Projetée par Henri V
4, Quoique le cardinal se fit donner beaucoup d'argent, il y mettait aussi beaucoup du sien, Un chroniqueur assure que le couronnement se fit à ses frais; il fit aussi sans doute
en fumée, Le diable apparemment s’en mêlait, le
cardinal ne pouvait se tirer d'affaire qu’en faisant
le procès au Malin, en brûlant cette diabolique Pucelle.
H fallait l'avoir, la tirer des mains des Bourguignons. Elle avait été prise le 23 mai; le 26, un message part de Rouen, au nom du vicaire de l’inquisition, pour sommer le duc de Bourgogne et Jean de Ligny de livrer cette femme suspecte de sorcellerie, L’inquisition n'avait pas grande force en France; son vicaire était un moine, fort peureux, un dominicain, et sans doute, comme les autres Mendiants, favorable à la Pucelle. Mais il était à Rouen sous la terreur du tout-puissant cardinal, qui lui tenait l'épée dans les reins. Le cardinal venait de nommer capitaine de Rouen un homme d'exécution, un homme à lui, lord Warwick, gouverneur d'Henri !. Warwick avait deux charges fort diverses à coup sûr, mais toutes deux de haute confiance, la garde du roi et celle de l'ennemie du roi, l'éducation de l’un, la surveillance du procès de l’autre ?.
La letire du moine était une pièce de peu de poids, on fit écrire en même temps l'Université. Il semblait difficile que les universitaires aidassent de
les avances nécessaires au procès : — €. Magnificis suis sumtibus In regem Franciæ… coronari.» Hist, Croyland. contin, apud Gale. Angl. script. I, 516.
1. Le petit Henri VI dit dans son ordonnance : € Nous avous choisi le comte de Warwick. « ad nos erudiendum.… in et de bonis moribus, literatura, idiomate vario, nutritura ef . facetia.… » Rymer, t. IV, pars IV, 1 junii 1428, — Ce molle atque facetum qu'Horace attribue à Virgile, comme le don suprême de ia grâce, semble un pet étrange, appliqué, comme il l'est ici, au rude geôlier de la Pucelle. 11 semble au reste n'avoir guère été plus doux pour son élève; la première chose qu'il stipule en acceptant la charge de gouverneur, c'est ie droit de châtier. Voy. les articles qu’il présenta au conseil, Turner, IL 508. C
S. Voy. Commission pour faire revue du comte de Warwick, capitaine des château, ville et pont de Rouen, et d’une lance à cheval, quatorze à pied et quarante-cinq archers, pour ia sûreté du château, etc. Archives du royaume, K, 63, 22 mars
98 Jeanne d’Arc
bon cœur un procès d’inquisition papale, au moment où ils allaient guerroyer à Bâle contre le pape pour lépiscopat. Winchester lui-même, chef de l’épiscopat anglais, devait préférer un jugement d’évêques, ou, s’il pouvait, faire agir ensemble évêques et inquisiteurs. Or, il avait justement à sa suite et parmi ses gens, un évêque très propre à la chose, un évêque mendiant qui vivait à sa table, et qui assurément jugerait ou jurerait tant qu’on en aurait besoin. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, n'était pas un homme sans mérite, Né à Reims !, tout près du pays de Gerson, c’était un docteur fort influent de l’Université, un ami de Clémengis, qui nous assure qu’il était « bon et bienfaisant 3», Cette bonté ne lempêcha pas d’être l’un des plus violents dans le violent parti cabochien. Comme tel, il fut chassé de Paris en 1413. Il y rentra avec le duc de Bourgogne, devint évêque de Beauvais, et sous la domination anglaise, il fut élu par l'Université conservateur de ses privilèges. Mais l’invasion de la France du nord par Charles VII, en 1429, devint funeste à Cauchon; il voulut retenir Beauvais dans le parti anglais, et fut chassé par les habitants. Il ne s’amusa pas à Paris, près du triste Bedford, qui ne pouvait payer le zèle; il alla où étaient la richesse et la puissance, en Angleterre, près du cardinal Winchester. Il se fit Anglais, il parla anglais. Winchester sentit tout le parti qu’il pouvait tirer d’un tel homme; il se l’attacha en faisant pour lui autant et plus qu'il n'avait jamais pu espérer. L’archevêque de Rouen venait d’être
1. Voy. sur Cauchon, Du Boulay, Historia Univers. Parisiensis, 912, — Le Bourguignon Chastellain;, éd. Buchon, 1836, p. 66, l’appelle : « Très-noble et solempnel clerc. » Nous avons” parlé ailleurs de son extrême dureté pour les gens d’Eglise du parti contraire, Voy. le Religieux de Saint-Denis, mss. Baluze, Bibl. royale, tome dernier, folio 176.
2. Voy. aussi la lettre que Clémengis lui adresse, avec ce titre : « Contractus amicitiæ mutæ. » Nicol. de Clemang. epistolæ, I, 323. Voy. aussi l’Introd. de Quicherat,
transféré ailleurs 1; il le recommanda au pape pour ce grand siège. Mais ni le pape ni le chapitre ne voulaient de Cauchon; Rouen, alors en guerre avec. l'Université de Paris, ne pouvait prendre pour archevêque un homme de cette Université, Tout fut suspendu; Cauchon, en présence de cette magnifique proie, resta bouche béante, espérant toujours que linvincible cardinal écarterait les obstacles, plein de dévotion en Jui et n’ayant plus d'autre dieu.
Hi se trouvait fort à point que la Pucelle avait été prise sur la limite du diocèse de Cauchon, non pas, il est vrai, dans le diocèse même, mais on espéra faire croire qu’il en était ainsi. Cauchon écrivit donc, comme juge ordinaire, au roi d'Angleterre, pour réclamer ce procès; et, le 12 juin, une lettre royale fit savoir à l'Université que l’évêque et l'in-. quisiteur jugeraient ensemble et concurremment. Les procédures de l'inquisition n'étaient pas les mêmes que celles des tribunaux ordinaires de l'Eglise. Il n’y eut pourtant aucune objection. Les deux justices voulant bien agir ainsi de connivence, une seule difficulté restait : l’inculpée était toujours entre Îles mains des Bourguignons.
L'Université se mit en avant; elle écrivit de nouveau au duc de Bourgogne, à Jean de Ligny (14 juillet). Cauchon, dans son zèle, se faisant l'agent des: Anglais, leur courrier, se chargea de porter lui-même la lettre, et la remit aux deux dues. En même temps il leur fit une sommation comme évêque, à