Ibidem, p. 69. ù
3. « Propter earum peccata.» Procès de Révision, dépo- . $Sition de Béatrix.
Jeanne d'Arc oi
flot des brigands fut passé, la famille revint et retrouva le village saccagé, la maison dévastée, l’église incendiée,
Elle sut ainsi ce que c’est que la guerre. Elle comprit cet état antichrétien, elle eut horreur de ce règne du diable, où tout homme mourait en péché mortel. Elle se demanda si Dieu permettrait cela toujours, s’il ne mettrait pas un terme à ces misères, s’il n'enverrait pas un libérateur, comme il l’avait fait si souvent pour Israël, un Gédéon, une Judith?.… Elle savait que plus d’une femme avait sauvé le peuple de Dieu, que dès le commencement il avait été dit que la femme écraserait le serpent. Elle avait pu voir au portail des églises sainte Marguerite, avec saint Michel, foulant aux pieds le dragon 1. Si comme tout le monde disait, la perte du royaume était l’œuvre d’une femme, d’une mère dénaturée, le salut pouvait bien venir d’une fille. C’est justement ce qu'annonçait une prophétie de Merlin; cette prophétie, enrichie, modifiée selon les provinces, était devenue toute lorraine dans le pays de Jeanne d'Arc. C'était une pucelle des marches de Lorraine qui devait sauver le royaume ?, La prophétie avait pris probablement cet embellissement, par suite du mariage récent de René d'Anjou avec l’héritière du duché de Lorraine, qui, en effet, était très heureux pour la France.
Un jour d'été, jour de jeûne, à midi, Jeanne étant au jardin de son père, tout près de l’église 5, elle vit
1. Voy. les actes. des Bollandistes, au 20 juillet. Sainte Marguerite voit apparaître le diable sous la forme d’un dragon; elle le met en fuite par un signe de croix. Elle s’échappe de la maison de son mari en habit d'homme: « Tonsis crinibus in virili habitu. »: Legenda aurea Sanctorum, cap. CxXLVI, éd. 1489.
2, Cette pucelle devait venir du bois chenu; or il se trouvait un bois appelé ainsi à la porte même du village de Jeanne d’Arc : « Quod debebat venire puella ex quodam memore canuto ex partibus Lotharingiæ. » Déposit. du premier témoin de l'enquête de Rouen, Notices des mss., t, III, p. 347,
3. Procès, interrogat, du 22 février, p. 59, éd, Buchon, 1827.
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de ce côté une éblouissante lumière, et elle entendit une voix : « Jeanne, sois bonne et sage enfant; va souvent à l’église.» La pauvre fille eut grand’peur.
Une autre fois, elle entendit encore la voix, vit la clarté, mais dans cette clarté de nobles figures dont l’une avait des ailes et semblait un sage prud’homme. I] lui dit : « Jeanne, va au secours du roi de France, et tu lui rendras son royaume. » Elle répondit, toute tremblante : « Messire, je ne suis qu’une pauvre fille; je ne saurais chevaucher !, ni conduire les hommes d’armes. » La voix répliqua : « Tu iras trouver M. de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, et il te fera mener au roi. Sainte Catherine et sainte Marguerite viendront t’assister. » Elle resta stupéfaite et en larmes, comme si elle eût déjà vu sa destinée tout entière.
Le prud’homme n’était pas moins que saint Michel, le sévère archange des jugements et des batailles. Il revint encore, lui rendit courage, « et lui raconta la pitié qui estoit au royaume de France ?». Puis vinrent les blanches figures de saintes, parmi d’innombrables lumières, la tête parée de riches couronnes, la voix douce et attendrissante, à en pleurer. Mais Jeanne pleurait surtout quand les saintes et les anges la quittaient. « J’aurais bien voulu, dit-elle, que les anges m’eussent emportée 3... »
Si elle pleurait, dans un si grand bonheur, ce n’était pas sans. raison. Quelque belles et glorieuses que fussent ces visions, sa vie dès lors avait changé. Elle qui n’avait entendu jusque-là qu’une voix, celle de sa mère, dont la sienne était l'écho, elle entendait maintenant la puissante voix des anges! Et que voulait la voix céleste? Qu’elle délaissât cette mère, cette douce maison. Elle qu’un seul mot décon-