloppé d'une fine housse de mailles recouverte d'une seconde housse, d'étoffe légère et brodée d'armoiries.
La selle d'armes concourt aussi à la défense de: Thomme de guerre. On la revêt de plaques d'acier. Le pommeau s'évase, ses plaques s'arrondissent et embrassent le devant de la cuisse, comme si elles allaient rejoindre le troussequin; quelquefois il s'élève assez haut pour couvrir entièrement le ventre du cavalier, et descend de façon à garantir le genou et la jambe.
Les considérations précédentes s'appliquent seulement à l'homme d'armes, au privilégié à qui sa naissance donnait le droit de combattre à cheval, revêtu de l'armure complète. Les soldats, sergents, gens d'armes et de trait ne jouissaient pas de cette prérogative et ne pouvaient porter d'ordinaire que les pièces défendant les articulations principales. Ils n'étaient mènie pas assujettis à l'uniforme. Du moment où ils possédaient les pièces principales de l'armement, le reste était abandonné à leur caprice. Si l'on songe qu'ils appartenaient à des pays très-divers et conservaient une partie de leur costume national, on se fera une idée de la difficulté qu'il y aurait à se rendre un compte détaillé de leur habillement.
Les pavaisiers maniaient une lance de jet, sorte de javelot, et se couvraient d'un parais , bouclier rectangulaire qui les abritait presque en entier. Des manuscrits, un peu antérieurs, il est vrai, les montrent habillés comme les
ARMES ET VETEMENTS MILITAIRES
hommes d'armes, mais coilïcs d\in cliapeait de fer, chapeau cylindrique à timbre rond ou pointu, à larges bords plats ou rabattus.
Fig. 195. — Philippe le Bon, duc Je Huurgugne. Sceau de 1424.
Fig. 196 et 197. — Selles d"armes.
Les archers portaient le jaque, pourpoint gamboisé, c'est-à-dire rembourré, avec une jupe à gros plis, ou bien la brigaiidine, pourpoint couvert de plaquettes de métal. Les chausses étaient de cuir ou d'étoffe gamboisée,
ni. — M
ECLAIRCISSEMENTS
souvent de deux couleurs différentes. Le vêtement du corps était aussi de deux couleurs. Des boîtes de fer, épaulières, coudières et genouillères, défendaient les articulations principales ; quelquefois même des plaques protégeaient le devant de la jambe et de la cuisse. Dans certains monuments de 1440 figurent des archers qui sont coiffés de salades à garde-vue; d'au-
Fig. ujS. — Capitaine avec ses archers. {CliroiiLiucs du Hainaut.)
très ont le petit bassinet ou le chapeau de fer. Une trousse de flèches est accrochée à leur ceinture, où pend quelquefois une forte épée pouvant frapper d'estoc et de taille. (Voy. Tarcher combattant, page 406, fig. 2o3.) Leur arc est le fameux arc anglais de six pieds.
Les arbalétriers, vêtus comme les archers, du jaque ou de la brigandine, offrent la même variété de coiffure. Leur arme ordinaire était Varbalète à
ARMES ET VETEMENTS MILITAIRES
pied, munie d'un étrier dans lequel on passait le pied, afin d'avoir un point d'appui pour bander la corde. Mais en ce temps, on avait imaginé une arbalète plus puissante : elle se bandait au moyen d'un treuil qui se portait accroché à la ceinture. Cette arme nouvelle se nommait le cranequin, et les arbalétriers armés de cette arbalète spéciale s'appelaient cranequiniers. Les sergents et gardes du roi, vêtus du même costume que les précédents,
Fig. loq. — Garde armé J'un fauchard , el revêtu d'une huque.
{Chroniques du Hainaut.)
Fig. 200. — Soldat armé d'une rouelle.
mais à la livrée, c'est-à-dire aux couleurs de leur maître, avaient pour armes des/auc/iards, grands coutelas emmanchés au bout d'une hampe, ou la hallebarde, hache à deux tranchants surmontés d'un fer de lance. Ils portaient aussi une lance de jet ou bien le bec de faucon. On voit, page 404, fig. 201, deux sergents armés d'une courte lance. Tune nue, l'autre accompagnée d'une petite flamme. Un troisième sergent s'appuie sur un bec de faucon, bâton ferré muni d'un marteau terminé par derrière en une forte pointe recourbée vers le manche.
Les gens de pied, en général, ne portèrent pas la cuirasse. Aussi ccrtnins
ECLAIRCISSEMENTS
conservèrent un petit bouclier rond, la rouelle, qu'ils suspendaient à la ceinture.
Une miniature du manuscrit intitulé les Chroniques du Hai)iaut\ postérieur de quelques années à la mort de notre héroïne, représente des artilleurs ^fig. 20 1\ Le canon, que l'on dirait fabriqué de douves maintenues par
Fig. 201. — Artilleurs et sergent d'armes. ( Chroniques du Hainaut.)
des cercles, est court et large de la bouche. Il repose sur un affût à deux roues; le derrière de l'affût se termine en potence et présente à son milieu une pièce de fer verticale percée de trous de distance en distance. Ces trous servent à fixer la culasse après qu'elle a été haussée ou abaissée selon la direction que le pointeur veut donner à son tir. L'un des artilleurs porte
1 La plupart des dessins qui accompagnent cet éctjircisscment sont tires des Chroniques du Hainaut, ms. exécuté vers 1440 et conservé â la bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.
ÉCLAIRCISSEMENTS
un riche pourpoint par-dessus son haubergeon; il est coiffé d'une salade. Le second, revêtu d'une huque bleue à collet rouge et à galons d'or pardessus son jaque, a pour coiffure une toque rouge à retroussis jaune. Tous deux ont des chausses en étoffe rouge. Un des sergents qui les accompagnent est habillé d'un paletot bleu , brodé, à grandes manches rouges. Ailleurs ce sont des brigandines recouvertes de soie ou de velours. On voit par là que l'usage d'un habillement par-dessus le harnais de guerre était devenu général, et que, dans la grande misère de la France, si l'armure était en progrès, le luxe avait envahi les armées.
G. Dic.M.w.
2o3. — .A.rchcr combattant. {Clironiques du Hainaut. )
i des Heures de Simon Vostro (150M). Biblîotlicque de M. Ambroise Firmin-Didot.