Au duc d'Orléans
Cette épître contient une histoire abrégée de la vie de Jeanne drArc jusqu'au siège d'Orléans. Nous nous y arrêterons beaucoup plus qu'aux autres ouvrages d'AstezanÇparce qu'elle sert en quelque sorte de pièce justificative à plusieurs points du nôtre. Le témoignage d'Astezan peut être de quelque importance : il écrivait en 1^35, cinq ou six ans après les aventures de Jeanne d'Arc, et sa place de premier secrétaire du duc d'Orléans le mit dans la suite à portée de s'assurer de l'exactitude de son récit.
Jeanne d'Arc naquit le jour de l'Epiphanie , dans un village situé auprès de la frontière de Champagne , de parens honnêtes et pieux. Ce jour même les habitans de ce village , agités d'une joie dont la cause leur était inconnue , coururent çà et là et chantèrent pendant deux heures. On donna à la Pucelle le nom d'une fontaine sainte du lieu.
Son père lui confia de bonne heure (à sept ans ) la ' garde de ses troupeaux. Elle s'acquittait un jour de ce soin ( elle avait alors douze ans ), lorsque , à l'invitation d'une bergère , elle se rendit dans un pré où ses compagnes se défiaient à la course. La sienne fut si rapide qu'on s'écria d'une commune voix que ses pieds ne paraissaient pas toucher la terre. Pendant qu'elle se reposait de ses fatigues , un jeune homme lui apparut et lui
(29) La Normandie fut recouvrée en i449 c* i45o, et la Guienne en i45i. ( Voy. ci-dev. note 34? j P- 222 ; Villaret, \v, 455 et suiv. ; xvj , 27 et suiv.)
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dit de se rendre auprès de sa mère, qui la demandait. Persuadée que c'était son frère ou quelque voisin qui lui transmettait cet ordre , Jeanne s'acheminait vers la maison paternelle, quand tout-à-coup sa mère lui vint au-devant et la querella de ce qu'elle abandonnait son troupeau. Jeanne , surprise , retourna sur ses pas. A l'instant les nuées devinrent étincelantes , et une voix en sortit qui lui dit qu il fallait changer de vie : que Dieu T avait choisie pour sauver le royaume de France , qu'elle eût à se rendre auprès de Charles vu, et à lui enjoindre de se conformer à ses avis.
Jeanne , étourdie de cette vision , qu'elle se rappela souvent, garda néanmoins le silence pendant près de cinq ans (3o). Sur ces entrefaites, les maux des Français parvinrent à leur comble ; la même voix se fit encore entendre et adressa à Jeanne des reproches sur sa négligence.
Quelque positif que fût cet ordre , Jeanne était indécise. Elle repassait dans son esprit les obstacles qu'elle aurait à surmonter: par exemple , elle ne connaissait ni le roi , ni le chemin qu'il fallait suivre pour
arriver jusqu'à lui « Dieu le veut ainsi, s'écrie
« alors la voix: va-t'en dans la ville de Champagne , w la seule qui soit restée fidèle au roi ; le gouverneur » te conduira à ce prince (3i). »
(3o) Ainsi, selon Astezan , elle avait dix-sept à dix- huit ans lorsqu'elle se rendit auprès de Baudricourt ; ce qui s'accorde avec sa déclaration. (Voy. ci-devant no/e 242, n» i, p. 177.)
(3i) Ce re'cit des visions de Jeanne est différent de ceux des auteurs et des procédures : nouvelle preuve que le merveilleux qu'on a mêlé à son histoire était le fruit de l'imagination de se* contemporains. (Voy. ci-dev. noU ^43, n" i4, p- iBS)
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Jeanne cède enfin. Elle se rend auprès du gouverneur , qui , soit qu'il fût mû par un motif d'humanité , soit qu il eût élé averti par quelque ordre divin , lui fit un bon accueil (82) , et la conduisit au roi sans qu'il lui arrivât le moindre accident, quoiqu'il eût pris son chemin à travers les ennemis (33).
Illius adçenfum rex senserat. Aique suorum Consilio procerum minime decreçerat il' a m Audire an le dies très (34) dum venisset ad ipsum.
A peine Jeanne approche, que les cœurs de tous ces conseillers ^ont changés : elle est approuvée par des théologiens.
Post hœc rex prudens astutè fungitur ej'us Colloguio ut meliits nympham dignoscere passif. Mox per non nullas mulieres queerit honestas Ipsias mores agnoscere çirginis omnes.
Omnibus in rébus virgo reperitar honesta.
Non content de cette enquête , Charles ordonne
■ Quadraginta diebus
Illam sen>ari mulieres inter honestas.
Et l'on reconnaît que Jeanne
Nulla penitus leçitate movetur (35).
Il l'envoie alors secourir Orléans, assiégé depuis long-
(32) Au contraire ; il la rebuta d'abord. ( Voy. ibid. , n© 8 , p. 184.)
(33) Ce ne fut point Baudrîcourt qui la conduisit, (Voy. ib.^ n» 10.)
(34) Ceci confirme l'observation pre'sentée à la fin de la note 257 ci-devant, p. 194, où même Ton ne parle que de deux jours.
(35) Voy. sur-tout ce passage j note 243 , n© 13, ci-dev. p. 186.
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lems. Elle sauve cette ville , quoique les ennemis fussent très-nombreux et qu'elle eût peu de monde avec elle. Beaucoup furent tués ou s'enfuirent, et elle fit un grand nombre (//2«î/mm) de prisonniers.
Elle retourne alors auprès du roi , qui lui vient audevant , l'accueille avec transport , la fait asseoir quelque tems à ses côtés (36). Elle le supplie de la renvoyer combattre le reste des ennemis. On lui donne des troupes. Elle leur enlève des villes , les combat , les défait, en prend un grand nombre , met en fuite des chefs aguerris , recouvre en peu de tems une vaste étendue de territoire ; enfin , tout le monde lui attribue le salut de la patrie.
Tanins eral pudor Ituic et ianta modestia ut l'psa Esse fidereturmirœ Lucrecia famœ (3 7).
Elle buvait , mangeait -et dormait peu. Elle passa six jours et six nuits sous les armes, sans se reposer. Elle se tenait bien à cheval, se plaisait à l'entretien des hommes , et méprisait celui des femmes. ( Verha (>ana fugiens. )
Dieu voyant enfin que la France pouvait se soutenir par elle-même, la priva du secours de Jeanne.
Cette épître , datée d'Ast, en i435, est terminée par un éloge du duc d'Orléans , une exhortation faite à ce prince de supporter patiemment sa captivité, etc.
3. Epître à Biaise de Asireo , amiral génois. Il le félicite de ses derniers exploits , et sur-tout de la victoire
(36) Les auteurs ne parlent point de ceà circonstances , quî néanmoins ne sont pas improbables.
(37) Voy. note 383, ci-dev. p. 236.
3ob PIÈCES JUSTIFICATIVES.
qu'il a remportée sur le roi d'Aragon (38). Cette épîlrç est datée de Pavie , en i436.
N» IX. (feuillet i4-o). Lettres héroïques, Liv. 2^ 5 Pièces.
Les trois premières lettres de ce livre sont datées d'Ast, en i4.4^^t i44^7 c* adressées au marquis de Saluées , au comte de Dunois , et au doge de Gênes. Elles ne contiennent que des éloges ou des offres de célébrer leurs hauts faits, etc.
La 4-^ , datée de i448 , est adressée aux sénateurs et principaux citoyens de Milan. Elle contientunlong éloge du gouvernement monarchique. Astezan soutient que Jésus- Christ lui-même préfère ce régime , puisqu'il n'a pas voulu naître sous la république romaine , mais bien au commencement de l'empire , après la clôture du temple de Janus.
Il demande alors aux Milanais pourquoi ils diffèrent de se soumettre à la domination de son prince et maître, le duc d'Orléans , dont il expose les droits héréditaires comme fils de Valentine , etc. (39) , et dont il fait en-
(38) Alphonse v, roi d'Aragon , qui fut battu et fait prisonnier le 5 août 1435, dans une grande bataille navale que lui livrèrent les Génois , alors soumis à Philippe - Marie , duc de Milan. ... Ils prirent aussi le roi de Navarre , le prince de Tarente, etc. Mais Philippe les renvoya tous sans rançon. (Voy. Résolut de Gènes ^ 17S0, t. i , p. 249: Aslreo y est appelé Asseretlo.) Astezan e'gale ici Aslreo aux Déclus , aux Scipion , aux Alexandre, aux Pompe'e , etc.
(34) Il rappelle que Jean Gale'as (ci-devant noie 3 , p. 2B1 ) avait assure' , en cas d'extinction de sa postérité masculine , le duché de Milan aux cnfans de sa fille C'était en effet une
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suite l'éloge.... Il dit entre autres qu'il est le prince le plus religieux du monde.
... Hic etenim patitur jejuni'a tanta Totgue prcces supcris et çerba precantia dicit Quotidie , ut nullus faciat se plura sacerdos.
Il loue encore sa générosité.
Argentum large large consumpsH et aurum.
Et néanmoins ( malgré sa longue captivité )
Non çendidit oppida terre
Nil cuiquam reddere débet
Quin imb multi reges ducesque patentes Penè sibi innumerum sese debere fatentur Aurum. Quod tribuent sibi dum res exigit ipsa Aut aurum dantcs aut ipsius arma juçantes , etc.
Il ajoute qu'il leur procurera la paix , et qu'ils se couvriront de gloire en le reconnaissant , etc.
5. A Juvénal des Ursins , chancelier du roi Charles vu (4.0).
Après des protestations d'amitié, ill' exhorte à protéger les poètes.
Quamçis sint muneris aurî
Argentique inopes
Par eux seuls on peut acquérir de la renommée.
disposition du contrat de mariage de Valentine. ( Voy. Villaret, XV, 416.)
Il ne faut pas rejeter, a-t-ildit aupai'avant, ceux qui ne succèdent que par les femmes, et il a cité pour preuve la maison Palëologue , qui acquit de cette manière la souveraineté du Montferrat (par le mariage de l'empereur Andronic avec Yolande , he'ritière de ce marquisat).
(4o) Frère de l'auteur de l'histoire indique'e ci-devant note i, n^'s 5 et 7, p. io3.
3o8 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
( Idée qu'il met en avant dans presque tous les ouvrages ci-dessus. )
En vain quehjues philosophes ont-ils dit qu il fallait mépriser la gloire , leur nom , écrit à la tête de leurs traités , atteste qu'ils étaient aussi jaloux de vivre dans la postérité que tous les autres hommes , qui ont toujours ce but en vue (4ï)-
|;i II finit par demander à Juvénal de lui faire accorder assez de biens pour qu'il puisse s'occuper uniquement de chanter les hauts faits des Français , qui ne seraient connus que d'eux-mêmes s'ils étaient célébrés dans leur langue , tandis que le latin en instruira toutes les nations.
A Blois, i4-5o.
JN» X (feuillet ilfi). Lettres héroïques. Liv. 3«.
Ce livre ne contient qu'un prologue adressé au comte d'Angouleme, et une longue lettre dans laquelle il décrit au marquis de Montferrat (Jean iv) les choses admirables qu'il a vues en France , et qui sont si nombreuses que Virgile ni Homère ne pourraient suffire à leur description.
§ I". Paris. La plus belle ville du monde. Voici les principales choses qu'il y a admirées :
1. Ses ponts superbes, couverts de maisons, ponts qu'on traverse sans croire passer sur un fleuve (il y a été trompé lui-même).