‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 92 sur 110 · LE CHŒUR INVISIBLE · texte numérisé non relu

LE CHŒUR INVISIBLE

Va!, .je serai vers toi ! va! fille de Dieu , va'... La flcvnme s'élève: Jeanne incline la tète: un i}nmcnse J'risson-enie::! court dans la foule.)

LA rouLE.

Ah!!!

La toile Ir.tubc:

ECLAIRCISSEMENTS

Le drame de .M. Barbier ne sera pas, on peut le croire, la dernière pièce écrite en rhonneur de l'héroïque vierge, dont la gloire grandit chaque jour en France, en Angleterre et dans le monde entier. Nous faisons des vœu.x pour que la poésie dans ses divers genres, ceux du moins à qui un tel sujet est permis, produise des œuvres dignes de Jeanne. Elle le fera si elle sait s'inspirer de son histoire; mais cette histoire, encore une fois, elle ne l'égalera jamais.

-Maki us Sepet.

Monument ûlevv à Domremy, en mémoire de la Puccllc, sous le règne du roi Louis XVIII (1S20).

\ musique aime à passer des accents les plus doux aux accents les plus passionnés , de la prière à la violence, de l'expression des sentiments humains et tendres à l'expression des sentiments cruels, impitoyables. Toute fable qui présente des contrastes frappants et beaucoup de variété est ^'"^ essentiellement favorable au génie du mu- ^" sicien,etil semble qu'un sujet cà la fois pastoral et naïf, héroïque et religieux, national et tragique, soit le thème le plus heureux qu'on puisse proposer à un compositeur. Comment se fait-il donc que la sublime figure de Jeanne d'Arc n'ait pas encore inspiré une seule mélodie populaire? Pourquoi la vierge d'Orléans n'a-t-elle pas été chantée par les musiciens de son temps ? Pourquoi nous sera-t-il difficile de citer des pages musicales appelées à rester au répertoire des théâtres lyriques ou des concerts? C'est que la poésie et la musique sont des sœurs jumelles, et que trop souvent, hélas! on les prendrait pour des rivales ou des sœurs ennemies .

]S bl oth de SI \.mbro se F Didut

ECLAIRCISSEMENTS

Il ne faut pas s'étonner d'ailleurs si la chanson, d'essence assez frivole, a oublie Jeanne d'Arc, et s'est souvenue avec délices de la Charviautc Gabriellc. Le peuple, au commencement du quinzième siècle , ne répétait guère d'autres refrains que les couplets de l'Homme arme ou de quelques rondes à danser; et les musiciens de la chapelle de Charles ^'II, à peine sortis des barbares successions de quintes, de quartes et d'octaves qu'all'ectionnait le moyen âge, se détournaient du but principal de leur art, qui est de charmer et d'émouvoir, pour s'adonner à toutes les recherches et tomber dans toutes les puérilités d'une science aride. Sous le règne de Henri I\', au contraire, la forme ne détrônait plus l'idée , et le sentinient mélodique tendait à revenir aux plus doctes compositeurs, ainsi que l'a prouvé Eustache Ducaurroy.

Que les circonstances politiques et sociales, ainsi que l'état de la musique au temps de Charles VII, aient empêché l'éclosion de chansons populaires sur Jeanne d'Arc, cela nous paraît facile à comprendre ; mais il est indispensable de connaître à fond l'histoire du théâtre en France, pour s'expliquer la tardive apparition de la Pucelle d'Orléans sur nos scènes lyriques.

Nous ne songeons pas à entreprendre ici un travail inutile, après l'étude si consciencieuse et si intéressante de M. Marins Sepet qu'on a lue dans le chapitre précédent. Nous nous contenterons de rappeler qu'à l'Opéra, de même qu'à la Comédie française, on dédaigna pendant longtemps les sujets empruntés à l'histoire ou aux traditions nationales. — Ce ne fut que douze ans après la mort de Voltaire ' qu'on entendit pour la première fois une Jeanne d'Arc à Orléans, comédie en trois actes et en vers|, mêlée d'ariettes : cette pièce de J.-B. Choudard, dit Desforges, mise en musique par le violoniste Rodolphe Kreutzer, fut représentée sur le Théâtre italien, le lo mai 1790. Elle n'a point été imprimée, et nous n'en connaissons que la donnée générale, qui n'avait rien d'historique. Dans cet opéra comme dans la chanson de Béranger, on entendait, sans doute, Charles \TI s'écrier :

Je vais combattre, Agnès l'ordonne :

Adieu, repos; plaisirs, adieu!

J'aurai, pour venger ma couronne, Des héros, l'amour et mon Dieu.

t On sait que Voltaire mourut le 3o mai 1778. Personne, cioyons-nous, n'a jamais l'ait remarquer qu'il expira le jour anniversaire de la mort de Jeanne d'Arc.

Anglais, que le nom de ma belle Dans vos rangs porte la terreur.

J'oubliais l'honneur auprès d'elle; Agnès me rend tout à l'honneur.

Voici, en effet, la fable qu'avait développée De.sforges : Agnès Sorel, à l'instigation de Dunois, feignait de quitter le foi, et Charles VII, stimulé par le désir de plaire à sa maîtresse, volait à la bataille, armait Jeanne d'Arc, puis recourait à l'épée de la vierge héro'ique pour délivrer Agnès tombée au pouvoir des Anglais et pour lever le siège d'Orléans.

D'après le témoignage des contemporains, cette pièce obtint du succès, en dépit des défauts qu'on y remarqua ; quant à la musique, coup d'essai de Rodolphe Kreutzer au théâtre, elle fit concevoir une opinion fort avantageuse du talent de ce compositeur, puisqu'elle lui valut d'écrire et de donner huit mois plus tard Paul et l^irginie , son meilleur opéra. Sa partition cependant n'a point été gravée, et aucun morceau n'en est arrivé jusqu'à nous sous sa forme première; mais R. Kreutzer en a probablement intercalé des motifs dans l'un de ses nombreux ouvrages.

Nous croyons que la Giovaiina d'Aven du compositeur napolitain Andrcozzi (i 7(33- 1 82(3) est aussi restée inédite : tout ce que nous savons relativement à cet opéra, le plus ancien de ceux qu'ait inspirés en Italie le souvenir de la Pucelle d'Orléans, c'est qu'il fut représenté à Venise en 1793.

La tragédie de Schiller, si bien accueillie à Leipzig en i<Soi, devait, en méritant l'admiration de toute l'Allemagne, exciter tôt ou tard la verve des musiciens. Bernard-Anselme Weber, le premier, orna de musique la .Jeanne d'Arc du grand poète. Près et plus de cinquante ans après cet essai, M. Jos. Klein (à Cologne, en 1S44), M. Damrosch (à Weimar, en 1837'' et M. Max Bruch à Cologne, en iSSq"), ont également écrit pour ce drame romantique divers morceaux qui peuvent avoir de l'intérêt, mais qui, jusqu'à présent, n'ont pas franchi les frontières de la Germanie.

Les Allemands n'ont pas seulement introduit de la musique dans la pièce de Schiller, ils ont transformé sa tragédie en ballet et en opéra. C'est à Vienne, en 1821 , que fut représentée ballet d'Aumer, mis en musique par le comte de Gallenberg-, c'est aussi dans cette capitale, en 1841 , que fut chanté l'opéra de M. Vesque de Puttlingen, entendu plus tard à Dresde,

Page 1