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Gallia christiania, XI

2 € Litteræ ditrectæ Domino Summo Pontifici pro transla- «tione D. Petri Cauchon, episcopi Belvacensis, ad ecclesiam « metropolitanam Rothomagensem, » Rymer, t IV, pars IV, p. 152, 15 décembre 1429 : :

3. Voy. ia remontrance de Rouen contre Université. Chéruel, 167. :

4, Cauchon recevait des Anglais cent sols par jour, d’après sa quittance (communiquée par M. Jules Quicherat, d’après le ms. de Ia Bibl. royale, coll, Gaignière, vol. LV). = \

cette fin de lui remettre une prisonnière sur laquelle il avait juridiction. Dans cet acte étrange, il passe du rôle de juge à celui de négociateur, et fait des offres d’argent; quoique cette femme ne puisse être considérée comme prisonnière de guerre, le roi d’Angleterre donnera deux ou trois cents livres de rente au bâtard de Vendôme, et à ceux qui la retiennent la somme de six mille livres. Puis, vers la fin de la lettre, il pousse jusqu’à dix mille francs, mais il fait valoir cette offre : « Autant, dit-il, qu’on donnerait pour un roi ou prince, selon la coutume de France. »

Les Anglais ne s’en fiaient pas tellement aux démarches de l’Université et de Cauchon qu’ils n’employassent des moyens plus énergiques. Le jour même où Cauchon présenta sa sommation, ou le lendemain, le conseil d’Angleterre interdit aux marchands anglais les marchés des Pays-Bas (19 juillet), notamment celui d'Anvers, leur défendant d’y acheter les toiles et les autres objets pour lesquels ils échangeaient leur laine 1, C'était frapper le duc de Bourgogne, comte de Flandre, par un endroit bien sensible, par les deux grandes industries flamandes, la toile et le drap; les Anglais n’allaient plus acheter l’une et cessaient de fournir la matière à Pautre.

Tandis que les Anglais agissaient si vivement pour perdre la Pucelle, Charles VII agissait-il pour la sauver? En rien, ce semble ?; il avait pourtant des pri-

1. Rymer, t. IV, pars IV, p. 165, 19 Julii 1430. Pour saisir l’ensemble de l'espèce de guerre commerciale qui commençait entre la jeune industrie anglaise et celle des Pays-Bas, voy. les défenses d'importer en Flandre les draps et laines filées d'Angleterre (1428, 1464, 1494), et enfin l'importation permise (1499), sous promesse de réduire les droits sur la laine non travaillée que les Anglais vendront aux Flamands à Calais. FARPOrR du jury sur l’industrie belge, rédigé par M. Gachard,

2. M. de l’Averdy ne justifie le roi que par des conjectures. "M. Berriat-Saint-Prix le trouve inexcusable, p. 239. Dans les

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sonniers entre ses mains, il pouvait la protéger, en menaçant de représailles. Récemment encore, il avait négocié par l'entremise de son chancelier, l’archevêque de Reims; mais cet archevêque et les autres politiques n’avaient jamais été bien favorables à la Pucelle. Le parti d’Anjou-Lorraine, la vieille reine de Sicile qui l'avait si bien accueillie, ne pouvait agir pour elle en ce moment près du duc de Bourgogne. Le duc de Lorraine allait mourir 1, on se disputait d'avance sa succession, et Philippe le Bon soutenait un compétiteur de René d'Anjou, gendre et héritier du duc de Lorraine.

Ainsi, de toutes parts, ce monde d'intérêt et de convoitise se trouvait contraire à la Pucelle, ou tout au moins indifférent. Le bon Charles VII ne fit rien pour elle, le bon duc Philippe la livra. La maison d’Anjou voulait la Lorraine, le duc de Bourgogne voulait le Brabant; il voulait surtout la continuation du commerce flamand avec l'Angleterre. Les petits aussi avaient leurs intérêts : Jean de Ligny attendait la succession de Saint-Pol, Cauchon l’archevêché de Rouen. |

En vain la femme de Jean de Ligny se jeta à ses pieds, elle le supplia en vain de ne pas se déshonorer. Il n’était pas libre, il avait déjà reçu de largent anglais?; il la livra, non, il est vrai, aux Anglais directement, mais au duc de Bourgogne. Cette famille de Ligny et de Saint-Pol, avec ses sou-

lettres par lesquelles Charles VII accorde divers privilèges aux Orléanais immédiatement après 1e siège, pas uu mot de la Pucelle; la délivrance de la ville est due eù la divine grâce, au secours des habitants et à l’aide des gens de guerre ». Ordonnances, XII, préface, p. 15. — Voy. toutefois plus bas l'expédition de Saintrailles.

1. I1 mourut quelques mois après, le 25 janvier 1431. Art de vérifier les dates, XII, 54.

2, La rançon fut payée avant le 20 octobre comme le prouve l’une des pièces copiées par M, Mercier aux archives de Saint-Martin-des-Champs. Note de lVabbé Dubois, dissertation, éd. Buchon, 1827, p. 217. :

venirs de grandeur et ses ambitions effrénées, devait poursuivre la fortune jusqu’au bout, jusqu’à la Grève 1, Celui qui livra la Pucelle semble avoir senti sa misère; il fit peindre sur ses armes un chameau succombant sous le faix, avec la triste devise inconnue aux hommes de cœur : « Nul n’est tenu à Fimpossible 2, »

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