‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 13 sur 66 · I. — ARRIVÉE DE JEANNE A ORLEANS · texte numérisé non relu

I. — ARRIVÉE DE JEANNE A ORLEANS

Il avait été convenu, dans le conseil du roi, que Jeanne essayerait d'entrer à Orléans avec un convoi de vivres.

Jeanne se rendit à Blois, où se faisaient les préparatifs du convoi.

Elle se trouva là en face d'hommes d'armes portés à la tourner en dérision.

Mais elle leur inspira vite respect et confiance.

Pour lui complaire, beaucoup renoncèrent à leurs dérèglements et s'interdirent même de jurer.

L'un d'eux, La Hire, reniait Dieu à tous moments. Jeanne l'admonesta fort. Mais, quand il était en colère, La Hire avait un irrésistible besoin de jurer. Jeanne lui

permit de jurer par son bâton. Ce qu'il fît désormais.

Le même La Hire était peu dévot, au gré de Jeanne. Il se contentait d'adresser à Dieu de temps en temps une prière ainsi conçue : « Sire Dieu, je te prie de faire » pour La Hire ce que La Hire ferait pour toi, si tu » étais à sa place et qu'il fût à la tienne. »

Jeanne le décida à se confesser.

Sa piété enthousiaste se communiquait à tous.

Soir et matin, le peuple entonnait psaumes et cantiques. Jeanne, à genoux, priait de tout son cœur.

Quand eut lieu le départ, le chapelain de Jeanne et d'autres prêtres ouvrirent la marche, en chantant l'hymne : « Viens, Esprit Créateur, visiter nos âmes. »

Jeanne, impatiente, voulait qu'on se rendît à Orléans par le plus court chemin.

— « Mais, lui dirent les chefs de guerre, nous arriverions alors par le côté où les Anglais sont le plus en nombre et le mieux fortifiés. »

— « Tant mieux, répondit-elle, nous n'aurons que plus grand mérite et profit. Allez directement. Ainsi le commandent mes voix. »

Pour contenter Jeanne, on lui dit qu'il serait fait selon son désir. Néanmoins, voulant suivre la route la plus sûre, on fît un long détour.

Jeanne ne connaissait pas les chemins. C'est seulelement lorsqu'on arriva devant Orléans qu'elle sut qu'on l'avait trompée.

Cela l'affecta beaucoup.

Aussi, quand Dunois, dit le bâtard d'Orléans, qui était le principal capitaine d'alors, vint à sa rencontre, elle lui manifesta son mécontentement.

— « Êtes-vous le bâtard d'Orléans? » dit-elle en l'apercevant.

— «Lui-même, bien joyeux de votre venue, » répondit Dunois.

Sans faire attention au compliment, Jeanne reprit :

— « Est-ce vous qui avez donné conseil d'arriver par un détour, et non tout au travers des forces de l'ennemi ? »

— « Les plus sages capitaines ont été de cet avis, » dit Dunois.

— « L'avis de messire Dieu valait mieux que le vôtre et le leur. Vous avez cru me décevoir et vous vous êtes déçus. »

— « Vous nous apportez donc bon secours, Jeanne ?»

— « Le meilleur qui fût jamais, le secours de Dieu. »

— « Nous vous serons alors bien redevables. »

— « Nullement. Ce secours ne vous est pas donné par amour de moi, mais par grande pitié pour le royaume de France, à la requête de saint Charlemagne et de saint Louis. »

Le convoi, un moment compromis, réussite pénétrer dans Orléans sans coup férir.

C'est à huit heures du soir, le 29 avril, que Jeanne fit son entrée solennelle.

Elle était revêtue de son armure blanche et montée sur un cheval blanc. Un héraut la précédait, portant

sa bannière.

A ses côtés chevauchait Dunois, armé et vêtu magnifiquement.

Derrière venaient nombre de vaillants seigneurs, écuyers et gens de guerre.

Les habitants étaient accourus en grande liesse, des torches à la main.

Ils se sentaient réconfortés et comme « désassiégés » par la seule vue de Jeanne.

Hommes , femmes et petits enfants l'entouraient. Chacun était fier d'avoir pu toucher à elle ou à son cheval.

— « Jeanne, croyez-vous que Dieu aura pitié de nous? » lui disait-on.

— « Oui, bons Français, répondait-elle. C'est bien assez que les ennemis aient la personne du duc d'Orléans. Us n'auront pas sa ville. »

n. — APPEL A LA PAIX ET APPEL AUX ARMES

Répugnant à répandre le sang, Jeanne par deux fois somma les Anglais de se retirer.

Avant d'arriver à Orléans, elle avait dicté un message ainsi conçu :

« Roi d'Angleterre, et vous, duc de Bedfort qui commandez les armées anglaises, et vous tous, lieutenants du duc, faites raison au roi du ciel.

» Je suis la Pucelle, envoyée de par Dieu. Rendez-moi les clefs des bonnes villes que vous avez prises et violées en France.

» Mission m'a été donnée pour réclamer justice.

» Je suis prête à la paix, si vous laissez la France.

» Si vous ne partez, attendez nouvelles de la Pucelle, qui vous ira voir, à votre grand dommage. Tous vous serez chassés ou occis.

» Roi d'Angleterre, n'ayez point en votre opinion que vous aurez le royaume de Dieu. L'aura le roi Charles, vrai héritier : et il entrera dans Paris avec bonne compagnie. Dieu le veut.

» A moins que vous ne fassiez raison, il va être fait si grand carnage, qu'il n'y en a pas eu un si grand en France depuis mille ans.

60 JEANINE D'ARÇ, LIBÉRATRICE DE LA FRANCE

» Aux horions, on verra qui a meilleur droit. »

L'image des tueries prochaines épouvantait Jeanne.

Elle plaignait tout ce pauvre monde qui ne décide pas la guerre et en est la grande victime : ces multitudes d'hommes d'armes d'Angleterre et de France qui, guettés par la mort, ne devaient plus revoir leurs foyers; tant de misérables familles, toujours dans les alertes, rançonnées, affamées par ceux du continent comme par ceux d'outre-mer, et jetées souvent en un tel désespoir que père, mère, enfants se faisaient un bûcher de leur chaumière en feu.

Au lendemain de son arrivée à Orléans, Jeanne, debout sur le boulevard de la Belle-Croix, qui était une position avancée, voulut renouveler son appel à la paix.

Apostrophant les Anglais qui étaient au fort des Tourelles, elle leur cria à voix très haute : « Hommes d'Angleterre qui prenez ici tant de peine, quittez le siège incontinent, ou il vous arrivera malheur. Vous n'avez aucun droit au royaume de France. »

Les Anglais répondirent par des injures aux sommations de Jeanne :

— « Vilaine fille, lui criaient-ils du haut de leurs bastilles, nous te mettrons au feu et te ferons rôtir. Retourne garder tes vaches. Tu n'es qu'une ribaude. »

Ce nom de ribaude, qu'on lui jetait, faisait grande peine à Jeanne.

— « Ah ! disait-elle, c'est une menterie. Dieu le sait

bien. » Et elle pleurait. Puis, elle priait et se sentait consolée.

Les appels pacifiques étant inutiles, Jeanne aurait voulu que tout de suite on courût sus aux Anglais.

— « Allons assiéger les assiégeants ! » s'écriait-elle.

— « Ce n'est pas chose à entreprendre sitôt, dirent les principaux capitaines. Nous serions écrasés. »

Jeanne consentit à remettre l'attaque jusqu'à l'arrivée des renforts attendus de divers côtés.

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