CHARLES ROI DE FRANCE
Verrai-je donc toujours, sous la forte influence Des destins courroucés, misérable ma France ? Verrai-je donc toujours en proye son repos Et voilé le soleil de son antique los (gloire)? 0 Dieu, par la bonté tempérez la justice ; Ne nous punissez pas au poids de notre vice ; Sauvez ce pauvre peuple en butte aux fiers Anglois, Et qui souffre le mal pour le mal de ses rois 1
BAUDRICOURT
Sire, Dieu, qui veut prendre en main votre querelle, M'a fait vous amener une jeune pucelle Fille de peu de nom, mais de vaillant effort, Qui a pour son seul chef le Dieu puissant et fort. Par le ciel inspirée, et de son ordonnance, Elle promet de mettre en repos votre France.
CHARLES
Qu'une fille ait l'honneur de ce que tant d'héros Elfectuer n'ont pu ! Gela n'est à propos.
BAUDRICOURT
Que Dieu ne puisse bien lui donner la puissance De parfaire ce fait? Ce n'est hors de créance.
CHARLES
Pourquoi nous ferait-il un si étrange bien ?
BAUDRICOURT
Pour montrer qu'il peut tout, et les monarques rien.
CHARLES
Un fait contre nature est toujours rejetable.
BAUDRICOURT
Un fait contre nature est plutôt admirable.
CHARLES
11 porte en lui souvent le mensonge inventé.
BAUDRICOURT
Ce qui de Dieu provient est plein de vérité.
CHARLES
Pensez-vous que ce fait provienne de sa dexlre (droile) î
BAUDRICOURT
Je le vois pour divin en tous actes parestre (paraître)*
CHARLES
Qui vous en fait juger?
BAUDRICOURt
Le propos, la fierté De la fille inspirée, et sa simplicité.
CHARLES
Une fille aurait donc plus que nous de vaillance î
BAUDRICOURT
Dieu exerce où il veut sa divine puissance.
CHARLES
Une fille combattre?
BAUDRICOURT
Eh! combien autrefois
On en a vu combattre et défaire les rois ! »
CHARLES
Je ne croirai jamais une telle merveille.
BAUDRICOURT
Faut croire ce qu'on voit et qu'on oit (entend) par l'oreille.
CHARLES
Une fille remettre en vigueur notre État!
BAUDRICOURT
Ce n'est pas une fille ; ains (mais) c'est Dieu qui combat (i).
(i) Je trouve plusieurs dialogues semblables daus les autres œuvres tragiques de Chrétien. Il me suffira de signaler les ver
Voici enfin par quels nobles accents Jeanne triomphante salue le départ des Anglais :
Qui voudra contre France entreprendre autre fois Sentira le malheur qu'ont senti les Anglois. Car Dieu, le fondement des sacrés diadèmes, Comme il les a formés les conserve de même. Rien ne te détruira, France, que tes seuls bras, Quand tes propres enfants t'empliront de combats.
La même année ou Chrétien publia sa grande pastorale, un concours eut lieu entre les poètes pour composer une inscription devant figurer au bas de la statue érigée en l'honneur de la Pucelle sur le pont de la ville d'Orléans.
Malherbe entra en lice. Et voici Tépigramme qu'il fit :
L'ennemi, tous droits violant, Belle amazone, en vous brûlant, Témoigna son âme perfide :
Mais le destin n'eut point de tort;
suivants de la tragédie intitulée les Portugais infortunés, tragédie qui, comme les Amantes, fut publiée dans la ville natale de Corneille, en 1608. ,
Les « entreparleurs », pour employer le langage de Chrétien, sont Mocondez, roi de Manique, Sérif, son lieutenant, et Maimânes, pontife sarrasin. Ces trois noirs délibèrent sur le traitement à faire subir aux blancs qui ont apparu sur les côtes et demandent secours :
MÀIMANES
C'est l'ornement d'un roi la clémence et douceur.
SÉRIF
Aux grands rois la clémence e:t souvent dommageable.
Celle qui vivait comme Alcide Devait mourir comme il est mort.
En même temps, le poète écrivit une autre épigramme sur ce que la statue était sans inscription :
Passants, vous trouvez à redire Qu'on ne voie ici rien ^Tavé De l'acte le plus relevé Que jamais l'histoire ait fait lire :
La raison qui vous doit suffire, C'est qu'en un miracle si haut Il est meilleur de ne rien dire Que ne dire pas ce qu'il faut.
Ces deux derniers vers de Malherbe expriment une
MAIMANES
Rien tant que la douceur ne rend leur état stable.
le roi Ud roi n'est obéi qui n'est plus craint qu'aimé.
MAIMANES
Un roi trop redouté n'est jamais estimé.
SÉRIF
Un règne sans le fer beaucoup de temps ne dure.
MAIMANES
La clémence en tout temps un grand État assure.