‹ Jeanne D'ArcChapitre 71 sur 83 · PES · texte numérisé non relu

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« Mon livres 257

combera. Il sera soutenu et agrandi de la grande âme, la voyant dans ses luttes, heurtant, tombant souvent, souvent se relevant, et toujours inspirée d’indomptable courage et de jeune espérance.

Si l’on ouvre mon cœur à ma mort, on lira l'idée qui m’a suivi : « Comment viendront les livres populaires? »

Qui en fera? Difficulté énorme. Trois choses y sont requises qui vont bien peu ensemble. Le génie et le charme (ne croyez pas qu'on puisse faire avaler au peuple rien de faible, de fade). Un tact d'expérience, très fin, très sûr. Et enfin (quelle contradiction!) il y faudrait la divine innocence, l'enfantine sublimité, qu’on entrevoit parfois dans certaines jeunes créatures, mais pour un court moment, comme un éclair du ciel.

O problème! être vieux et jeune, tout à la fois, être un sage, un enfant!

J'ai roulé ces pensées toute ma vie. Elles se représentaient toujours et m’accablaient. Là, j'ai senti notre misère, l’impuissance des hommes de lettres, des subtils. Je me méprisais.

Je suis né peuple, j'avais le peuple dans le cœur. Les monuments de ses vieux âges ont été mon ravissement. J'ai pu, en 1846, poser le droit du peuple plus qu’on ne fit jamais; en 1864 sa longue tradition religieuse. Mais sa langue, Sa langue, elle m'était inaccessible. Je n’ai pas pu le faire parler.

Après l’horrible et ténébreuse affaire du 24 juin 1848, courbé, accablé de douleurs, je dis à Béranger : « Oh! qui saura parler au peuple? lui faire les nouveaux évangiles? Sans cela nous Mmourons. » Cet esprit ferme et froid répondit : « Patiencel ce sont eux qui feront leurs livres. »

Dix-huit ans sont passés. Et ces livres où sont-ils?

(Nos Fils, liv. V, chap. 2.)

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