LA FRANCE ET L'ANGLETERRE. XXXVU
boulevards, ouvrages en terre de forme carrée, entourés d'un fossé et d'une forte palissade. Le pont, sur la rive gauche, avait une défense de même sorte : c'était d'abord un pavillon élevé sur la culée même du pont, et séparé de la rive par un fossé qu'alimentaient les eaux de la Loire (on le nommait, des deux tours dont il était flanqué, les Tourelles ou Tournelles); et au delà du fossé, un vaste boulevard qui en couvrait les approches et qu'on appelait le boulevard des Tourelles. Cette forteresse, jointe à la ville, mais séparée d'elle par un pont d'une telle longueur, était bien aventurée. Pour y suppléer, au besoin, on avait, dèis 14 17, aux premières apparitions des Anglais dans le pays, élevé une autre bastille à l'endroit où le pont s'appuyait sur l'Ile de la Loire : la bastille Saint-Antoine*.
De part et d'autre on n'avait rien négligé pour donner plus de vigueur à l'attaque ou à la défense. Salisbury, avant d'approcher de la place, avait voulu s'en assurer la route et les abords. Il avait pris sur la route, par capitulation ou par force, Rambouillet, Rochefort, le Puiset, Thoury, Janville ; et il réduisit de la même sorte les alentours d'Orléans : sur la basse Loire, Meun et Raugency; sur la haute Loire, Jargeau et Châteauneuf. C'est alors que, maître du fleuve au-
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dessus et au-dessous d'Orléans, il fit une première démonstration contre la ville* Il passa le fleuve, prit Olivet à une lieue d'Orléans, et envoya quelques coureurs jusqu'aux premières barrières de la place*.
Les Orléanais tinrent compte de F avertissement. Ils avaient, par des contributions volontaires, pourvu la ville d'armes et de vivres. Ils tirèrent de leurs magasins tous les engins qui se plaçaient aux murailles en cas de siège, pour en protéger les défenseurs ou repousser les assaillants : mantelets mobiles faisant parapets, bombardes et canons (on en compta soixante et onze pendant le siège); ils mirent en bon état leurs tours, leurs boulevards, leurs barrières. Un privilège (c'en était un dans ces temps de désordre) confiait exclusivement aux habitants la garde de leur ville; mais c'était le royaume tout entier qu'il y fallait défendre. En ces conjonctures ils n'hésitèrent point à s'adjoindre tous ceux qui les y pouvaient aider; et en même temps que plusieurs villes (Bourges, Poitiers, la Rochelle) leur envoyaient des secours en vivres et en munitions, ils ouvraient leurs portes à quiconque voulut bien partager leur fortune . Ils avaient à leur tête, comme bailli du duc d'Orléans, un vieux chevalier, Raoul de Gaucourt, qui avait corn-