‹ Jeanne D'ArcChapitre 10 sur 83 · JIbidem · texte numérisé non relu

JIbidem

2. Procès, interrog, du 15 mars, p. 14 éd. Buchon, 1827. Æ, Ibidem, 27 février, p. 75,

certait !, il lui fallait aller parmi les hommes, parler aux hommes, aux soldats, Il fallait qu’elle quittât pour le monde, pour la guerre, ce petit jardin sous l'ombre de l’église, où elle n’entendait que les cloches ? et où les oiseaux mangeaient dans sa main. Car tel était l'attrait de douceur qui entourait la jeune sainte; les animaux et les oiseaux du ciel venaient à elle *, comme jadis aux pères du désert, dans la confiance de la paix de Dieu.

Jeanne ne nous a rien dit de ce premier combat qu’elle soutint. Mais il est évident qu’il eut lieu et qu’il dura longtemps, puisqu'il s'écoula cinq années entre sa première vision et sa sortie de la maison paternelle.

Les deux autorités, paternelle et céleste, commandaient des choses contraires. L’une voulait qu’elle ‘restât dans l’obscurité, dans la modestie et le travail, l’autre qu’elle partit et qu’elle sauvât le royaume. L’ange lui disait de prendre les armes. Le père, rude et honnête paysan, jurait que, si sa fille s’en allait avec les gens de guerre, il la noïerait plutôt de ses propres mains 4 De part ou d’autre, il fallait qu’elle désobéit. Ce fut là sans doute son plus grand combat; ceux qu’elle soutint contre les Anglais ne devaient être qu’un jeu à côté.

Elle trouva dans sa famille, non pas seulement résistance, mais tentation. On essaya de la marier, dans l’espoir de la ramener aux idées qui semblaient plus raisonnables. Un jeune homme du village prétendit qu’étant petite, elle lui avait promis mariage; et comme elle le niaït, il la fit assigner devant le juge ecclésiastique de Toul. On pensait qu’elle n’ose-

1. « Sæpe habebat verecundiam ». etc, Procès ms. de Révision, déposition de Haumette.

2. Elle avait une sorte de passion pour le son des cloches : « Promiserat dare lanas… ut diligentiam haberet pulsandi. Procès ms. de Révision, déposition de Périn, :

Page 1