Interrogatoire du 17 mars, éd, Buchon, 1827, p
Jeanne d'Arc 1i8
Dieu soit fait, — Vos voix ne vous en ont donc rien dit en général? — Eh bien! oui, elles m'ont dit que je serais délivrée, que je soie gaie et hardie 1...»
Un autre jour elle ajouta : « Les saintes me disent que je serai délivrée à grande victoire; et elles me disent encore : « Prends tout en gré; ne te soucie de ton martyre; tu en viendras enfin au royaume de Paradis %. » — Et depuis qu’elles ont dit cela vous vous tenez sûre d’être sauvée et de ne point aller en enfer? — Oui, je crois aussi fermement ce qu’elles m'ont dit que si j'étais sauvée déjà. — Cette réponse est de bien grand poids. — Qui, c’est pour moi un grand trésor. — Ainsi vous croyez que vous ne pouvez plus faire de péché mortel? — je n'en sais rien; je m’en rapporte de tout à Notre-Seigneur. »
Les juges avaient enfin touché le vrai terrain de l'accusation, ils avaient trouvé là une forte prise. De faire passer pour sorcière, pour suppôt du diable, cette chaste et sainte fille, il n’y avait pas apparence, il fallait y renoncer; mais dans cette sainteté même, comme dans celle de tous les mystiques, il y avait un côté attaquable : la voix secrète égalée ou préférée aux enseignements de l’Eglise, aux prescriptions de l'autorité, l'inspiration, mais libre, la révélation, mais personnelle, la soumission à Dieu, quel Dieu? le Dieu intérieur.
On finit ces premiers interrogatoires par lui demander si elle voulait s’en remettre de tous ses dits et faits à la détermination de l'Eglise. À quoi elle répondit : «J'aime l'Eglise et je la voudrais soutenir de tout mon pouvoir. Quant aux bonnes œuvres que j'ai faites, je dois m’en rapporter au Roi du ciel qui m'a envoyée ÿ. »
La question étant répétée, elle ne donna pas d’au-