III. — PREMIER COMBAT DE JEANNE DEVANT ORLÉANS
Les renforts arrivèrent sans encombre, le 4 mai.
Mais, le jour même, on apprit que sir John Falstolf, chef de guerre redoutable, allait amener des secours aux Anglais.
Cette nouvelle réjouit Jeanne.
— « Bâtard, dit-elle à Dunois, au nom de Dieu, je te commande de m'aviser sitôt que tu sauras la venue dudit Falstolf. »
Et elle ajouta, avec sa bonne humeur habituelle: « Bâtard, si ce Falstolf passe sans que je le sache, je te ferai couper la tête. »
Dunois promit de l'avertir.
Ayant besoin de repos, Jeanne s'était jetée sur le lit de son hôtesse. Mais elle était très agitée. L'idée de ceFalstolf la préoccupait.
Tout à coup, elle se leva, appela son écuyer et lui dit : « Vite, il me faut armer. Mon conseil me dit d'aller sus aux Anglais! »
L'écuyer commençait à l'armer, lorsqu'un grand bruit se fit entendre.
— « A l'ennemi ! à l'ennemi I on se bat ! » criaient des voix confuses.
— « Mon Dieu, dit Jeanne, le sang de nos gens coule » par terre, et je ne suis pas là ! Que ne m'a-t-on éveil- » lée ! Mes armes ! mon cheval ! »
Et apercevant son page : « Méchant garçon, dit-elle, » qui n'êtes pas venu me dire que le sang de France » était répandu ! Vite, partons. »
Au bout d'un moment, Jeanne s'élançait, tenant sa bannière, et faisant jaillir des étincelles sous le galop de son cheval.
A l'entrée de la ville, elle aperçut un blessé qu'on por tait sur un brancard. Cette vue augmenta son trouble.
Un peu plus loin, elle se trouva en face d'hommes d'armes qui fuyaient. Ils avaient attaqué à la légère une bastille des Anglais, la bastille de Saint-Loup. Après un fier assaut, il leur avait fallu céder devant le nombre.
Jeanne les ramena. Une multitude suivait ses pas. On eût dit que tout Orléans était accouru.
Pendant trois heures, les Anglais tinrent bon.
Agitant sa bannière, Jeanne se multipliait.
Enfin la bastille de Saint-Loup fut emportée, et ses défenseurs passés au fil de l'épée.
Jeanne s'attristait de voir tant de gens mourir, et mourir sans confession. Elle réussit à en sauver quelques-uns.
L'effet de ce premier triomphe fut immense.
On se racontait que Jeanne avait miraculeusement appris qu'on était aux mains, et que, dès son apparition sur le lieu du combat, il n'y avait plus eu de Français tués.
On se racontait aussi que des hommes armés de toutes pièces avaient été vus chevauchant en l'air sur de grands coursiers blancs et qu'ils criaient aux populations effrayées : « Français, n'ayez peur ! »
Ces histoires tournaient la tête aux Anglais. Ils imaginaient les plus terribles prodiges et s'abandonnaient à l'épouvante
Précédemment, uans les escarmouches, cinq cents Anglais chassaient deux cents Français ; maintenant deux cents Français chassaient cinq cents Anglais.
Les chefs déconcertés ne savaient que résoudre. Leur rage accusait Jeanne et la maudissait.
Jeanne ne maudissait personne.
— « Je ne veux aucun mal aux Anglais, disait-elle. Mais qu'ils s'en aillent chez eux ! »