‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 70 sur 110 · LIGNE MATERNELLE DE JE.\N\E D .\ R C · texte numérisé non relu

LIGNE MATERNELLE DE JE.\N\E D .\ R C

Par ses lettres de décembre 1429, Charles VU avait anabli toute la parenté de la famille d'Arc. Le père de Jeanne n'avait plus de parents. Mais Isabelle Romée, sa raère, avait un frère et une sœur.

Jean Romée, dit de Voiithon, épousa Marguerite Colnel et en eut : I" Nicolas Romée, profés de l'abbaye de Chcminon, aumônier de la Pucelle; 2° Marguerite Romée, qui épousa Pierre de Perthes de Faveresse, duquel descend le célèbre géologue M. Boucher de Crèvecœur de Perthes (d'Abbeville).

Aveline Romée épousa Jean de Voiseul et en eut :

i" Jeanne de Voiseul, qui épousa Durand Lassois, dont le fils Thibault, reconnu noble, comme parent de la Pucelle, le 25 février i525, prit le nom de le Noble et eut postérité sous ce nom;

2° Démange de Voiseul, dont la petite-fille Marguerite de Voiseul épousa Médard le Royer, de Chaleines ; le petit-fils de ce dernier, Médard le Royer, gentilhomme ordinaire du duc de Lorraine, s'allia à l'illustre maison d'Ourches, et reprit le nom DE Voiseul. (Voir D. Pelletier, Nobil. de Lorr., ar/." Médard.)

E. DE Boute ILLER, ancien député de Meiz.

Nota. — Dans le tableau qui précède, il faut : i" annuler l'indication relative à une alliance des Du Lvs de la branche aînée avec la famille Tallevart; — 2° à l'indication + s.ins alli^iiicc, ctc, qui suit le nom de Catlicrine d'Arc, substituer les mots suivants : mariée à Colin le Maire, de Grcux; paraît cire morte sans hoirs avant i^So,

Poésie. — Théàtr

\L n'y a pas dans notre histoire une figure qui soit plus vivante et plus réelle que celle de Jeanne d'Arc, il n'y en a pas une aussi qui soit plus idéale et plus pottique. La poésie sort ici spontanément du simple exposé des faits, et ' idéal c'est la réalité même. Toute iction en altère la sublimité à la fois naïve et surnaturelle, tout embellissement l'enlaidit. C'est pourquoi l'art s'y trouve gêné, habitué qu'il est à traiter en maître la matière qu'il s'est choisie, et ne pouvant se résoudre, comme ille faudrait ici, à s'y pleinement assujettir. La poésie, qui se sert ordinairement de l'histoire, est, dans le cas présent, condamnée à la servir. Il lui faut retourner à ces temps primitifs où elle n'était que l'écho ému des événements qui ébranlaient les cœurs des hommes ; où le mensonge, pour ainsi dire, lui était encore inconnu. Mais, lyrique ou épique, elle s'est trop éloignée de ce caractère pour que le retour lui soit aisé : elle veut orner, elle veut créer, elle gâte. Il en est de même au théâtre, où le cadre, si large qu'il soit, est toujours une gène pour l'expression sincère de la réalité. La poésie

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dramatique est accoutumée à un jeu de perspective et à des lois de compensation, qui n'obtiennent la vraisemblance propre à ce genre que par des sacrifices demandés à la vérité. Or tout sacrifice, si mince qu'il soit, de la vérité amène une déchéance, quand il s'agit de Jeanne d'Arc, et il ne saurait y avoir si admirable drame , si magnifique poésie composée en son honneur, que la réalité ne put murmurer tout bas à l'oreille de l'auditeur ou du lecteur : Je suis plus admirable et plus magnifique encore.

L'intérêt d'un travail sur Jeanne d'Arc dans les lettres est moins littéraire qu'historique. Celui-ci a été conçu comme une chrestomathie, c'està-dire de manière à présenter au lecteur, dans une double galerie, les spécimens, rangés autant que possible par ordre chronologique, des principaux ouvrages, épiques ou lyriques d'une part, dramatiques de l'autre, qui ont été composés en l'honneur de la Pucelle. Outre l'intérêt qui s'attache à cette grande figure, et à la façon diverse dont elle a été comprise dans chaque pa3's et à chaque époque, cette double galerie, par le seul rapprochement des spécimens qui la composent, et dont, surtout pour le théâtre, nous avons tâché de marquer et de distinguer les genres, cette double galerie pourra servir à former dans l'esprit du lecteur attentif une idée, peut-être assez juste, des évolutions et révolutions littéraires depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours.

C'est une femme, la savante, pieuse et patriote Christine de Pisan, qui marche en tête du long cortège des poètes de la Pucelle. Ses vers sur Jeanne d'Arc ne sont guère, à vrai dire, que de la prose rimée ; mais ils ont un caractère de vérité qui tient à la date où ils furent écrits. On y sent une émotion sincère et noble, qu'y a fait passer l'âme de l'auteur, vivement ébranlée par le réveil du sentiment national et les succès, dus à l'intervention divine, de la cause à la fois dynastique et française dont elle n'avait cessé de pleurer les malheurs. Il y a quelque chose aussi de touchant dans le naïf orgueil de Christme, fière de voir triompher une jeune fille, l'honneur de son sexe, là où avaient échoué les guerriers et les politiques.

Ses vers sur la Pucelle passent pour les derniers qu'elle ait faits, et ce sont aussi les seuls vers français, écrits du vivant de Jeanne d'Arc en son honneur, qui nous soient parvenus. « Ils furent achevés, dit M. Quicherat ', le 3i juillet 1421), au moment où Charles VII, maître de Château-Thierry,

Fig. 207. — Christine de Pisan. D'après une miniature de son Liirc i/i" la mutacion de fortune. Bihl. nat., fonds fr.; ms. n" (îo?.

pouvait, en trois jours de marche, paraître avec son armée sous les murs de Paris... En 142Q, Christine avait atteint IVige de soixante-sept ans. Depuis la révolution de 141!^, elle vivait cloîtrée dans une ahba^'e : on ne sait laquelle. »

TRADUCTION

Je, Christine, qui ay plouré Unze ans en abbaye close,

Moi, Cliristine, qui ai pleuré Onze ans en abbaye fermée ,

1 Procès, t. V, p. 3. Nous empruntons pour nos citations de Christine, et en général des poètes du xv« siècle, le texte du savant éditeur. Nous en avons revu quelques-unes sur les manuscrits.

ECLAIRCISSEMENTS

Où j'ay tousjours puis demouré Que Charles (c'est estrange chose!) Le filz du roy, se dire l'ose, S'en fouy de Paris , de tire , Par la traîson là enclose :

Or à prime me prens à rire...

Où j'ai toujours demeuré depuis Que Charles (c'est chose étrange!) Le fils du roi, si j'ose rappeler ce souvenir, S'enfuit de Paris, tout droit.

Par suite de la trahison là incluse :

Maintenant pour la première fois je me prends à rire.

L'an mil quatre cens vingt et neuf,

Reprint à luire li soleil;

Il ramené le bon temps neuf

Que on n'avoit veu du droit œil

Puis longtemps; dont plusieurs en deuil

Orent vesqui. J'en suis de ceulx;

Mais plus de rien je ne me deuil,

Quant ores voy ce que je veulx

L'an mil quatre cent vingt-neuf Recommença à luire le soleil ; Il ramène le bon temps nouveau Qu'on n'avait pas vu de l'œil (dirigé vers lui) Depuis longtemps; dont plusieurs en deuil Ont vécu. Je suis de ceux-là; Mais de rien je ne me chagrine plus Puisque maintenant je vois ce que je veux

Qui vit doncques chose avenir Plus hors de toute opinion, Qui à noter et souvenir Fait bien en toute région:

Que France, de qui mention En faisoit que jus est ruée.

Soit, par divine mission, Du mal en si srant bien muée r

Qui vit donc chose advenir

Plus hors de toute attente',

Laquelle à noter et de laquelle se souvenir

Est bon en toute région :

C'est à savoir que France, de qui discours

On faisait qu'à terre était renversée ,

Soit, par divine mission.

Du mal en si grand bien changée ?

Par tel miracle vrayement Que , se la chose n'est notoire Et évident quoy et comment, Il n'est homs qui le péust croire:

Chose est bien digne de mémoire Que Dieu par une vierge tendre.

Ait adès voulu (chose est voire) Sur France si grant grâce estendre.

Et cela par tel miracle vraiment

Que, si la chose n'était notoire

Et évidents le fait et la manière ,

Il n'est homme qui le pût croire :

C'est une chose bien digne de mémoire

Que Dieu par une vierge tendre

Ait maintenant voulu (c'est une chose vraie)

Sur la France si grande grâce étendre.

O ! quel honneur à la couronne De France par divine preuve !

Car par les grâces qu'il lui donne Il appert comment il l'apreuve Et que plus foy qu'autre part treuve En Testât royal, dont je lix Qu'oncques (ce n'est pas chose neuve ) En foy n'errèrent fleurs de lys

O! quel honneur à la couronne

De France se voit par divine preuve !

Car par les grâces qu'il lui donne

Il paraît combien Dieu l'approuve

Et que plus de foi qu'autre part il trouve

En la maison royale , dont je lis

Que jamais (ce n'est pas une chose nouvelle)

En la foi n'errèrent les fleurs de lis

Tu, Johanne, de bonne heure née, Benoist soit cil qui te créa!

Pucelle de Dieu ordonnée.

En qui le Saint-Esprit réa Sa grant grâce ; et qui ot et a Toute largesse de hault don , N'onc requeste ne te véa Que te rendra assez guerdon...

Toi, Jeanne, à une bonne heure née.

Béni soit celui qui te créa!

Pucelle de Dieu envoyée

En qui le Saint-Esprit fit rayonner

Sa grande grâce ; et qui eus et as

Toute largesse de son haut don ,

Jamais ta requête ne te refusa

Et il te donnera assez grande récompense..

Christine metJeanne bien au-dessus de tous les preux du passé :

ne s'appareille

Leur proesse à cestc qui veille A bouter hors noz ennemis.

Mais ce fait Dieu, qui la conseille, En qui cuer plus que d'omme a mis..

n'est égale

Leur prouesse à celle-ci qui veille

A jeter hors nos ennemis.

Mais Dieu fait cela , qui la conseille ,

Et qui en elle un cœur plus que d'homme a

Par miracle fut envoiée Et divine amonition , De l'ange de Dieu convoiée Au roy, pour sa provision.

Son fait n'est pas illusion , Car bien a esté esprouvéc Par conseil , en conclusion :

A l'effect la chose est prouvée

Par miracle fut envoyée

Et par divin avertissement.

Par l'ange de Dieu menée

Au roi, pour pourvoir à son royaume.

Son fait n'est pas illusion,

Car elle a bien été éprouvée

En conseil , et voici ma conclusion :

Par l'effet la chose est prouvée....

Et sa belle vie, par foy !

Monstre qu'elle est de Dieu en grâce Par quoy on adjouste plus foy A son fait ; car quoy qu'elle face , Tousjours a Dieu devant la face, Qu'elle appelle, sert et deprye En fait, en dit; ne va en place

Où sa devocion detrie.

Et sa belle vie, par ma foi !

Montre qu'elle est en la grâce de Dieu ,

C'est pourquoi on ajoute plus de foi

A son fait; car quoi qu'elle fasse ,

Toujours a Dieu devant la face ,

Qu'elle invoque, sert et prie

En actions , en paroles ; en quelque endroit

qu'elle aille.

Elle ne retarde pas ses dévotions.

O! comment lors bien y paru Quant le siège iert à Orliens, Où premier .sa force apparu !

One miracle, si com je tiens, Ne fut plus cler ; car Dieu aux siens Aida telement, qu'ennemis Ne s'aidèrent plus que mors chiens. Là furent prins ou à mort mis.

O ! comme alors cela bien parut Quand le siège était à Orléans , Où en premier lieu sa force apparut!

.lamais miracle, ainsi que je pense.

Ne fut plus clair; car Dieu aux siens Vint tellement en aide, que les ennemis Ne se défendirent pas plus que chiens morts. Là furent pris ou à mort mis.

Hée! quel honneur au féminin Sexe! que Dieu l'ayme, il appert.

Quant tout ce grand peuple chenin

Par qui tout le règne iert désert.

Par femme est sours et recouvert,

Ce que pas hommes fait n'eussent, Et les traittres mis à désert, A peine devant le créussent.

Hé! quel honneur au féminin Sexe ! que Dieu l'aime il paraît bien , Quand tout ce grand peuple misérable comme

chiens Par qui tout le royaume était déserté, Par une femme est ressuscité et a recouvré

ses forces, Ce que hommes n'eussent pas fait, Et les traîtres ont été mis à ruine , A peine auparavant l'auraient-ils cru.

Une fillette de seize ans

(N'est ce pas chose fors nature'r

A qui armes ne sont pesans , Ains semble que sa norriture

Une fillette de seize ans (N'est-ce pas une chose au-dessus de la nature "f ) A qui les armes ne sont pesantes, Mais il semble que son éducation

ECLAIRCISSEMENTS

Y soit , tant y est fort et dure ;

Et devant elle vont fuyant Les ennemis, ne nul n'y dure.

Elle fait ce, maints yeulx voiant.

Et d'eulx va France descombrant , En recouvrant chasteaulx et villes, .lamais force ne fut si grant , Soient à cens , soient à miles.

Et (le noz gens preux et abiles Elle est principal chevetaine.

Tel force n'ot Hector, neAchilles; Mais tout ce fait Dieu qui la menne

Ait été faite à cela, tant elle y est forte et

dure; Et devant elle vont fuyant Les ennemis, et nul n'y résiste.

Elle fait cela, maints yeux voyant.

Et elle va d'eux débarrassant la France,

En recouvrant châteaux et villes.

Jamais force ne fut si grande,

Qu'ils soient par centaines ou par milliers.

Et de nos gens preux et habiles

Elle est principal capitaine.

Telle force n'eut Hector, ni Achille;

Mais tout cela est fait par Dieu qui la mène....

C'est encore la vérité naïve du sentiment qui recommande les vers consacrés à Jeanne d'Arc, neuf annéesaprès sa mort, parun poëte bourguignon, .Martin le Franc. On reconnaît en ses paroles l'empreinte récente des événements et le vivant souvenir de la Pucellc. « Cet auteur, dit M. Quicherat', qui était prévôt ele la cathédrale de Lausanne, publia en 1440, sous le titre de Chaiiipioii des dames , une contre-partie du roman de la Rose, où il introduisit la curieuse discussion qu'on va lire. Le morceau rnérite toute considération, non-seulement cà cause de sa date, puisqu'il fut écrit seize ans avant la réhabilitation juridique de la Pucellc, mais encore parce que l'ouvrage auquel il appartient fut dédié au duc de Bourgogne. » Le (Hiainpion des dames défend Jeanne contre les objections de V Adversaire^ qui joue un peu ici le rôle d'avocat du diable.

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