‹ Jeanne D'ArcChapitre 61 sur 83 · MEURTRE DANS LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

MEURTRE DANS LA CATHÉDRALE

Thomas Becket, devenu archevêque de Canterbury (Michelet écrit Kenterbury), cesse d'être le favori de Henri II. Saxon parmi les Saxons, il défend les libertés du pays de Kent. Comme le roi d'Angleterre le menace, il doit chercher refuge en France. Mais il ne renonce pas à son ministère. Il va prendre le parti héroïque de retourner à Canterbury, après que le roi de France, Louis VII, aura tenté de réconcilier Henri II et l'archevêque (1170).

Le pape se décida à suspendre l'archevêque d’Yorck pour usurpation des droits de Kenterbury, et il menaça le roi, s’il ne restituait les biens usurpés. Henri s’effraya; une entrevue eut lieu à Chinon entre l’archevêque et les deux rois. Henri promit satisfaction, montra beaucoup de courtoisie envers Thomas, jusqu’à vouloir lui tenir létrier au départ. Cependant l'archevêque et le roi, avant de se quitter, se chargèrent de propos amers, se repro-

-chant ce qu’ils avaient fait Vun pour l’autre. Au

moment de la séparation, Thomas fixa les yeux sur Henri d’une manière expressive, et lui dit avec une sorte de solennité : «Je crois bien que je ne vous reverrai plus. — Me prenez-vous donc pour un traître? » répliqua vivement le roi. L'archevêque s’inclina et partit.

164 Histoire de France

Ce dernier mot de Henri ne rassura personne.

11 refusa à Thomas le baiser de paix, et pour messe de réconciliation, il fit dire une messe des morts. Cette messe fut dite dans une chapelle dédiée aux martyrs. Un clerc de l’archevêque en fit la remarque, et dit : « Je crois bien, en effet, que l'Eglise ne recouvrera la paix que par un martyre », à quoi Thomas répondit : « Plaise à Dieu qu’elle soit délivrée, même au prix de mon sang!» — Le roi de France avait dit aussi : « Pour moi, je ne voudrais pas, pour mon pesant d’or, vous conseiller de retourner en Angleterre, s’il vous refuse le baiser de paix. » Et le comte Thibaud de Champagne ajouta : « Ce n’est pas même assez du baiser. »

Depuis long-temps Thomas prévoyait son sort, et s’y résignait. À son départ du couvent de Pontigny, dit l’historien contemporain, l’abbé lui vit pendant le souper verser des larmes. Il s’étonna, lui demanda s’il lui manquait quelque chose, et lui offrit tout ce qui était en son pouvoir. «Je n’ai besoin de rien, dit l’archevêque, tout est fini pour moi. Le Seigneur a daigné la nuit dernière apprendre à son serviteur la fin qui l’attend. — Quoi de commun, dit l’abbé en badinant, entre un bon vivant et un martyr, entre le calice du martyre et celui que vous venez de boire?» L’archevêque répondit : «Il est vrai, j’accorde quelque chose aux plaisirs du corps, mais le Seigneur est bon, il justifie lindigne et l’impie. »

Après avoir remercié le roi de France, Thomas et les siens s’acheminèrent vers Rouen. Ils n’y trouvèrent rien de ce qu’Henri avait promis, ni argent ni escorte. Loin de là, il apprenait que les détenteurs des biens de Kenterbury le menaçaient de le tuer, s’il passait en Angleterre. Renouf de Broc, qui occupait pour le roi tous les biens de larchevêché, avait dit <Qu’il débarque, il n’aura pas le temps de manger ici un pain entier.» L’arche-

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