SECONDE PARTIE
Notice sur Antoine Astezan et ses Ouvrages.
Muratori a publié dans son grand ouvrage (4-) «n manuscrit d'Astezan , intitulé De varietate foriunce (5 ) , et Ta fait précéder d'une notice sur la vie et les ouvrages de ce poète, notice qu'il a extraite de ce même manus-
(4) Rerum italicarum scri'ptores, t. i4 , p. 1007. Muratori fit des recherches sur Astezan, d'après un passage de l'histoire de Savoie , où Guichenon met , au nombre des écrivains d'Ast , Antoine Astezan , poète qui a e'crit en çers élégiagues.
(5) La bibliothèque de Turin possède un 2^ exemplaire de ce manuscrit. Il s'y trouve quelques différences de copie!, qu'on a notées dans la table des Mss. de cette bibUolhèque , t. 2.
crit. Nous en allons donner un précis, auquel nous joindrons quelques observations.
Antoine Astezan, poète recommandable pour le tems auquel il écrivait, naquit en i4-i2 , à Villeneuve-d'Ast , où ses ancêtres, chassés d'Ast par une faction , s'étaient réfugiés depuis iSag. S'il faut en croire ce poète, sa famille, avant cette époque fâcheuse (6) , était distinguée," et par sa noblesse, et par son opulence; mais elle déchut bientôt de sa splendeur. Pierre Astezan, son père, scribe public, c'est-à-dire chancelier ou notaire de l'université de Villeneuve , et qui professait en même tems la grammaire et les mathématiques, l'envoya, en 1^27, à Turin, et, en 1^29, à Pavie, pour y apprendre la grammaire et la rhétorique. Les instituteurs d' Astezan furent Yalla , Yeggio et Antoine Ferrari, religieux carme. Les deux premiers étaient des littérateurs célèbres dans leur siècle.
Astezan , craignant d'être attaqué de la peste , quitta Pavie en i43i ; mais le même motif l'écarta bientôt de Gênes, son nouveau séjour. 11 vint alors, suivant le conseil de son père, se fixer à Ast, où il enseigna la littérature.
Muratori ajoute qu'il ne voit pas bien clairement quelle fut ensuite la destinée du poète d'Ast. îl induit d'un passage de son li^Te que le duc d'Orléans, ayant recouvré la ville d'x\st vers i/f^y? le nomma capitaine du château de Mont-Raynier, et son premier secrétaire tlans cette ville. Enfin il pense que le pocme De varieiateforiunœ a été composé vers Tan i4.5o.
Nous allons faire quelques observations sur cette notice.
(6) C'est à cette même époque que cette famille fut appele'e du ncm à' Astezan ^ à cause de la vijle d'où elle e'talt originaire.
i» Astezan paraît effectivement être né en 14.12. Dans notre manuscrit ( à la fin du i^"^ livre des élégies , f*^ 122 ) , il annonce qu'il a atteint sa trentième année, et l'épilogue où il fait cette annonce est datée de il^.l^.i.
2"* Dans lépitaphe de Pierre Astezan, son père QMss.,f° 1 58), Antoine nous confirme que Pierre était de famille noble, et professeur à Villeneuve. Il ajoute qu'il laissa plusieurs filles et quatre fils tous très-écl aires.
3" Antoine Ferrari , religieux carme , Tun des instituteurs d' Astezan, dont il était compatriote, venait d'être nommé évêque de Tortone, lorsqu'il mourut {Mss., fi iSS).
4." Notre manuscrit nous donne sur la vie d' Astezan quelques détails que Muratori ignorait. C'est à Pavie qu'il composa la plupart de ses poésies légères (M55. , fi 122). Il abandonna le genre badin en i44-i -, époque à laquelle il se maria à la fille de Barthélémy Carrari , chirurgien d'Ast {ihîd. et i56). Il fit un voyage en France vers i4-5o , et il y resta (principalement à Blois et à Tours) pendant les années i45i et i452 , ainsi que nous l'apprenons de plusieurs lettres héroïques que nous analyserons à la troisième partie. Retourné dans son pays, il y vivait encore à la fin de i46i , puisque notre manuscrit est terminé par plusieurs épitaphes de Charles yii, mort le 22 juillet de la même année.
5° Muratori se trompe lorsqu'il dit (p. 1008) que le livre De iHirieiate fortimœ a été composé par Astezan vers i45o. Dans le chapitre 9*^ du livre i«^ de cet ouvrage (p. 1019), Astezan fait des reproches aux Génois sur ce qu'ils souffrent que leurs filles soient très-familières avec les garçons. Il leur cite une aventure dont il a été témoin en France , auprès d'Orléans. Quod ego
çîdi per gallica rura Ager Aurelianensi paiilum semotus
ab urbe. Comme , ainsi que nous l'avons dit , il était encore en France en 1^52 , le poème publié par Muratori est d'une date postérieure.
G'' C'est encore après cette époque qu'Astezan a fait sa traduction latine des poésies du duc d'Orléans , poésies qu'il ne connut (ainsi qu'il le dit, feuillet 9) que pendant son voyage en France.
^'^ Astezan n'a pas seulement écrit envers élégiaques, mais encore en vers héroïques. Dans notre manuscrit, ceux de sa traduction des poésies d'Orléans, des quatre livres d'élégies, du livre De refunerea^ de la description du tremblement de terre de Naples, et de Tépître à Charles VII sur l'acquisition de Gênes , sont de la première espèce. Ceux des trois livres de lettres héroïques, et de l'apparition du crucifix à Baïonne , sont de la seconde.
8^ Le marquis de Monlferrat (ci-après, note 16) l'avait chargé de faire un poëme sur l'histoire de la maison de Paléologue. Celte commission excita l'envie d'un jeune poète , dont les calomnies déterminèrent Astezan, du moins il le dit, à suspendre son travail déjà commencé vers 14.48. Réfléchissant ensuite que ses vers avaient l'approbation de plusieurs littérateurs célèbres , tels que Veggio , Philelphe et Guarini , il le reprit bientôt (il parle de tout cela dans la 7* épître, liv. 4 ^es élégies, feuillet 129). Il n'est pas néanmoins probable qu'il l'ait achevé , car on trouve dans une de ses épîtres (ci-après, note 3g) un fragment sur la même famille, qu'il n'y a placé , selon toute apparence , que pour tirer quelque parti de ce qu'il avait fait.
9° Nous allons à présent hasarder notre opinion sur le mérite littéraire de l'auteur du manuscrit.
286 PIÈCES JUSTIFiCAïiVES.
Aslezan nous a paru un bon et facile versificateur, mais un poète au moins médiocre. Ses ouvrages sont en général aussi abondans en mois que pauvres en idées. 11 se plaît sur-tout à répéter et à reproduire sous un grand nombre de formes la même pensée , quelque commune qu'elle soit. 11 n'emploie pas avec moins de complaisance les comparaisons, sans s'inquiéter si elles sont ou ridicules , ou disparates , ou fausses , et les siennes le sont presque toujours. Un citoyen obscur, ou tout-à-fait inconnu de Gênes, sera, par exemple, mis bien au-dessus des Pompées , des Scipions , des Crassus; les vers du duc d'Orléans vaudront mieux que ceux d'Ovide; les peintures du premier barbouilleur de vitraux d'églises sont au moins dignes d' Appelles , etc. (7).
Malgré ces défauts , nous pensons avec Muratori qu'Astezan est un écrivain recommandable pour le tems où il vivait.
Observons aussi qu'il était versé dans la littérature latine ; les ouvrages des poètes lui paraissent sur-tout très-familiers.
Notice des diverses Poésies d'Astezan contenues dans ce manuscrit.
N° I. Livre sur le tremblement de terre qu'éprouva le royaume de ISaples, le 4 décembre i4.56, et sur l'apparition du crucifix à Capoue (i^"^ feuillet). Du Tremblement de terre.
^ Il n'y a point eu, dit Astezan, de si grand désastre
(7) Ces comparaisons sont aussi très-souvent tirées de la my-
depuis le déluge : plusieurs villes ont été détruites ; plusieurs milliers d'hommes ont péri. Nous rapporterons les noms de toutes les villes qu'il annonce avoir été renversées ou submergées. Cette notice peut être utile pour l'histoire de Naples (8).
« Urbs Arianensis , Aliphi , Boiani , Sancta-Agatha , » Asculus, PaduUarum-Terra, Castellonus, Sanctus- 3) Maximus, Fornellus, Guardia, Cerritum, Fiesso- » lonum, Rocha-Vallis-Obscure , Voltorinum, Casj) trum— de -Sanguine , Sanctus- Angélus, Peschum, » Castrum-Caramanici, Turris-Comara, Civitella , j) Locus-Rippe , Sanctus-Luppus , Casetinum , Locusi* Carpinonum, Bicheri, Campus-Bassus, Gomitatus » ( pêne totus ) NoUisii , etc. »
Noms des pilles à qui ce tremblement a causé de grands dommages.
« Mechera, Morchona, Acerre , Sanctus-Germay» nus, Olivetum, Pezolum, Meon, Capua, Quinque-
thologie. « Alcyone et Ceyx, dit-il à Florida ( ci-après , ëpît. i6, du no zj, ) , ne se séparaient pas avec autant de douleur que je me sépare de vous. »
« Ceyx , dit-il à Silanus ( ci-après , ép. 3 , du n^ 5 ) , n'aimait pas tant Alcyone , ni Yphise Yanthe , ni Perse'e Andromède , ni Orphée Eurydice , que Philostrate aime Phanie. »
(8) Nous avons parcouru beaucoup de vieux historiens d'Italie. Aucun ne donne sur ce tremblement de terre d'aussi grands détails qu'Astezan. Ils disent en général qu'il y eut un grand nombre de villes détruites, et ils se bornent à en citer quelques-unes. ( Voy. à ce sujet Annales P lacent inl ab Antonio de 'Mipalta, dans Muratori , t. 20, p. 900 ; Annales Bonincontru , id., t. 21, p. iSg ; Giornali Napolitani ^ id., p. ii32; Annales Forolmenses, llîid., t. 3i, p 2a4 ? Histon'aNapolitana Ludovici
j) Alte -Ville - Comltis , CoUella- Sancli - Framondi , n Bénévent,.. «
Quid Beneoentanam memorabo cersiôus urbem Cui fuit ex tanta parte ruina data Ut non immerito Maleventi nomine diii Possit ut antiquo t empare dicta fuit,
« Arpinum (à qui il ne put rien servir d'avoir prow duit Cicéron et Marius) , Nola, Sora, Salernus, la i> ville fondée par Enée , Canne , Sulmo , la ville où j> est né Ovide. »
Le tremblement commença deux heures avant le jour, et decimo unius hore dur a vit.
La ville fut presque entièrement détruite. Astezan cite , entr'autres édifices renversés , plusieurs églises et un mur construit par les Romains , mur le plus ancien qu'on connût.
Eveillés par la commotion , les habitans se sauvèrent dans la campagne , sans se donner le loisir de prendre leurs vêtemens. Dans le même tems une tempête affreuse brisa la plupart des vaisseaux qui se trouvaient dans le port; et les eaux des puits les plus profonds versèrent.... Il remarque aussi que de toutes les cloches de la ville il n'y en avait plus que septc^n pussent rendre des sons.
Tu m Pedicatus detestahantur iniçui ^ Turpe scelus , Domine , crimen et horriliîe ; . Iratumque Deum clamabant esse supremum , Propter id, atque urbem perdere veïle suam
de Rainio, id., t. 23, p. a3i.) Plusieurs autres chroniques du tems ne parlent point de ce fle'au , mais les auteurs ci-dessus s'accordent à le peindre comme le plus épouvantable dont on eût mémoire et dont l'histoire fil mention.
Sicut et antiquo submersit tempore binas , Urbes ob tantum crimen et acre s celas (9).
Il y périt cent mille âmes.
Apparition du Crucifix.
A la même époque (au mois de décembre ) le Christ apparut dans les airs à plus de vingt mille hommes qui faisaient une procession à une lieue de Capoue. Il était attaché sur la croix sainte ; sa mère était à ses côiés!.... Qui p'urrait révoquer en doute une apparition dont furent témoins, pendant quatre heures, tous les habitans d'une grande ville (10)?
A cette occasion, Astezan chante une espèce de cantique où il rappelle la plupart des miracles que l'Ecriture nous apprend avoir été opérés par l'Eternel.
Il revient ensuite au tremblement de terre de Naples, qu'il attribue à la colère céleste , excitée par les trois causes suivantes :
i^ Les vices du peuple : 2° le parjure du roi, qui ne s'est pas servi , contre les infidèles, des décimes accordées par le pape ; 3° son usurpation du royaume de Naples sur René (11), à qui il appartenait.
(9) Ce passage , et plusieurs autres que nous citerons en donnant l'extrait des livres suivans (entre autres du liv i^r Elegoruntj n° 2 ; liv. 2, nf"s 3, 4 e* ^> etc.) montrent que les mœurs de ces lems étaient plus corrompues que certains auteurs ne le pensent.
(10) Un autre auteur parle de cet éve'nement, et il le présente plutôt comme un phe'nomène que comme un miracle. Apparuere , dit-il , quatuor stellœ mirabiles ab oriente in occiden-r tem fortiter pergentes^ et erant quasi in modum crucis. ( Annales de Ripalta , dans Muratdri , t. 20, p. goS.)
(11) René d'Anjou, que Jeanne 11, reine de Naples, avait
Il exhorte enfin Alphonse à accomplir son vœu et à restituer les Etats par lui usurpés , et les Napolitains à renoncer à leur vie criminelle. Peuvent-ils se plaindre d'un désastre dont ils avaient été prévenus ainsi que les Ninivites le furent du leur par Jonas? N'ont-ils pas vu plusieurs fois cette année une comète ? La queue d'une comète n'est-elle pas, selon tous les devins, un signe non équivoque de menaces ?
Cette pièce est terminée par un envoi au duc d'Orléans, et est datée d'Ast, le i" avril i^^J.
N° II (feuillet 6).Epître de féhcitation adressée à Charles VII, au sujet de l'acquisition de Gênes, et datée d'Ast, le 23 mai i4.58.
Il annonce que plusieurs Génois puissans , exilés par la faction de Frégose , doge de Gênes , qui dominait alors dans cette ville, avaient invité le roi d'Aragon (Alphonse ) à venir s'en emparer ; mais que la flotte de ce monarque avait été prévenue par celle de France , commandée parle duc de Calabre (Jean , fils de René d'Anjou) ; que la plus grande partie des habitans appelaient les Frc^giçais , et que ceux-ci leur ayant apporté des vivres (la famine y régnait) , avaient été très-bien accueillis ; que le doge Frégose leur avait remis tous les forts, etc. C'est le 9 mai soir qu'eut lieu cette occupation.
Quelques jours après arriva la flotte du roi d'Aragon.
appelé à la succession de ses états. Alphonse , roi d'Aragon, s'en empara sur lui en ï44i-
René d'Anjou était en même tems duc de Bar; c'est lui dont ona parlé ci-devant , note 243, no 10, p. i85.
Astezan prédit à son amiral qu'il échouera dans ses projets, et il l'exhorte à s'en retourner dans ses ports (12). Cependant Thistoire nous apprend que Gênes n'évita d'être prise que grâce à la mort d'Alphonse , arrivée le 23 juin suivant.
N» III ( feuillet 9 ). Traduction en vers latins des poésies du duc d'Orléans (i3).
Cette traduction est précédée d'un prologue où Astezan fait le plus pompeux éloge du duc d'Orléans , pour avoir composé en prison la plus grande partie d'un si bel ouvrage. Il avait souvent , dit-il , admiré Ovide , qui avait fait ses vers en exil ; son admiration cesse lorsqu'il lit ceux du duc d'Orléans. Il se félicite ensuite de Ihonneur que lui procurera sa traduction.
Nous ne dirons rien des poésies duduc d'Orléans(i4.). Il en existe un manuscrit à la Bibliothèque royale ; et plusieurs ouvrages très-répandus en ont donné des notices (i5). La traduction d'Astezan est assez fidèle ;
(12) Nous avons fait menlion , ci-devant p 82 , et note 34g, p. 223, de l'expulsion des Français et de leur rentre'eà Gènes- ( Voy. aussi Réi'olut. de Gènes y i^So , t. i, p. 270. ) On y fixe ce dernier événement au 11 mai i458.
(i3) Charles d'Orléans, fils de Louis, petit-fils de Charles v, père de Louis xii , et grand-oncle de François i^»^. Fait prisonnier à Azincourt (ci-dev. p. 22 et 129), il ne recouvra sa liberté qu'en \l\^\o. Il avait des droits au duché de Milan, comme fils de Valentine; mais il ne put obtenir que le comté d'Ast (vers 1447)' — Voy. Villaret^ xv, 299, l^\^ , et-ci-après note 39.
(i4) Elles sont écrites en regard de la traduction.
(i5) Académie des ïnscriplions, t. i3: Bibliothèque fiançaisf?
mais elle n'a ni la précision ni les grâces de l'original. Le passage suivant ( feuillet 78) mettra à portée d'en juger :
Le temps a laissié son manteau
De vent de froidure et de pluye
Et s'est vestu de broderie
De soleil raiant clei* et beau
Il n'y a beste ne oiseau
Qui en son jargon ne chante ou crye
Le temps a laissié son manteau
Rivière fontaine et ruisseau Portent en llurée jolye Gouttes d'argent d'orfèvrerie Chascun s'abille de nouveau Le temps a laissié son manteau
Tempus çuod régnât clamidem dimisit acerham
Ventorum nec non frigo ris ac plucie.
Et comptas Claris radiis solaribus atque
Formosis. Vestes induit inde novas
Non est nunc aies ; non est nunc bellua , quœ non
Cantet vel clamet more sonoque suo :
Tempus quod régnât clamidem dimisit acerham
Ventorum nec non frigoris ac plucie.
de Goujet, t. 9; Annales poétiques, t. i; Nouvelle Bibliothèque des Romans, 2e année, t. 3, p. 104.
N. B. Depuis la première édition de cette notice , M. P. V. Chalvet, professeur d'histoire et bibliothécaire de Grenoble, dont les lettres et l'amitié pleurent la mort prématurée (1807), a publié les Poésies de Charles d'Orléans , telles qu'elles sont dans notre manuscrit (in-12, Grenoble, i8o3) Le passage cidessus est à la page îDy. Au commencement du volume est un précis sur la vie de Charles.
Et fluçii ei fontes et rivi in signa jocoste Latitiœ varia nunc tcgumcnta ferunt.
Argenti çario textas ex ordine guttas.
Assumil i^esies nunc sibi quisque nôças. Tempus quod régnât clamidcm dimisit acerbam Ventorum nec non fn'goris ac pluvie.
La traduction de ces poésies occupe les deux tiers du manuscrit; l'autre partie contient quatre-vingt-quinze pièces de vers sur différens objets. La plupart d'entre elles ne méritent pas une notice , il suffira d'en indiquer le sujet; nous ne nous arrêterons qu'à celles qui offriront quelque passage remarquable.
N° IV (feuillet ii3). Elégies. Livre i". 16 Pièces.
I. Epître à Jean-Jacques, marquis de Montferrat (16), à qui Astezan adresse ses poésies dans l'objet d'exciter sa gaîté.
. . . Lege et risum cape prestantissime princeps
Si mea sunt risu carmina digna tuo.
2 A Florida de Pavie, sa maîtresse. Invitation de céder à l'amour. «Ne crains point, lui dit-il, qu'on s'aperçoive de notre affection : je trouverai quelque vieille matrone,
(16) Jean- Jacques Pale'ologue, d'une branche cadette de la maison impe'riale de Constantinople, souveraine du Montferrat depuis i3o6. Il était fils de The'odoie 11, dont nous avons parlé note 349, p- 223. De'pouille' de ses e'tats en i43i , par Philippe - !Marie Visconti ( ci-dev. note 3, p. 281) , il les recouvra en i433j et mourut en i445. Astezan (11 l'annonce, feuillet 127) lui de'dia le i<=i" livre des éle'gies, et les trois autres à Jean , Théodore et Bonifare , ses enfans ( ci-après /?tf/<?j- 18, 19 et 20),.. Les dédicaces sont dans les premières épîtres de chaque livre.
'2g 4 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
rusée et fidèle , qui, séduite par mes présens, pourra servir d'intermédiaire à notre correspondance. »
Ne super hoc timeas. Vetulam cautam aiguë fidelem
Inçeniam , precio protinus ïpse meo ,
Quœ mandata gueat nostrum utriusque referre.
3. Au jeune Gallus. Il lui apprend comment il doit se conduire pour se faire aimer de Philomène. Il lui conseille sur-tout d'user de ruse , et de se méfier de sa belle lorsqu'elle lui demandera de l'argent. Il lui raconte à ce sujet une aventure plaisante arrivée au célèbre Crassus.
L'épouse d'un pauvre laboureur, dont il était épris , lui accorda un rendez-vous, du consentement de son mari. Elle exigea seulement qu il lui payât d'avance les cent sesterces , prix de son infidélité , et qu'il quittât ses habits en arrivant chez elle. Le laboureur revêtit les habits de Crassus, et se rendit à son palais au milieu de la nuit. Il éteignit avec adresse les flambeaux qu'une esclave apportait à son arrivée. Craignant ensuite que le son de sa voix ne le dévoilât à l'épouse du riche luxurieux, il la forr.a de se taire en répondant par quelques coups aux douceurs que dans son erreur elle lui débitait. Il vint remettre enfin à leur place les habits dérobés , avant que Crassus eût quitté le lit qu'il souillait. Crassus ne se douta de la revanche qu'on venait de prendre qu'aux questions ingénues que lui adressa son épouse sur son silence obstiné , sa colère et ses transports amoureux de la nuit précédente.
4-. Epitaphe de la chienne de Jean-Jacques, marquis de Montferrat.