‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 35 sur 66 · I. — JEANNE PRISONNIERE · texte numérisé non relu

I. — JEANNE PRISONNIERE

Une éclatante victoire n'aurait pas causé aux ennemis si grande joie que la prise de Jeanne.

On s'empressait pour la voir.

Les Bourguignons exultaient de contentement autant que s'ils eussent pris une armée.

Les Anglais, au lendemain de leurs triomphes de Poitiers et d'Azincourt, avaient manifesté moins de satisfaction qu'ils n'en témoignèrent en voyant Jeanne captive.

Leur orgueil souffrait de ce qu'elle était tombée en d'autres mains que les leurs. Mais enfin on la tenait. « Ils ne V auraient donnée pour Londres. »

Des messagers furent envoyés dans toutes les villes bourguignonnes et anglaises pour annoncer la grande nouvelle.

A Paris, le duc de Bedfort fît allumer des feux de joie et prescrivit aux prêtres de chanter solennellement l'hymne d'actions de grâces.

C'était l'opinion commune, parmi les Anglais, que la présence de Jeanne avait rendu stériles tous leurs efforts.

Plusieurs d'entre. eux déclaraient que, dès qu'ils apercevaient son étendard, ils perdaient force et courage et ne pouvaient plus bander leurs arcs ni manier leurs lances.

Des capitaines et des soldats enrôlés désertaient le drapeau par crainte des enchantements de la Pucelle.

— « Enfin, nous tenons ce limier de Satan, dit Bedfort en parlant de la pauvre fille. La victoire nous redeviendra fidèle. »

Tandis que l'ennemi était dans l'allégresse, les bons Français avaient le deuil au cœur.

A Orléans, à Blois, on ordonna des prières publiques pour la délivrance de la Pucelle.

A Tours, tous les habitants, pieds nus et têtes découvertes, firent une procession autour de la ville en chantant le psaume : « Ayez pitié de nous, Seigneur! »

— « Ah ! disaient les pauvres gens , comment a-t-on pu laisser prendre celle qui était le support des faibles

et le salut du pays? Il y a un an, elle délivrait Orléans ; et maintenant elle est aux mains de l'ennemi. »

Mais le roi? quel chagrin témoigna-t-il? quels efforts fît-il pour sauver celle qui avait sauvé son royaume?

Pas de trace d'aucune négociation, d'aucune offre de rançon, d'aucun fait d'armes tenté pour délivrer la libératrice.

L'archevêque de Reims et le favori La Trémouille avaient cultivé en Charles VII la plus monstrueuse ingratitude dont l'histoire présente l'exemple.

C'est seulement dix-huit ans après le supplice de Jeanne, qu'il voulut bien montrer un peu de mémoire.

Accusé d'avoir employé une créature du diable, il organisa alors une vaste enquête judiciaire pour la réhabilitation de celle que les Anglais avaient voulu flétrir, et qu'il avait laissée périr.

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