‹ Jeanne D'ArcChapitre 32 sur 83 · JEANNE REFUSE DE SE SOUMETTRE À L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

JEANNE REFUSE DE SE SOUMETTRE À L'ÉGLISE

Que faisait cependant la prisonnière? Son corps était à Beaurevoir, son âme à Compiègne; elle combattait d’âme et d’esprit pour le roi, qui l’abandonnait. Elle sentait que sans elle cette fidèle ville de Compiègne allait périr, et en même temps la cause du roi dans tout le nord. Déjà elle avait essayé d'échapper de la tour de Beaulieu. A Beaurevoir, la tentation de fuir fut plus forte encore; elle savait que les Anglais demandaient qu’on la leur livrât; elle avait horreur de tomber entre leurs mains. Elle consultait ses saintes, et n’en obtenait d’autre réponse, sinon qu’il fallait souffrir, « qu’elle ne serait point délivrée qu’elle n’eût vu le roi des Anglais », — «Mais, disait-elle en elle-même, Dieu laissera-t-il donc mourir ces pauvres gens de Compiègne 5 ?» Sous cette forme de vive compassion, la tentation

1. Ceci fait allusion à la mort du neveu de Jean de Ligny, le fameux connétable de Saint-Pol, qui crut un moment se faire un Etat entre les possessions des maisons de France et de Bourgogne, et fut décapité à Paris en 1475.

2. Le mausolée de la Toison d’Or. Amst. 1689, p. 14, Histoire de l'ordre, IV, 26 [lire 27].

3 « Comme Dieu layra mourir ces bonnes gens de Compieigne, qui ont esté et sont si as à leur seigneur? » Anterrogatoire du 14 mars 1431,

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vainquit. Les saintes eurent beau dire, pour la première fois elle ne les écouta point; elle se lança de la tour et tomba au pied presque morte. Relevée, soignée par les dames de Ligny, elle voulait mourir et fut deux jours sans manger.

Livrée au duc de Bourgogne, elle fut menée à Arras, puis au donjon du Crotoy qui depuis a disparu sous les sables. De là elle voyait la mer, et parfois distinguait les dunes anglaises, la terre ennemie où elle avait espéré porter la guerre et délivrer le duc d'Orléans 1. Chaque jour, un prêtre prisonnier disait la messe dans la tour. Jeanne priait . ardemment; elle demandait et elle obtenait. Pour être prisonnière, elle n’agissait pas moins; tant qu’elle était vivante, sa prière perçait les murs et dissipait l'ennemi. ;

Au jour même qu’elle avait prédit d’après une révélation de l’archange, au 1°° novembre, Compiègne fut délivrée. Le duc de Bourgogne s'était avancé jusqu’à Noyon, comme pour recevoir l’outrage de plus près et en personne, I1 fut défait encore peu après à Germigny (20 novembre). À Péronne, Saintrailles lui offrit la bataille, et il n’osa laccepier.

Ces humiliations confirmèrent sans doute le duc dans l'alliance des Anglais et le décidèrent à leur livrer la Pucelle. Mais la seule menace d'interrompre le commerce y eût bien suffi. Le comte de Flandre, tout chevalier qu'il se croyait et restaurateur de la chevalerie, était au fond le serviteur des artisans et des marchands. Les villes qui fabriquaient le drap, les campagnes qui filaient le lin, n’auraient pas souffert longtemps l'interruption du commerce et le chômage : une révolte eût éclaté.

Au moment où les Anglais eurent enfin la Pucelle et purent commencer le procès, leurs affaires étaient bien malades. Loin de reprendre Louviers, ils avaient perdu Châteaugaillard; La Hire qui le prit

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