CHARLES
C'est bien dict , faictes la devant nous se treuver. Pour le bien ou le mal de ce fait éprouver.
JEANNE
Grand Roy, que vous sert-il vous celer, en croyance Que vous pourrez tromper de Dieu la congnoissance ? C'est luy qui donne jour à mes pudiques yeux , Afin de vous congnoistre entre ces braves preux , Que sert-il de vouloir contre Dieu se défendre,
KCLAIRC;
PuccUe qui.
Mais de sa n
!:■ cornas: DiïU
Puisqu'il rend acomply ce qu'il veut entreprendre ?
C'est vous qui estes Roy, tel je vous recongnois ,
Bien que je n'eusse veu vostre front nulle fois.
Il m'envoye vers vous , pour vous redonner, Sire,
De vos sacrez ayeuk le triomphant empire.
Vous n'estes point sacré, et Dieu veut que les Roys
Soyent sacrez au désir de ses divines loix ,
Afin que nul ne soit si hardy que de mettre
La main sur leur couronne, et prophaner leur sceptre.
Les parjures Anglois ennemiz de noslre heur Vous ont jusqu'à ce jour empesché cet honneur : Mais malgré leurs efforts et leur rage félonne Vous me suivrez à Raims recevoir la couronne. Dieu le commande ainsi, grand Prince il sera fait. Car son aime vouloir a tousjours son effet. Mais paravant cet acte où je suis engagée , Je leur feray quitter Orléans assiégée.
C'est au temps du Cid, d'Horace et de Cinna que fut composée « la Piicelle d'Orléans, tragédie en prose selon la vérité de Fhistoire et les rigueurs du théâtre , » par François Hedelin , abbé d' Aubignac , laquelle tragédie fut mise en vers par la Mesnardière et ainsi représentée en 1641 . L'abbé d'Aubignac avait de la vérité historique et de la rigueur du théâtre une idée toute particulière , comme on en peut juger par ces deux passages de son Avertissoncut : « Pour y mettre une intrigue qui donnast le moyen de faire jouer le théâtre, j'ay supposé que le comte de Warvick en estoit amoureux (de Jeanne), et sa femme jalouse : car bien que l'histoire n'en parle point , elle ne dit rien au contraire ; de sorte que cela vray-semblablement a peu estre , les historiens françois l'ayant ignoré , et les Anglois ne l'ayant pas voulu dire. » Et ailleurs : « Pour donner de la grâce et de la force au cinquiesme acte, je faicts que le baron de Talbot, qui n'a voit point esté d'advis de sa mort , en vient faire le récit au comte de Warvick extrêmement affligé et à la comtesse, que le remords de la conscience rend insensée. » Comme on le voit, l'étude approfondie des règles d'Aristote avait produit sur l'abbé d'Aubignac le même effet qu'il attribue au remords de conscience sur la comtesse deWarwick. Il suffira de citer le début de la pièce , lequel est du moins conforme à l'histoire en nous montrant Jeanne consolée dans sa prison de Rouen par une vision céleste.
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