DE JEANNE
Quand elle comparut devant ses juges, Jeanne était toute pâle et chancelante.
— « Jeanne, comment vous portez-vous ? » lui dit l'évêque.
— « Gomme vous voyez, » répondit Jeanne montrant ses fers.
— « Ma fille, reprit l'évêque, on vous a mis les fers parce que vous avez essayé naguère de vous échapper. »
— « Chercher le salut est chose licite à tout prisonnier. ».
— « Voilà qui est mal parler, Jeanne. Si vous ne voulez être convaincue d'hérésie, défense vous est faile de rien tenter pour vous tirer de la prison à vous assignée. »
— « Je n'accepte point cette défense. Je n'ai donné ma foi à personne. J'ai voulu et voudrai toujours me tirer de vos prisons. Et vous, si vous étiez bien informés de moi, vous devriez vouloir que je fusse hors de vos mains. »
— « Pourquoi ? »
— « Parce que j'ai agi de par Dieu. — Je n'ai que faire ici. Laissez-moi à Dieu de qui je suis venue. »
— u Nous devons prononcer sur vous. »
— « Faites attention à ce que vous dites. Vous prenez là une grande charge. Tout le clergé de Rouen et de Paris ne saurait me condamner. »
— « Jeanne, le clergé de Rouen et de Paris a qualité pour m'assister ; et moi, l'évêque de Beauvais, je suis de droit votre juge. »
— « Vous vous faites mon juge, et vous êtes mon ennemi. »
— « Taisez-vous. Le roi d'Angleterre m'a ordonné de vous juger et je vous jugerai. »
Après une pause, l'évêque se radoucit, et dit : — ■ « Ma fille, au commencement de ces interrogatoires, il faut que je vous avertisse avec douceur et charité de dire la vérité entière sur tout ce qu'on vous demandera. Sinon, vous chargeriez votre conscience. » Jeanne répondit :
— « Je ne sais encore sur quoi vous voulez m'interroger. Vous pourrez me demander telle chose dont je vous dirai la vérité, tandis que sur telle autre je ne vous répondrai pas. »
— « Sur vos visions, peut-être ? »
— « Oui. Vous me couperiez plutôt la tête. »
— « Sur tout le reste, jurez-vous de dire vrai ? »
— a Je vous dirai la vérité, tout comme si j'étais devant le pape de Rome. »
— « Ainsi vous révélerez tout ce que vous saurez relativement au présent procès? »
— « Je ne dirai rien autre que ce que je saurai ; mais il se peut que je ne dise pas tout ce que je saurai. »