CHAPITRE PREMIER
LA PRÉDESTINÉE
Sommaire. — Les champs de Vaucouleurs. — Les avenues de Domrémy. — Le bourg natal. — Gomme Jeanne l’aimait. — Au foyer de la famille. — A quel prix la maisonnette fut conservée en ce siècle. — L’extérieur. — La chambre familiale et la cellule de Jeanne. — Sa naissance. — Ses frères et sœurs. — Inlluence de la mère sur l’éducation de sa fille aînée. — La foi de l’enfant. — Son attrait pour la maison de Dieu. — Gomment elle réprimandait et exhortait le sonneur négligent. — Jeanne enfanta l’église de Domrémy. — Les fonts baptismaux et l’autel de la Vierge. — Le pèlerinage de Notre-Dame de Bermont. — L’ermitage Sainte- Marie. — Auprès de l’arbre des Fées .
La vallée charmante s’émailie au printemps de Heurs diaprées, une vraie vallis colorum , qui donne son nom au lieu le plus important de la contrée, Vaucouleurs. La Meuse y promène, calme et ondoyante, ses méandres capricieux. Sur les bords frais et verts de la rivière, s’asseyent pittoresquement divers villages, tous plus importants que le plus célèbre d’entre eux, tous placés là comme pour servir d’avenues à leur liumble et glorieux protégé, le village de Domrémy.
Venez- vous de l’Ouest, par la route de Rar-le-Ducà Epinal, vous rencontrerez Voutbon, où naquit la mère de
Jeanne; Greux, où l’enfant assistait à l’office quand un parti de Bourguignons brûla l’église.
L’avenue du Nord place, sur la route du pèlerin, d’abord Vaucouleurs où tant d’épreuves inaugurèrent la mission de l’héroïne ; puis Max ey-sur-V aise où plusieurs fois elle s’ouvrit de sa vocation à « noble homme Geoffroy du Fay » ; enfin là haut, sur la côte chargée de vignes et de blé, le village de Burey qu’elle habita deux fois chez son oncle Durand, en un logis modeste qu’on montre encore.
Mais, si vous venez du Midi, c’est par Neufchâteau, à 11 kilomètres en amont de Domrémy, que vous commencez à reconnaître les vestiges des pas de la Pucelle. Sa statue orne l’antique asile des religieux Cordeliers, à qui elle aimait de préférence confier les chastes secrets de sa conscience innocente. A Coussey, au chevet de l’église, encore la statue de Jeanne. Ces images semblent posées là pour préparer l’âme du voyageur au but de son pèlerinage. Pendant tout le trajet, comme pour bercer son rêve, à sa gauche, serpente le cours sinueux de la rivière, qui traîne ses eaux paresseuses aux pieds des saules, à travers de gras pâturages. Devant lui, Domrémy, à l’extrémité de l’immense prairie et du long ruban d’argent qui s’y déroule, Domrémy s’enveloppe de verdure, comme une fleur printanière dans son bouton. On y entre par un pont de cinq arches, construit récemment sur la Meuse, et qui porte la route d’une rive à l’autre (1).
Nous voici enfin au village qu’on a pu appeler le « Bethléem de la nouvelle rédemption ». Le patronage du Baptiste de la nation française couvre de temps immémorial la modeste bourgade. Saint Remi a baptisé la France, son nom est entré dans la composition même du nom de Domrémy.
Bâti dans les humbles proportions d’un village rustique, tel qu’on les rencontre au pays lorrain, le bourg natal de