Epître au médecin Bombelle de Ceva Récit
d'une autre anecdote.
On envoya des troupes à Ceva, qu'on craignait de voir attaquer. Cette ville jouissait depuis long-tems d'une paix profonde. Un nommé Cormitus, qui n'avait jamais vu des getis de guerre , s'imagina à l'aspect des nouveaux-venus qu'ils sortaient armés du sein de leur mère. Charmé de cette décoration , il désira vivement d'avoir un enfant qui en fut revêtu. Dans cet objet , il prie un soldat
Uxorem graçîdam reddat ut ipse suam.
Le soldat crut d'abord que c'était une plaisanterie, et il n'accepta la proposition que lorsque Cornutus lui eut donné de l'argent.
Uxor cui notas s impie x erat ipse maritus Gaudei in ampîexus posse subire novos.
Presertim quoniam informis gracilisque maritus Non pot erat çenerem sat satiari suam.
(19) C'est vraisemblablement Boniface y, marquis de Mont-
Mais , pour obtenir cet enfant désiré , il fallait encore que la femme se soumit à une condition difficile : qu'elle résistât pendant deux jours à un besoin impérieux.
Miles Comuto dicit : ui uxor
Concnbitu pregnans sit sua fada nopo Ut puerum armatum paritura. Sed est necesse Per biduum conjux mingat ut l'psa nihil ^ Nam si fors conjux urinam emiserit y unà Emittet pueri se mina jacta sui
Fidèle à cet avis, le howComutas ne perd pas de vue sa femme. Malheureusement il est obligé de sortir avant la iin du deuxième jour, et sa femme va satisfaire dans son jardin le besoin dont elle était tourmentée. Un limaçon venait de naître au même lieu. Cornutus ^ à Taspect de ses cornes, simagine que c'est le fruit qu'il attendait; il se désole sur ce que le même instant a vu naître et périr son enfant armé. Il mande tous les prêtres de Céva pour célébrer ses funérailles; les prêtres , irrités, et croyant que Cornutiis les joue, se saisissent de Timbécille et lui infligent un rigoureux supplice.
6. A l'abbé de Saint-Quentin. Fable dont voici le sujet : Pourquoi la fortune est si favorable à certains
hommes, et si contraire à d'autres? Elle n'a pas
moins de cent cinquante-quatre vers.
7. Titre de cette pièce : /« pcdicones. Quod pedicaius virîum non sohim In homine sed etîam in helluaturpe est.
« Comment, s'écrie Astezan, éviteraient-ils la punition due à leur crime , lorsque Dieu l'inflige aux ani-
ferr:^t en i483, après ses frères Guillaume vii et Jean iv, et par conse'quent troisième fils de Jean-Jacques Paléologue.
maux mêmes qui s'en som rendus coupables ? Et il cite à ce sujet magnus qui geminos asimis vitiârai aselLos ^ qu'un énorme morceau de grêle tua sur la place.... Cela est arrivé récemment , dif-il, au mois de juillet , la septième année du pontificat d'Eugène lY (en i438). »
8. Astezan avertit que s'étant marié en i4.4i 1 <^t ayant atteint sa trentième année , il abandonne la poésie gaie pour la poésie sérieuse.
N« VI (feuillet 122). Livre 3^. 26 Pièces.
i.Epître à Théodore de Montferrat , protonotaire du Saint-Siège (20)... Il lui annonce qu'il avait adressé un grand nombre de vers à un grand nombre de personnes, pour se faire nommer professeur de rhétorique à Gênes, ou être chargé , sous une récompense , de chanter les grands hommes de cette ville célèbre. Le duc d'Orléans est heureusement venu dans ce pays (21). La réputation d'Astezan a pénétré jusqu'à ce prince, qui n'a pas voulu que le poète en fût réduit à être obligé de quitter sa patrie ; mais l'a mis en état , par ses largesses, d'habiter où bon lui semblerait.
Les 25 pièces qui suivent sont adressées au doge , au capitaine , au chancelier , à plusieurs sénateurs , nobles (22) , et jurisconsultes de Gênes. Il fait l'éloge de
(20) Théodore, quatrième fils de Jean- Jacques Paléologue , fait cardinal en i4<î4 > mort en 1481. (Voy. Fasti Cardinalium , Venise, 1701, t. 2, p. 35i.)
(21) II était dans le comté d'Ast vers 144? et i448. (Voy. Vîliarei , xv, 44^; Monstreîet ^ 1. 3, f. 5.) .
(22) Tels que les Doria , les Fiesque, les Fre'gose , les Lomellini , les Spinola , les Vivaldi.
3oO PIÈCES JUSTIFICATIVES.
tous ; il les compare aux Grecs et aux Romains les plus célèbres ; il leur dit qu il leur porte la plus vive affection ; mais bientôt le bout d oreille perce : c est un emploi de lecteur , de professeur ou d historien qu il réclame. Et enfmil se restreint à obtenir au moins des secours qui le mettent en état de faire le voyage de Gênes (23) , ou qui réchauffent sa muse. Reconnaissant de leurs services , il portera jusques aux cieux les noms de tous ces Génois, les rendra immortels par ses vers, en fera des milliers pour eux, etc. (24).
Aucune de ces pièces ne mérite une mention particulière (25).
(23) Il invite (f. 126) les sénateurs, s'ils lui accordent une place, à l'en informer d'avance, afin qu'il mette ordre k ses affaires:
Tante namque vie nolim perferre laborem Aut sumptum , nisi sim certior ante rei.
Et il ajoute plu; bas:
Vercor si hâc tempe state çenirem Ne frustra tantum conficeretur iter.
C'est le passage des Apennins, qui parait si effrayant au poète; Il a de'crit dans la suite ce passage au poé'me De Varietate Fortunée y lib. I, cap. II, et il y reproduit les mêmes idées.
Heuï heu\ quale mihi tumfuit illud iter. Credo me tantos nunquam potuisse labores Nec tam difficiles sustinuisse vias.
Cependant il n'y a qu'une vingtaine de lieues d'Ast à Gênes.
(24) Te carminé ad astra feram . . .faciam arbitrio carmina mille tua Ces offres sont presque à chaque feuillet des livres 3^
et 4'=-
(aS) On pourrait néanmoins citer une maxime dont il se sert (feuillet 124) pour consoler le doge des attaques de l'envie : « On ne peut jamais obtenir de la gloire sans y être ex-
N» VII (feuillet 128.) Livre 4.^ 14. Pièces.
La plupart des pièces de vers contenues dans ce livre renferment aussi des demandes de secours , des protestations d'amitié et de soumission, des éloges, etc., adressés à des Génois, au marquis de Montferrat (26), au comte d'Angoulême, au cardinal de Chypre (27), au prince de Piémont , au chancelier de Savoie , ant duc d'Orléans , à l'envoyé des Milanais.... Dans les deux dernières, dont l'une fut débitée au même duc, à Villeneuve d'Ast, le poète félicite les habitans d'Ast et de Milan ; les premiers, de ce qu'ils ont acquis le duc d'Orléans pour souverain ; les seconds , de ce qu'ils veulent le reconnaître.
Ce 4-*^ livre est daté d'Ast, en 14.4.8 (28).
!N° VIII (feuillet i35). Lettres héroïques. Liv. 1". 3 Pièces.
I. A Charles VII. Eloge de ce prince.... Astezan lui dédie ce livre , et le félicite de ce qu'il a recouvré dans
posé ; elle s'attache à la gloire comme la rouille au vieux fer. >»
£7/ sequitur ferrum mordax rubigo çetustum , Virtutem liçor sic solet ipse sequî.
(26) C'est dans celle-ci qu'il parle du poëme indiqué ci-dev. partie 2 , n» 8, p. 285.
(27) Jean, comte d'Angoulême, fils de Louis, et frère cadet de Charles, duc d'Orle'ans (ci-dev. note i3 , p. 291) , et grandpère de François l^"^. (Voy. Anselme, Généalogies de France, 1726, t. I, p. 209.)
Hugue de Lusij^nan , frère du roi de Chypre , cardinal en 1426, mort en i44^' ( ^ oy- Fasti Cardinalium ^ 1701, t. 3, p. 2o3.)
(28) Ici et dans les lettres suivantes Astezan prend la qualité de premier secrétaire du duc d'Orléans.
3o2 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
une année la Normandie et tout récemment la Guienne (29)... II espère que bientôt par la prise de Calais , il purgera d'ennemis le territoire français...