‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 64 sur 66 · CHARLES ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

CHARLES ROI DE FRANCE

Verrai-je donc toujours, sous la forte influence Des destins courroucés, misérable ma France ? Verrai-je donc toujours en proye son repos Et voilé le soleil de son antique los (gloire)? 0 Dieu, par la bonté tempérez la justice ; Ne nous punissez pas au poids de notre vice ; Sauvez ce pauvre peuple en butte aux fiers Anglois, Et qui souffre le mal pour le mal de ses rois 1

BAUDRICOURT

Sire, Dieu, qui veut prendre en main votre querelle, M'a fait vous amener une jeune pucelle Fille de peu de nom, mais de vaillant effort, Qui a pour son seul chef le Dieu puissant et fort. Par le ciel inspirée, et de son ordonnance, Elle promet de mettre en repos votre France.

CHARLES

Qu'une fille ait l'honneur de ce que tant d'héros Elfectuer n'ont pu ! Gela n'est à propos.

BAUDRICOURT

Que Dieu ne puisse bien lui donner la puissance De parfaire ce fait? Ce n'est hors de créance.

CHARLES

Pourquoi nous ferait-il un si étrange bien ?

BAUDRICOURT

Pour montrer qu'il peut tout, et les monarques rien.

CHARLES

Un fait contre nature est toujours rejetable.

BAUDRICOURT

Un fait contre nature est plutôt admirable.

CHARLES

11 porte en lui souvent le mensonge inventé.

BAUDRICOURT

Ce qui de Dieu provient est plein de vérité.

CHARLES

Pensez-vous que ce fait provienne de sa dexlre (droile) î

BAUDRICOURT

Je le vois pour divin en tous actes parestre (paraître)*

CHARLES

Qui vous en fait juger?

BAUDRICOURt

Le propos, la fierté De la fille inspirée, et sa simplicité.

CHARLES

Une fille aurait donc plus que nous de vaillance î

BAUDRICOURT

Dieu exerce où il veut sa divine puissance.

CHARLES

Une fille combattre?

BAUDRICOURT

Eh! combien autrefois

On en a vu combattre et défaire les rois ! »

CHARLES

Je ne croirai jamais une telle merveille.

BAUDRICOURT

Faut croire ce qu'on voit et qu'on oit (entend) par l'oreille.

CHARLES

Une fille remettre en vigueur notre État!

BAUDRICOURT

Ce n'est pas une fille ; ains (mais) c'est Dieu qui combat (i).

(i) Je trouve plusieurs dialogues semblables daus les autres œuvres tragiques de Chrétien. Il me suffira de signaler les ver

Voici enfin par quels nobles accents Jeanne triomphante salue le départ des Anglais :

Qui voudra contre France entreprendre autre fois Sentira le malheur qu'ont senti les Anglois. Car Dieu, le fondement des sacrés diadèmes, Comme il les a formés les conserve de même. Rien ne te détruira, France, que tes seuls bras, Quand tes propres enfants t'empliront de combats.

La même année ou Chrétien publia sa grande pastorale, un concours eut lieu entre les poètes pour composer une inscription devant figurer au bas de la statue érigée en l'honneur de la Pucelle sur le pont de la ville d'Orléans.

Malherbe entra en lice. Et voici Tépigramme qu'il fit :

L'ennemi, tous droits violant, Belle amazone, en vous brûlant, Témoigna son âme perfide :

Mais le destin n'eut point de tort;

suivants de la tragédie intitulée les Portugais infortunés, tragédie qui, comme les Amantes, fut publiée dans la ville natale de Corneille, en 1608. ,

Les « entreparleurs », pour employer le langage de Chrétien, sont Mocondez, roi de Manique, Sérif, son lieutenant, et Maimânes, pontife sarrasin. Ces trois noirs délibèrent sur le traitement à faire subir aux blancs qui ont apparu sur les côtes et demandent secours :

MÀIMANES

C'est l'ornement d'un roi la clémence et douceur.

SÉRIF

Aux grands rois la clémence e:t souvent dommageable.

Celle qui vivait comme Alcide Devait mourir comme il est mort.

En même temps, le poète écrivit une autre épigramme sur ce que la statue était sans inscription :

Passants, vous trouvez à redire Qu'on ne voie ici rien ^Tavé De l'acte le plus relevé Que jamais l'histoire ait fait lire :

La raison qui vous doit suffire, C'est qu'en un miracle si haut Il est meilleur de ne rien dire Que ne dire pas ce qu'il faut.

Ces deux derniers vers de Malherbe expriment une

MAIMANES

Rien tant que la douceur ne rend leur état stable.

le roi Ud roi n'est obéi qui n'est plus craint qu'aimé.

MAIMANES

Un roi trop redouté n'est jamais estimé.

SÉRIF

Un règne sans le fer beaucoup de temps ne dure.

MAIMANES

La clémence en tout temps un grand État assure.

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