Bourgàut, Guide du pèlerin à Domrémy , p
LA PRÉDESTINÉE
Jeanne est traversé du Nord au Sud, dans toute sa longueur, par une rue, dont la première moitié est formée, jusqu’en face de l’église et du pont, par la route qui vient de Greux. La seconde est parallèle à la rivière et passe devant la maison de Jeanne, puis devant le moulin dont elle prend le nom. Cette voie transversale a gardé le cachet rustique et lorrain : l’attirail du labourage, les monceaux de bois entassés, encombrent le seuil des habitations. Ceux qui résident sous ces humbles toits se distinguent, môme en Lorraine, par les traits qu’ils ont hérités des contemporains de Jeanne, qui disait do ses compatriotes :
— Je n’ai connu qu’un seul Bourguignon à Domrémy.
Tous les autres étaient Armagnacs, c'est-à-dire dévoués
à la cause de la France. Sous la forme ardente d’un patriotisme que leur héroïque concitoyenne allait fixer à tout jamais « ès cœurs des Français », ils ont déposé leurs généreux sentiments dans l’âme de leurs enfants. Aujourd’hui encore les habitants de Domrémy sont universellement réputés pour être unis et pacifiques entre eux, hospitaliers, polis et bienveillants envers les étrangers.
Jeanne aimait de prédilection son village et ses habitants.
— Plût à Dieu mon Créateur, s’écriait-elle à Reims, en pleine gloire après le sacre de son roi, plût à Dieu que je m’en retournasse maintenant, quittant les armes, et que je revinsse servir mon père et ma mère, à garder leurs troupeaux, avec ma sœur et mes frères, qui seraient bien aises de me revoir!
L’humble demeure, oû l’on s’aimait de si bon cœur, existe encore.
Entre les mains des descendants de la famille, la « maison de Jeanne la Pucelie, assise proche de l’église, la cyme-
tire d’une part, etc., » est resté un dépôt sacré. Un pèlerinage national s’y renouvelle depuis cinq siècles, sans lasser la persévérance des visiteurs qu'attirent la grandeur des souvenirs et le parfum de la sainteté dans le patriotisme.
Déjà, en 1580, Michel Montaigne y venait, comme tous ses contemporains, et notait, dans ses Récits de voyage en Italie, comment « le devant de la maison où naquit Jeanne d’Arc est tout peint de ses gestes, mais l’aage a fort corrompu la peinture, »
Par son généreux désintéressement, le dernier héritier en ce siècle des trois familles d’Arc ou du Lys, de Salin et Gérardin, Nicolas Gérardin, se montra digne de ses devanciers. D’étranges pèlerins avaient envahi l’humble maisonnette. C’était lors de l’invasion des troupes alliées en 1815. Enthousiasmés par la tragédie de Schiller, les Allemands visitèrent en amateurs la célèbre maison. A coups de sabre, ils se firent des reliques dans les meubles et les poutres. Des princes autrichiens y vinrent entourés d’une brillante escorte, se tenant inclinés nu-tête devant la statue de la Pucelle et sollicitant, comme souvenirs de leur visite, des éclats de bois, des fragments de pierres et même les herbes parasites des murailles. L’archiduc Ferdinand détacha de ses propres mains une petite pierre, dont la place est encore visible au-dessus du linteau de la porte principale. Un comte prussien, plus ambitieux, demanda le tympan sculpté et la statue qui le couronne, Gérardin refusa. Le comte fit briller un trésor et offrit G. 000 francs de la maisonnette tout entière. Gérardin était pauvre et chargé de famille, mais, en vieux dragon français qu’il était, il demeura inflexible devant le déshonneur offert à l’héritier de Jeanne. Toutes ces tentatives cependant émurent le Conseil général des Vosges qui voulut assurer au département le berceau de la Pucelle et le sauver ainsi d’une ruine qui semblait prochaine. Trois ans après qu'il eut repoussé l’offre tentante du Prussien, Gérardin, le 20 juin 1818,
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signait l’acte de cession au Conseil général, pour une somme près de trois fois moindre. La ville d’Orléans lui décerna une médaille d’or et Louis XVIII décora le généreux cessionnaire. La maison devenait un monument national et, classée comme tel, elle recevait les secours qui en assurèrent la conservation (1)^ après l’avoir isolée de l’ilot de maisons qui l’enveloppaient et en obstruaient l’avenue.
La façade présente un demi-pignon inclinant le toit de gauclie à droite. Les rameaux entrelacés de la vigne sauvage la tapissent de verdure et encadrent des baies ou fenêtres dans le style du xv e siècle, La porte est ornée de plusieurs rangs superposés de sculptures, formant cintre, et surmontées d’une accolade qui embrasse trois écussons. Celui du milieu, plus élevé que les autres, présente les armes de France soulignées par la devise en lettres gothiques: Vive le roi Loys! Celui de gauche porte les armes des Thiesselin, dont la fille Nicole épousa, en 1460, Claude du Lys, alors propriétaire de la maison. L’écu de droite est meublé des armoiries données, en décembre 1429, par Charles VII à la famille de Jeanne d’Arc: deux lys d’or en champ d’azur, côtoyant une épée nue d’argent à la garde dorée, placée en pal, et dont la pointe soutient une couronne (2). Au sommet de l’ogive, l’œil attendri retrouve les attributs du travail champêtre auquel Jeanne se livrait avant de manier l’épée: une gerbe debout et des ceps de vigne chargés de
4. Pendant que ce brave homme (Gérardin) abandonne à son pays la chaumière de l’illustre vierge, et qu’il en emploie la chétive indemnité (2.500 fr.) à se procurer un autre abri pour sa nombreuse famille, arrive un lord anglais. Il ne doute pas d’enlever, au poids des guinées, la vente de la maison, comme autrefois ses maîtres ont acheté Jeanne elle-même. Il était trop lard! et on le vit, dans son désespoir, s’arracher littéralement les cheveux. Au fond, pourtant, no devnlt-il pas se féliciler du fait accompli? Son or, impuissant sur le patriotisme de Gérardin, eût allumé son indignation au premier mot d’une offre aussi trissante. En 4828, il mourut, à Domremv, entouré de l’estime universelle. Ses enfants gardent précieusement comme un bien de famille les hommages rendus aux vertus de leur père. (Bourgaut, op. cit p. 35.)
2. D’où le nom du Lys (deux lys) adopté par les descendants de la famille d’Arc.
raisins Au-dessous, en style épigraphique du temps, ces mots: Vive labeur ! puis la date 1481.
Pénétrons maintenant dans l’intérieur de l’humble demeure, qui devait être le Nazareth de l'héroïque et sainte libératrice de la France.
L’habitation se compose de quatre pièces au rez-dechaussée.
En franchissant le seuil de la porte que nous avons décrite, nous sommes dans la chambre de famille, où Jeanne naquit le 6 janvier 1412, où elle fut élevée par sa pieuse mère, où elle grandit dans la prière, l'obéissance et le travail. A gauche, auprès de la fenêtre géminée, l’enfant apprit à manier si habilement l’aiguille et le fuseau, qu’à Rouen, lors de son procès, elle put se rendre le naïf témoignage. que, dans l'art de coudre et de filer, elle n’avait pas peur d’être vaincue par les meilleures ménagères. Un peu plus loin, la plaque de fer do la cheminée, aux armes de Lorraine et de France, indique l’âtre du foyer au coin duquel la jeune fille passait la nuit, quand elle avait eu le bonheur d'amener un pauvre à la maison et de lui céder sa propre couche. Près de là, un morceau de bois, posé dans le mur, tenait suspendue la lampe pour les travaux des longues veillées d'hiver. Dans cette pièce, tout à la l'ois cuisine, salle à manger et chambre à coucher, suivant l’usage du pays, Jeanne vaquait, avec sa mère et sa sœur, aux occupations vulgaires du ménage, car on ne la rencontrait jamais oisive sur les chemins. C'est dans cette laborieuse et chrétienne éducation de famille qu’elle se préparait au grand œuvre du salut de la France, auquel Dieu la prédestinait.
Jetée, par les hasards de la guerre, loin de ce nid doux et pur de son enfance, elle en portait partout au doigt le souvenir. C’étaient deux anneaux donnés, l’un par son frère l’autre par son père et sa mère. Ce dernier portait gravés les noms sacrés Jhésus Maria. « Ayant cet anel en sa main et en son doigt, dit un vieux chroniqueur, elle
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avait touché à sainte Catherine. » Aussi, chaque fois qu’elle se lançait dans la bataille, elle le regardait « par plaisance et honneur de ses père et mère, car la Pucelle aimait tout ce que bon chrétien doit aimer, et le dict anel lui remembrait tout ce qu’elle aimait. »
Saluons la belle statue de Jeanne qui s’élève aujourd’hui au centre de la pièce sur un piédestal do marbre noir, et, après avoir jeté un coup d’œil aux belles couronnes envoyées là en mai 1878 par les dames françaises en protestation contre la célébration du centenaire de l’immonde insulteur de la Pucelle, franchissons le seuil de la cellule de Jeanne, au fond, en face de l'entrée de la cuisine.
Au nord et au niveau du sol, éclairée seulement par une petite lucarne, elle est presque obscure. Par les traces de la cheminée qui subsistent encore dans le grenier, on voit que c'était le fournil de la maison. A gauche de la petite fenêtre, Jeanne serrait ses vêtements dans un placard, dont le châssis tailladé témoigne à la fois du vandalisme et de la vénération des visiteurs.
C’est bien là, dans ce pauvre réduit, qu’elle a reposé, qu’elle a reçu plusieurs avertissements célestes, quelle lutta pendant cinq ans contre son cœur et les ordres de ses « voix ». C’est là qu’elle combina, sous F œil de Dieu qui éclairait cette chambrette obscure, les moyens d’accomplir sa volonté manifeste. Qui comptera les souvenirs et les larmes dont ces murs noircis furent les témoins muets l Ce qu’elle répandit de prières, agenouillée sur la terre nue, devant cette étroite lucarne par où son regard plongeait sur la maison de Dieu; de quelles lumières elle fut éclairée et par quels encouragements fortifiée, dans cette demeure indigente, elle seule le sait et a pu le dire!... La paix, la nudité de ces murs, les souvenirs qui revivent là, l’obscurité mystérieuse de cette chambrette, en font comme le second sanctuaire de Domrémy, dans le secret duquel, entre le ciel et une humble paysanne, s’est préparée la rédemption de la France. Toute proportion gardée, là, comme
jadis la Vierge ignorée de Nazareth, le Tout-Puissant Ta choisie pour humilier les forts et se glorifier en elle.
Quand il sort de ce sanctuaire, le visiteur pénètre successivement dans le cellier, la chambre des frères de Jeanne, le grenier, puis termine son pèlerinage par le petit musée, où la piété des souvenirs a réuni bien des gages de la vénération française pour la sainte héroïne (1).
Mais il est temps de commencer notre récit (2).
Jeanne naquit le 6 janvier 1412.
Son père, Jacques d’ Arc, et sa mère, Ysabellette Romée, étaient de modestes laboureurs, « de bonne vie et renommée », bons catholiques, fidèles Armagnacs du parti national. Avec leur maisonnette, ils ne possédaient qu’un bien petit champ, mais leur pauvreté gardait T honneur qu’ils inculquèrent à leurs cinq enfants.
Trois fils, Jacques, Jean et Pierre, et deux filles, Jeanne et Catherine — celle-ci mourut avant le départ de son aînée — grandissaient sous la sauvegarde de ces bravés campagnards, qui en faisaient de bons chrétiens et de bons Armagnacs.
La mère semble avoir pressenti les grandeurs de sa fille Jeanne. Elle cultivait avec un soin jaloux les premières
1. Avons-nous besoin de dire que, en attribuant à Jeanne les qualifications de bienheureuse ou de sainte, nous n'avons aucunement la prétention de prévenir le jugement de l'Église. A elle seule aussi appartient le droit de déterminer le caractère surnaturel et divin des prodiges qu’accomplit la vierge de Domrémy, et que nous aurons à raconter le long de ces pages. Mais, en nous conformant ainsi aux sages prescriptions du pape Urbain VIII, nous sera-t-il interdit d émettre le vœu que bientôt ce jugement infaillible ratifie les pieuses croyances de tant de grandes âmes et de nobles esprits I
2. Les détails descriptifs qu’on vient de lire sont empruntés, pour la plupart, à l’excellent Guide du pèlerin à Domrémy , de M. l’abbé Bourgaut, curé de Domrémy.
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aspirations de cette âme innocente et droite. Jeanne, dit une compagne de son enfance, était « bonne, simple et douce tille; » « point paresseuse, » ajoute un voisin, « elle travaillait volontiers, elle filait, elle allait au labour avec son père, hersait la terre et sarclait les herbes parfois môme elle gardait les troupeaux. » Souvent le même témoin la vit prolonger ses veillées laborieuses au logis, en filant aux côtés de sa mère.
Sa grande foi, cette croyance ferme qui illumina sa vie et transfigura son martyre, Jeanne la tenait encore de sa pieuse mère. Le procès de Rouen l’a constaté en termes exquis. La grâce de sa prédestination se surajouta à cette influence première et en fit une âme élevée de bonne heure aux plus sublimes états de la perfection chrétienne.
A travers la petite baie qui éclaire encore sa modeste chambrelte, l’enfant apercevait l’église, le sanctuaire eucharistique où l’attirait l’irrésistible élan de son âme candide. Pour y arriver, il suffisait de franchir le petit jardin de la maison paternelle, le cimetière où reposaient les anciens à l’ombre des murailles saintes, et Jeanne se trouvait au pied de l’autel, dans la douce et calme solitude du tabernacle, ses délices d’enfant prédestinée. Elle y allait le plus souvent qu’elle pouvait dans la journée, disent les témoins du procès, mais surtout le matin, à l’heure de la messe, et le soir, quand sonnaient les complies, cette sublime prière vespérale que les chrétiens d’alors, mieux initiés à l’esprit de la sainte liturgie, récitaient avec les prêtres et les clercs. Parfois le sonneur, c’est lui-même qui le confesse, oubliait de sonner à l’heure, et Jeanne l’en reprenait, lui disant que ce n’était pas bien et, pour le rendre plus docile h ses exhortations, elle lui promettait de petits gâteaux (1) confectionnés au logis des d’Arc.
Le pèlerin de Domrémy ne peut se soustraire à une religieuse émotion, quand il visite la pauvre église où Jeanne
1. Lunas (sans doute une sorte de petits gâteaux). D’autres Usent lanas , de la laiue.
a exhalé ses premiers soupirs vers l’hôte divin qui déjà se communiquait si intimement à la virginale enfant. C’est sur ces dalles que Jeanne s’est prosternée, sous ces voûtes que tant de fois elle a levé les mains et les yeux vers l’autel. Ce sont bien ces piliers qui ont entendu sa voix, ses soupirs, et peut-être ont été les secrets témoins de quelque mystérieuse vision. Un artiste lorrain, M. Paul, a exprimé cette idée en adossant à la façade de l’église une statue de fonte de la Pucelle, en habits rustiques, un genou en terre, le regard et des bras levés vers le ciel.
De l’église primitive bien des choses ont disparu, lors de l’incendie que lui infligèrent les bandes bourguignonnes (1). 11 en reste encore assez pour réveiller d’émouvants échos au fond des âmes.
Voici les fonts baptismaux de l’époque romane (xn e siècle), où, selon toute vraisemblance, la fille de Jacques et de Romée fut baptisée par messire Jean Minet, curé de Dreux et de Domrémy. Selon l’ancien usage, qui subsista jusqu’au
1. A quelques pas de la vieille église, s’élèvera bientôt la basilique nationale rêvée par Mgr de Briey, édifiée par les soins et grâce au zèle de Mgr Sonmois et de Mgr Foucault. Déjà, l’édifice soi t de terre; le 15 mai 1891, le R. P. Létendard, supérieur des missionnaires de Jeanne d’Arc, put célébrer dans la crypte, terminée à ceth* date, de la basilique en construction, la première messe officielle del’OEuvre des prières pour l’armée dont Mgr Sonnois a eu la belle idée de fixer le siège à Domrémy,
Nous publions, d’après le projet de son éminent architecte, M. Paul Sédille, une vue de cette basilique appelée à abriter l’autel de Jeanne, espoir et consolation des patriotes fidèles à la foi dont elle fut l’héroïque confesseur. Le magnifique groupe de Saint-Michel, (rue nous donnons également, est l’œuvre de M. Allai* ; il est destiné â décorer l’entrée de la basilique. M. de Sédille a fait une large place, tant au dehors qu’au dedans du monument, aux sujets et aux ornements décoratifs : le fronton et les frises porteront, gravés sur le marbre ou peint sur mosaïque, les écussons des familles dont les ancêtres furent les compagnons de Jeanne, comme de celles dont les membres ont, à l’exemple de l’héroïne, inscrit le culte de la patrie dans leur devise.
L’œuvre de Domrémy est bien une œuvre nationale : son succès n’honore pas seulement, en même temps qu’il les récompense, ceux qui l’ont créée et fait aboutir, il honore aussi la France par l'éclatante affirmation de son patriotisme et de sa fidélité au culte de celle qui paya du martyre la gloire de l’avoir délivrée de l’oppression anglaise.
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concile de Trente, elle fut présentée par une foule de parrains et marraines, heureux de lui servir de caution
devant la sainte Eglise (1).
Des fonts baptismaux où elle était devenue enfant de Dieu, « fille Dé », comme ses saintes l’appelèrent plus tard, Jeanne fut déposée sur Faute! de Notre-Dame, en signe de consécration de la néophyte au cœur immaculé de la Mère de Dieu. Bien souvent, elle revint là, pour en ratifier et en accomplir les filiales obligations (2).
Deux petits sanctuaires champêtres attirèrent de bonne heure les pèlerinages de Jeanne. Tous deux ont gardé le parfum de son passage.
Le premier, Notre-Dame de Bermont, au delà du village de Greux, est encadré de grands bois, sur une petite éminence, d’où Fœil plonge sur un gracieux et vivant paysage. Une inscription touchante, en forme d’épitaphe au petit
4. L’histoire a conservé le nom de cinq marraines avec quatre parrains portant presque tous le nom de Jean ou de Jeanne, qu’ils imnosèrent à l’enfant, et qu’elle devait immortaliser. C’étaient Jean Morel, de Cireux; Jean Barrey, Jean de Longard et Jean Raingriesson, de Neufchâteau ; puis : Jeannette, femme d’Etienne Thévenin, charpentier; Béatrice, veuve Estellin, de Domrémy toutes deux; Jeannette, veuve Thiesseün, de Vittel, habitant alors Neufchâteau; Eddie, veuve de Jean Barre, de Fnbécourt; et Agnès, que sa filleule, dans une réponse à ses juges, ne désigne pas plus clairement. Garants, en janvier 1412, de la fidélité future de leur fille spirituelle aux serments de son baptême, la plupart de ses premiers témoins se retrouvèrent en 1455, au procès de réhabilitation, pour garantir sa fidélité passée; et après l’avoir relevée des fonts sacrés aux premiers jours de son existence, ils relevèrent, après sa mort, par l’unanimité de leurs dépositions, sa réputation et son honneur, un instant obscurcis par la haine de ses ennemis jurés. (Bourgaut, op. cit , p. 56.)
2. Après la réhabilitation de Jeanne, sa statue, décorée de riches peintures, y fut placée en face de l’image de la Vierge, aux pieds de laquelle on l’avait si souvent vue prosternée. Les membres de sa famille y élurent leur dernière demeure et décorèrent la chapelle de divers ornements.
cimetière qui l’avoisine, y rappelle que « cette chapelle, suivant la tradition confirmée par l’histoire, est bien véritablement celle oii Jeanne d’Arc reçut les inspirations qui la portèrent à se dévouer au service de son pays. Respectez cette chapelle en mémoire de l’héroïne qui arracha la France des mains des Anglais. »
L’autre sanctuaire, l’ermitage Sainte-Marie, dont les fondations subsistent encore, s’élevait du côté opposé de Domrémy, sous le bois Chesnu, non loin des fontaines et de l’arbre des Fées, si souvent rappelés dans le procès de Rouen.
Cet arbre était un vieux hêtre, d’une remarquable beauté, large, touffu, dont les branches, en se recourbant jusqu’à terre, formaient un vrai dôme de verdure. Majestueux encore au xvn c siècle, quand Richer le visita, il tomba depuis sous la hache des soudards suédois. La place servait aux ébats de la jeunesse (1), et ce fut de ces ébats que les juges de Rouen firent le pivot de la procédure dirigée contre leur innocente victime, qu’ils s’efforçaient d'incriminer de superstitions, de maléfices et de sorcellerie.
— Depuis que j'ai l’àge de raison, répondit Jeanne à ses
1. Au retour du printemps, les habitants de Domrémy, leurs seigneurs, qui étaient de la maison de Bourlemont, leurs dames et leurs familles, recommençaient les promenades et les réunions habituelles sous l’arbre des Fées appelé aussi pour cela «arbre des Daines » et « beau may ». Le dimanche Lœtare, qui est le IV e de Carême, on l'inaugurait en quelque sorte avec la belle saison. De son côté, l’Église avait à cœur de sanctifier ces amusements. Aux Rogations, le curé de la paroisse dirigeait une procession vers ce but, bénissait les fontaines, s’arrêtait sous le hêtre, y récitait l’évangile de saint Jean et d’autres prières. Ainsi « le dimanche des Fontaines », et, en été, les jours de fête, la jeunesse de Domrémy, venait, sous l’arbre fameux, « faire ses fontaines, » tandis que ceux de Greux allait les faire à Notre-Dame de Bermont. Munis de petits pains préparés par leurs mères, les enfants se rendaient en chantant vers le vieil arbre, y faisaient des rondes, cueillaient des fleurs aux alentours, en formaient des guirlandes qu’ils suspendaient à ses rameaux, prenaient à son ombre leur goûter frugal, puis allaient, en jasant et en riant, se désaltérer à la fontaine des Groseilliers, et enfin ils rentraient gaiement au foyer domestique. Plus de deux cents ans après la mort de Jeanne, E. Richer, un do ses historiens, trouva encore ces mêmes usages vi a i: j à D ) n e n/ ( 13 ) j t vj c t o^j. ait., p. 7 i et suiv.)
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accusateurs, je ne me souviens pas y avoir été danser... J’ai pu y danser auparavant avec les autres enfants... J y ai plus chanté que dansé. Mais depuis que j’ai su qu’il fallait que je vinsse en France, je me suis livrée à ces jeux et à ces distractions le moins que j’ai pu... J ai entendu des anciens (ils ne sont pas de mon lignage) dire que les Fées hantent cet arbre... Quant à moi, je ne les y ai jamais