Procès, interrog. du 15 mars, p.123, éd. Buchon
figures de saintes, parmi d'innombrables lumières, la tête parée de riches couronnes, la voix douce et attendrissante, à en pleurer. Mais Jeanne pleurait surtout quand les saintes et les anges la quittaient. « J'aurais bien voulu, dit-elle, que les anges m’eussent emportée .... »
Si elle pleurait, dans un si grand bonheur, ce n’était pas sans raison. Quelque belles et glorieuses que fussent ces visions, sa vie dès lors avait changé. Elle qui n’avait entendu jusque là qu’une voix, celle de sa mère, dont la sienne était l’écho, elle entendait maintenant la puissante voix des anges !.. Et que voulait la voix céleste ? Qu’elle délaissât cette mère, cette douce maison. Elle qu’un seul mot déconcertait 2, il lui fallait aller parmi les hommes, parler aux hommes, aux soldats. Il fallait qu’elle quittât pour le monde, pour la guerre, ce petit jardin sous l'ombre de l’église, où elle n’entendait que les cloches 3 et où les oiseaux mangeaient dans sa main. Car tel était l'attrait de douceur qui entourait la jeune sainte ; les animaux et les oiseaux du ciel venaient à elle4, comme jadis aux pères du désert, dans la confiance de la paix de Dieu.
Jeanne ne nous à rien dit de ce premier combat qu’elle soutint. Mais il est évident qu'il eut lieu et qu’il dura longtemps, puisqu'il s’écoula cinq années entre sa première vision et sa sortie de la maison paternelle.
Les deux autorités, paternelle et céleste, commandaient des choses contraires. L’une voulait qu'elle restât dans