‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 39 sur 66 · VI. — LES INTERROGATOIRES · texte numérisé non relu

VI. — LES INTERROGATOIRES

Le 21 février 1431, Jeanne comparut devant ses juges et on commença à l'interroger.

les interrogatoires furent continués le 22, le 24 et le 27 février.le 1" et le 3 mars, au château de Rouen. " A la fin de la séance du 3 mars, l'évêque Cauchon déclara closes les grandes séances, où tous les assesseurs étaient convoqués.

« Je vais, dit-il, charger des docteurs experts en droit divin et humain d'extraire ce qui est a recueillir dans les aveux de l'accusée.

» Puis s'il convient de l'interroger plus amplement sur certains articles, je déléguerai quelques assesseurs

à. C6t effet. »

Ainsi l'évêque se réservait de poursuivre l'instruction aveenn petit nombre d'examinateurs choisis selon

S°Le8riO mars, les interrogatoires furent repris dans la prison et se continuèrent le 12, le 13, le 14, le io

^ ^interrogatoires de la prison furent une répétition des interrogatoires publics, et les interrogatoires publics furent une répétition les uns des autres.

Dans toutes les séances, les juges revenaient sur les mêmes questions et les présentaient sous des formes différentes, pour embarrasser l'accusée.

On avait fait prendre des informations dans le pays de Jeanne, à Domrémy.

Mais toutes ces informations lui furent favorables. Aussi, les passa-t-on sous silence.

— « Dans la vie de cette jeune fille, disait un des commissaires envoyés, je n'ai rien trouvé que je n'eusse voulu trouver dans la vie de ma propre sœur. »

On espéra que Jeanne, laissée sans avocat et sans conseil, se perdrait elle-même.

Mais la simple fille, avec son bon sens et sa bonne foi, déjouait les pièges de ses interrogateurs.

Ils étaient là, alignés sur leurs bancs, tous ces doctes théologiens, faces sèches, regards obliques, cœurs froids,

A quelque distance d'eux se tenaient des officiers anglais qui venaient voir si le procès marchait bien et qui murmuraient à la moindre apparence de clémence.

Jeanne était isolée sur un petit banc.

Devant elle se dressait le siège élevé où trônait l'évêque de Beauvais.

Au-dessous de ce siège étaient assis les trois prêtres qui remplissaient les fonctions de secrétaires.

Souvent leurs comptes rendus étaient altérés pour les besoins de l'accusation.

Jeanne s'en plaignait doucement :

« Vous omettez beaucoup de choses que je dis, et tous m'en faites dire que je n'ai pas dites. Si vous continuez, je vous tirerai les oreilles. »

Mais il ne s'agissait pas de contenter Jeanne. Il s'agissait de contenter les Anglais.

Ceux-ci étaient furieux contre quiconque se montrait compatissant envers l'accusée.

Un dominicain, Pierre Isambard, fit un jour quelques signes à Jeanne pour la prémunir contre des questions captieuses qui lui étaient faites.

Le comte de Warwick, s'en étant aperçu, apostropha ainsi le moine :

— a Pourquoi ce matin soutenais-tu cette méchante? Parla morbleu, vilain, si je remarque encore que tu te mettes en peine d'elle et l'avertisses de son profit, je te ferai jeter en Seine. »

On voulait que personne n'assistât Jeanne, et qu'à force d'interpellations pressantes, compliquées, incohérentes, elle fût amenée à témoigner contre elle-même.

Les assesseurs l'interrogèrent tantôt en termes doucereux, tantôt en termes violents.

Jeanne répondait simplement et ne s'intimidait ni ne se fâchait.

Le spectacle était touchant.

D'un côté une cinquantaine de docteurs fouillant

dans les subtilités de leur dogme pour y trouver de quoi dresser un bûcher à la libératrice de leur pays.

De l'autre côté une enfant de dix-huit ans, ignorante, franche, et sans peur.

Souvent, dans leur zèle, les docteurs parlaient tous ensemble.

L'enfant souriait et leur disait : « Beaux seigneurs, faites l'un après l'autre.»

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